Même observation
8. Conforme an texte modifié à La Tombe par les médiatems , et à l'article 9 du traité de Saint-Maur. On remarquera l'addition du mot venu; le traité de Saint-Maur portait : « Quand mondit seigneur le Daulphin s^a devers le Roy. » De même qu'à La Tombe la pierre d'achoppement était la venue du duc et de la Heine, qui n'étaient point alors au siège du gouvernement, à Saint-Maur et à Pouilly c'était la venue dit Dauphin. Voilà, à vrai dire , le seul but que se proposât le duc de Bourgogne en traitant : il voulait avoir le
VIL Cet article contenait des stipulations relatives aux serments que devaient prêter solennellement le Roi , la Reine , le Dauphin , le duc de Bourgogne, les autres princes du sang, les membres du Conseil , aussi bien que les gens d'Église , nobles et gens des villes du royaume, qui tous ensuite devaient se disposer « prestement » à combattre les Anglais et à les repousser *.
Né craignons pas de le dire : dans ces négociations , le beau rôle avait été du côté du Dauphin. Il en avait pris Tinitiative , et malgré les justes défiances que pouvait lui inspirer la conduite astucieuse du duc de Bourgogne , malgré les fâcheux incidents survenus , il se maintenait sur le terrain où il s'était placé à La Tombe et à Charenton. C'est donc avec pleine justice que , quelques mois plus tard , dans une lettre aux habitants de Carcassonne, il pouvait se rendre le témoignage d'avoir, de tout son cœur, « travaillé et mis paine , par diverses ambassades, messageries et escriptures, à ce que les subgetz de mondit seigneur et nostres peussent vivre en paix sous luy et -nous, et estre préservés de l'emprise des anciens ennemis de ce royaume , comme celuy à qui le bien et tranquillité de ceste seigneurie touche plus et est plus prouffitable après mondit seigneur*. »
Une allégresse universelle accueillit la nouvelle du traité de Pouilly. Les Parisiens , qui paraissaient fort las de la domination bourguignonne, allumèrent des feux de joie ; on sonna les cloches et l'on chanta des Te Deum dans les églises ; une procession solennelle eut lieu à Saint-Martin-des-Chan^s ', Dans
Dauphin Charles à sa discrétion, comme il avait eu le Dauphin Jjean, et, le plus souvent, le Daupliin Louis. Dès le lendemain du 29 mai 1418, cette préoccupation ne Tabandonna plus , et un auteur bourguignon nous dit qu'il fût a moult dolent et courroucié » de la mort du connétable d'Armagnac , «r car, pour ledit comte d'Armignac et autres illec occis , il avoit espérance de ravoir le Daulfin de Viennois , seul filz du Roy , que tenoit ledit Tanguy du Chastel. » Chronique anonyme ^ t. VI , p. 260. — Rien n'était d'ailleurs formulé d'une manière précise, sur ce point, dans le traité de Pouilly, et c'est là dessus que le conflit éclata à Montereau.
1. Les considérants de la fin sont la reproduction textuelle du dernier article du traité de Saint-Maur. — La clause du serment des gens d'église , nobles et bourgeois , est spéciale au traité de Pouilly. H y a aussi une déclaration relative à une sentence d'excommunication à fiu're prononcer par le Pape contre « les infracteui's ou violateurs » de la paix.
2. Lettres du 27 septembre lil9, dans le Recueil de Besse, p. 318.
3. Registres du Parlement, dans Fclibien, t. IV, p. 579 ; Religieux, t. VI, p. 98.
tout le royaume, la joie ne fut pas moindre. On remarquait avec bonheur que les rivalités s'effaçaient pour faire place , à la concorde , et que déjà les gens de guerre des deux partis se réunissaient contre Tennemi commun '. C'était maintenant au duc de Bourgogne à faire son devoir, en remplissant les en- > gagements solennels qu'il avait contractés.
