‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 262 sur 362 · Copie moderne. Ms. fr. nouv. acq., 1001, f. 11 v · texte numérisé non relu

Copie moderne. Ms. fr. nouv. acq., 1001, f. 11 v

lente et entière affection qu*avez eu et avez à Monseigneur et à nous et à la conservacion de ceste seigneurie, et comment, en demonstrant par effect vostre bon vouloir, vous estiez apprestez et mis sus, à grant et belle compaignie, pour venir en ce Royaume à Taide et secours de mon dit seigneur et de nous contre les Anglois, anciens et communs ennemis des deux Royaumes, et de vous y employer de corps et de cbevance, selon ce que promis Tavez; dont nous vous mercions très affectueusement, et sommes bien contens de vous. Mais, de l'empeschement que avez eu, qui n'est pas par vostre coulpe, comme nous sommes bien informez, ayons esté et sommes très desplaisans, car pour la grant fiance que avons en vous, tant pour vostre grant sens et prouesse, comme pour la bonne fortune que avez en guerre, avions entencion, à Taide des bons parens, vassaulx et subgez de mon dit seigneur et nostres, de vous et des vostres, s*il eust pieu à Dieu que feussiez venu par deçà et aussy des autres seigneurs du pays d'Escosse, de livrer en personne bataille aux diz ennemis. £t ce neantmoins, bault et puissant prince nostre très cber et amé cousin et alié, nous sommes fermes en ce propos, et avons toute nostre confiance que^ au plaisir de Dieu, lesdiz ennemis seront reboutez à leur confusion. Pourquoy nous vous prions si affectueusement que povons que, en continuant vostre bonne affection et voulenté, vous veuilliez venir par deçà le plus tost et bastivement et à tout plus grant nombre de gens que présentement pourrez finer, et de ce ne vueillez faillir, saicbant de certain que le plaisir et service que en ce ferez à mon dit seigneur et à nous, sommes bien en voulenté de recognoistre vers vous si avant qu*eu serez contens.

Ilault et puissant prince nostre très cber et amé cousin et alié, Nostre Seigneur soit garde de vous.

Escript à Souvigny en Bourbonnois, le xxix*» de décembre cccc xix * .

Quel que fût le désir du Dauphin de faire partir sans retard son ambassade, la saison était trop avancée pour qu'elle pût prendre la mer. 11 fallait des raisons d'une haute gravité pour qu'on se décidât à laisser repartir pour l'Ecosse les comtes de Buchan et de Wigton", et pour qu'on leur adjoignît un diplo-

i. Ms. fr nouv. acq., 1001, f. 13 v«.

1 . John Sluart de Derneley resta le seul commandant de Tarmée d*Écosse. Des lettres du 22 août U20 mentionnent trois capitaines écossais auxquels est fait un don de 500 livres à chacun; ce sont Guillaume de Douglas, Thomas Corpatrick, maréchal de Tarmée â*Écosse, et Guillaume Duglas. Clairambault, 41, p. 3093.

mate de rimportance de l'archevêque de Reims, Rçgnault de Chartres \ L'ambassade paraît avoir mis à la voile à la fin d'avril 1420 *^; elle devait faire un long séjour en Ecosse.

Le roi d'Angleterre, pour parer le coup qui lui était porté par l'intervention d'une armée écossaise , imagina de transporter son prisonnier en France, avec l'espoir que les Écossais, voyant leur roi dans le camp anglais , n'oseraient marcher contre lui. Jacques !«'' était à Troyes lors de la signature du traité du 21 mai ; il paraît avoir suivi le Toi d'Angleterre dans la plupart de ses expéditions '. Tandis que Henri V agissait en France auprès du roi d'Ecosse pour qu'il empêchât ses sujets de prêter leur appui au Dauphin *, le conseil d'Angleterre entamait des négociations avec le régent Albany pour la conclusion d'une trêve qui devait être renouvelée de deux mois en deuxmois*.

Sur ces entrefaites on apprit la mort du vieux duc d* Albany*, qui fut remplacé comme régent par son fils Murdac. Autant le père était violent et ambitieux, autant le fils était mou et nonchalant. Le gouvernement anglais s'empressa de tirer parti de cet événement et agit à la fois auprès du roi d'Ecosse prisonnier, du nouveau régent et des seigneurs écossais.

