Consinot, p
5. Chronique d'Alençon attribuée à Perceval de Cagny. Cf., sur cette expédition, Jouvenel, p. 391 ; Berry, p. Ul ; Monstrelet, p. U , et Chastellain , p. 235. — Les lettres du Dauphin montrent que le siège ne dura pas huit jours , comme le dit Jouvenel , et que la redditiqn n*eut pas lieu le 29 , ainsi que TafTirme Perceval de Cagny.
recouvert les places de Montmirail, Boisruffin, Beaumont-le-Chétif et Villebon, ou païs du Perche, et le jour de hier, au vespre, fut prise par assault, qui ne dura pas un quart d'heure, ceste ville et place de Galardon, laquelle chose pourra donner exemple à plusieurs autres; car ja soit ce que plusieurs fois eussions fait sommer ceulx dedans de nous bailler ladicte place et faire obéissance comme ilz dévoient, neantmoins, par leur mauvaise té et felonnie, ilz se sont laissiez de tous poins destruire. Et aussi se sont cy entour autres places mises en nostre obéissance, et tant que, environ Chartres, en a à présent pou qui ne nous obéissent. A quoy nous donrons bhefment bonne provision, et est en nostre entencion de aler avant, au plaisir de Dieu, en nostre entreprise.
Et ces choses vous signifiions afin que vous sachez de noz nouvelles, vous priant que tousjours vueillez diligemment entendre à la repparacion, garde et bon gouvernement de nostre ville de Tours, comme nous en avons en vous nostre confiance, et incessamment faictes amener vivres par devers noua et en nostre ost, afin que, par deflault de ce, nostre compaignie, qui est si grant et si notable que pieça ne fut veue telle, ne se doye aucunement rompre ne départir. Très chiers et bien amez , Nostre Seigneur soit garde de vous.
Escript en nostre ost devant Galardon, le xxvi° jour de juing.
CHARLES
ViLLEBRESME K
Après la prise de Gallardon, le Dauphin se rapprocha de Chartres , et vint camper au village de Sours le i^^ juillet. Son intention était, on Ta vu, de poursuivre ses avantages. Gallardon était sur la route de Paris , que tout le monde s'attendait à lui voir prendre. Déjà l'alarme régnait dans la capitale, où les vivres manquaient, et d'où l'on envoyait messages sur messages au roi d'Angleterre pour l'avertir du péril et le supplier de se hâter. Henri , débarqué à Calais le 10 juin , à la tête de quatre mille hommes d'armes et de vingt-quatre mille archers, se contenta d'envoyer un secours de onze cents hommes à son oncle le duc d'Exeter, qui se trouvait comme bloqué dans Paris. Il
1. On lit au dos : « Ces lelti'es ont esté recueus le xxviii* jour de juing h cccc etxxi. * M. Luzarche en a publié le texte (avec quelques petites erreurs de transcription) dans ses Lettres de Tours ^ p. 37.
n'arriva que le 4 juillet, et repartit le 8 pour Mantes, où il avait donné rendez-vous au duc de Bourgogne \ Les historiens bourguignons prétendent qu*il voulait liver bataille au Dauphin. Mais son attente fut déçue : quand , après avoir opéré , vers le 12 juillet, sa jonction avec Philippe, il envoya quinze mille hommes , sur les ordres de son frère le duc de Gloqester, pour commencer les hostilités, le Dauphin avait battu en retraite. Dès le 5, passant par lUiers , Brou , Ghâteaudun et Vendôme , il avait regagné ses cantonnements de la Loire.
Quelle était la cause de cette brusque retraite? Dans des lettres patentes du 5 août suivant, elle est motivée en ces termes : « Par maladie survenue en nostre ost, et pour voir le gouvernement et manière d'entreprendre des ennemis^. » Charles, en écrivant le^ juillet aux habitants de Lyon^ est plus explicite : il expose qu'il a tenu les champs pendant trois semaines; « que, pour la grant chierté et défaut de vivres, et l'indisposicion du temps, tant de maladie comme autrement, » les gens de sa compagnie « se departoient chascun jour ; » que sachant d'ailleurs combien était forte la garnison de Chartres , et qu'on n'y pourrait « bonnement profiter, » il s'est replié sur Vendôme ; mais que , quand il saura ce que doit faire le roi d'Angleterre , lequel vient de rentrer en France , et quand il aura joint ses troupes à celles de Richard de Bretagne, son intention est d'aller «quérir» le roi en quelque lieu qu'il soit : « car soiez tous certains, ajoute-l^il, que nostre dit adversaire n'a pas amené en tout quatre mil combatans... Aussi, nous entretenons et tousjours nous entreteiïdrons ensemble compagnie puissant pour lui résister , et secourir partout où il vouldroit porter dommage '. »
Ces explications ne sont guère concluantes. Il est difficile de comprendre comment une campagne, si briUamment inaugurée, finissait aussi misérablement. Evidemment , le Dauphin et ses généraux avaient manqué de résolution. A travers les motifs ,
1. Monstrelet, t. IV, p. 43 et suiv. ; Ghastellain, t. I, p. 296 et saiv.; Saintr-Remy, p. 455; Registres du Parlement, X<» 1480, f. 236 et v*.