Henri V, à ce moment , venait de reprendre l'offensive : il s'était emparé de plusieurs places, et allait, par la réduction de Gisors, de La Roche-Guyon et de Château-Gaillard, achever la conquête de la Normandie. Or, on ne voit point que Jean sans Peiu* dit rien fait pour s'opposer à ces progrès. Nous le trouvons surtout préoccupé d'exploiter à son profit l'omnipotence dont il jouissait à la Cour '. Loin de se disposer à entrer en campagne contre Henri V, il ne tarda môme pas, au mépris de sa parole , à entamer avec lui de nouvelles négociations '.
Le roi d'Angleterre , qui connaissait le duc de vieille date , savait à quoi s'en tenir sur la rupture des conférenees de Meulan. Il était tellement persuadé de ses bonnes dispositions à son égard que, cinq jours plus tard, le 8 juillet 1419, au moment même où Ton convenait 4e l'entrevue du Ponceau, il donnait pouvoir à l'archevêque de Canterbury, au comte de Warwick , à Gaston de Foix , comte de Longueville , à Philippe Morgan (le grand négociateur des traités secrets), et à trois au-
i. « Plusieurs Daulphinois et Bourguignons avoient grant confidence les ungs aveccpies les autres depuis le traictië de la paix, e^perans que ieelle deust estre pardurable , et sou> vent s'assembloient plusieurs d'un commun accord pour faire guerre aux Anglois, anciens ennemis du royaume de France. )» Monstrelet, t. m, p. 338.
2. 21 juillet. Don de 2000 1. 1. à la comtesse de Charolais (Collection de Bourg., vol. 57, f. 299) ; 22 juillet. Don de 6000 1. t. au comte de Charolais, (id,, ibid.); 25 juillet iii9. Lettres par lesquelles Charles VI donne au duc de Bourgogne le comte de Tonnerre, en accroissement du duché de Bourgogne (Ordonnances, t. XI, p. 16). — Noter que le possesseur légitime de ce comté était Hugues de Châlons, un des seigneurs de la cour du Dauphin.
3. Voir les instructions au comte d*Aumale, et surtout la relation encore plus développée rédigée par ordre du Dauphin, Collection Moreau, vol. 1425, pièce 9i. « Item et ce pendant, nonobstant lesdictcs promesses, et en venant contre icelles et ladicte pais, feu mondit seigneur de Bourgongne incontinent retourna à Pontoise, et envoya de rechief, aucun temps après des siens convenir avec lesdiz ennemis, et, par une seconde arobaxade, continua et convint de rechief aucun temps après avec lesdiz ennemis, et continua et entretint lesdiz traictiez desdicles alienacions des terres du Roy et desdictes alliances. »
154 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1419
très ambassadeurs, .pour aller près « de son cousin de France, » traiter de la paix finale , et convenir du jour où il s'assemblerait avec la reine Isabelle et le duc de Bourgogne *. Le même jour, il autorisait ses ambassadeurs à négocier son mariage avec Catherine de France *, et le 18 juillet suivant, alors que le duc venait à peine de quitter le Dauphin à Corbeil et de jurer de ne pas traiter séparément avec les Anglais, il renouvelait ce dernier pouvoir au comte de Warwipk , au comte de Longueville , à Jean Kempe et à trois autres*. Le lendemain, nouveau pouvoir pour prolonger la trêve, qui expirait le 29 juillet*. Vers le 20, des ambassadeurs anglais se trouvaient à Pontoise, près du Roi et du duc*. Le 22, Henri V délivrait un saufconduit, valable jusqu'au 29, à quatre conseillers de Jean sans Peur, Régnier Pot, Antoine de Toulongeon, Henri Goedhals et Jean Geluner, ambassadeurs de son coicsin de France, pour se rendre près de lui à Mantes •. Presque en même temps , il envoyait à Catherine de France un magnifique présent '.
Pendant le cours de ces négociations , où durent être renouvelées certaines conventions particulières *, Pontoise tombait (31 juillet) entre les mains d'Henri •. Ce fut un cri général d'indignation contre Jean san^Peur. Pontoise était gardée par l'un de ses familiers, l'Isle-Adam, qui s'était laissé surprendre, et