1. Sur la mission diplomatique de rarchevéque de Reims, «n compagnie des comtes de Bucban et de Wigton , on a des lettres du Dauphin données à Bourges le 20 mars 1420 (i la relation du conseil) et une quittance de Tarchevéque, en date du 21 mars. Ms.fr. SÛ687 (Gaigniëres, 158), p. 60. On lit dao^s la Chronique de Raoulet : <r Et envoya sire Regnanlt de Chartres... en Escoce, pour avoir encore sescours et souldoyers. » Raoulet, p. 172. Cf. Jouvenel, p. 388.

2. L'archevêque n'était pas encore parti le 20 avril. On a la preuve que, ce jouHà, il se rendait de Blois à Bourges. Ms. fr. 6211 , n<»« 201 et 202.

3. Bcri-y, p. i39; Jouvenel, p. 378; Wavrin, 1. 1, p. 209; Douet d'Arcq, Choix de pièces inédites , t. I , p. ilO.

i. On a un sauf-conduit donné pai* Henri V à William Douglas de Drumlaniig pour venir trouver son maître à Corbeil : 30 août U20. Le même reçut le 7 septembre un saufconduit, pour aUer « vers les parties de Normandie » près du roi d'Ecosse , et revenir trouver le roi d'Angleterre. Rymer, t. Ul, part, ni, p. 188. — Le cruel Henri V ne craignit pas, pour intimider les Écossais, de faire exécuter vingt soldats de ce pays, faits prisonniers à Melun , sous prétexte qu'ils étaient traîtres et rebelles à leur roi. SeotidWh nicon, t. U, p. 462.

5. Pouvoirs donnés le 11 juin à Westminster par le régent Glocester. Rymer, t lY, parL III, p. 178.

6. Les historiens écossais ne sont pas d'accord sur la date de la mort du régent Albany. Crawfurd (The lires of the officers of ihe Coron and State in Scotland, 1726, in-fd..

Ce n'est qu*au mois de janvier 1421 que les comtes de Buchan et de Wigton et l'archevêque de Reims, ayant enfin réussi dans leur mission, reprirent la mer pour retourner en France. Ils débarquèrent à La Rochelle avec une armée de quatre à cinq mille hommes K Le Dauphin, qui s'était avancé à la rencontre des Écossais, les accueillit avec empressement et leur fit à Poitiers une brillante réception* . C'est grâce au concours de cette armée que fut remportée la victoire de Baugé (22 mars 1421). Henri V venait de passer en Angleterre. Furieux de l'échec que ses armes avaient subi et de la mort de son frère, le duc de Glarence, il mit tout en œuvre pour détacher l'Ecosse de la France ; il fit si bien qu'une trêve fut conclue entre l'Angleterre et l'Ecosse' , et que le comte de Douglas (père du comte de Wigton, l'un des chefs de l'armée auxiliaire) prit l'engagement de passer en France pour servir sous ses ordres *. Le roi d'ÉGOsse, qui eut.la promesse d'être mis en liberté, consentit à épouser Jeanne Beaufort, nièce du cardinal de Wetsminster, et donna l'ordre à ses sujets de quitter le service du Dauphin.

t. 1, p. 306) dit que le régent mourut à Stirliog le 3 septembre 1419, et il est suivi par Tytier (t. III, p. 191). Le R. P. W. Foii)es, si verse dans la connaissance de Thistoire d'Ecosse à cette époque, nous a transmis ce fragment d*épitapbe de l'église de Dumferline :

Excmrr Robertus

ANNO MILLENO ouater g. X. QUE NOYENO.

Nous lisons dans W. Bower (continuateur de Fordun) : « Anno Domini 1419, obiit Robertus dux Albaniae , octogenaiius et ultra. »

D'un autre côté, Buchanan donne (f. 107 v<>) la date du 3 des ides de septembre 1420. Le piobième vient d'être résolu par la publication toute récente du tome IV des Roluli Seaccarii Regum Scoforum, où l'on trouve (p. 310 et suiv.) le dernier compte du duc d'Albany : a Scaccanum... domini Roberti ducis Albanie, comitis de Fyf et de Menteth, ac regni Scocie gubematoris tentum apud Perth decimo quinto mensis Julii cum continuanacione dierum, armo Domini miUesimo quadringentesitno vicesimo ac gubemacionis sue quinto decimo. » On voit, en outre, dans la préface (p. xxxix), que le duc d'Albany donna une charte à Falkland le 4 août 1420. On est donc en droit de conclure, avec l'éditeur, M. Georges Bumett, que la véritable date de la mort du régent est celle du 3 septembre 1420.

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