Voir ci-dessus, p
6. « Maistre Jehan Bout du Monde, envoie de Selles en Berry à Blois par commandement de messeigneurs les maislres d'oslel , pour d'illec faire venir des blez et vins audit lieu de Selles pour l'assemblée du Conseil que momlit seigneur le Régent a tenu audit lieu de Selles, samedi xxv« jour de janvier m oacc xx, mondit seigneur le Régent audit lieu de Selles, argent, vi 1. viii s. » Archives, KK 50, f. 6 v«. — 11 est question de cette assemblée de Selles dans la lettre du Dauphin, en date du 8^ février 1421, i-eproduito ici. On y fit allusion aux États de Clermont, en mai suivant, comme ayant abouti à des mesures a très honorables pour la personne et le gouvernement de monseigneur le Dauphin , et utiles et prouflitables pour le recouvrement de sa seigQorie. » Mémoire de M. Ch. de Grandmaison, cité plus loin. — Voir aussi Registres du Parle' ment de Poitiers, X^ 18, au 13 mai 1426.
A noz ires chiers et bien amez les conseillers, bourgoiz, manans
et habitans de la cité et ville de Lyon.
De par le RsaBNT le RoLàUME, Daulphin de Viennois.
Très chiers et bien amez, pour résister à l'outrageuse entreprinse de l'adversaire d'Angleterre, qui à présent tient en sa main et subjection la personne de Monseigneur, dont nous avons si grant et amere desplaisance de cuer que plus ne pourrions avoir,, et pour entendre à sa délivrance et le remettre en sa franchise, puissance et auctorité roial, comme il appartient, et aussi au recouvrement de sa seigneurie et nostre, nous avons nagaires fait assembler en ceste ville de Selles aucuns de nostre sang et lignage, et plusieurs prelas, barons, chevaliers et autres personnes notables de divers estas, par l'advis desquelz avons, entre autres choses, ordonné mander en plus grant nombre des bons et loiaulx subgetz de mondit seigneur et nostres de tous estas , au premier jour demay prouchain venant, en la ville de Glermont en Auvergne. Et pour ce vous prions et requérons et neantmoins mandons de par mondit seigneur et nous, sur la loiaulté et obéissance que devez à lui et à nous, et en tant que desirez la consorvacion de ceste seigneurie et de vous mesmes, que aux jour et lieu dessus diz vous envolez par devers nous aucuns des plus notables d'entre vous, en nombre souffisant, pour avoir vostre conseil, confort et aide sur les choses dessus dictes et l'execucion d'icelles; aians les dessus diz que ainsi envolerez bon et souffisant pouvoir de par vous pour consentir, accorder et conclure tout ce qui en ladicle assamblée sera advisié, coûseillié et déterminé. Et gardez que en ce n'ait point de faulte. Très chiers et bien amez, Nostre Seigneur ' soit garde de vous.
Escript à Selles en Berry, le viii° jour de février.
CHARLES
Villebresme K
1 . Cette circulaire , adressée aux habitants de Lyon , se trouve aux Archives de cette ville , AA 20 , f. 23 (original sur papier, avec sceau plaqué). — Par -délibération en date du 22 avril, le chapitre de Saint-Martin de Tours décide qu'il enven*a ses pouvoirs pour ôti-e représenta à rassemblée des trois États convoqués à Glermont {Extraits des rtyistres vapitttlaires, dans Baluzc, 77, f. 347). —Le 2i avril, maîtres Martin d'Argouge* et Jean le Saintier partent de Tours pour Glermont en Auvergne , « où les ti-ois eslaz estoient mandez par devers le Gonseil gênerai de monseigneur te Régent le Royaume; » ils reviennent le 23 mai. Archives de Tours, Registres des Comptes, vol. XVIJI, f. 1(fô r».
1421 l'administration du dauphin. 361
La réunion des États, retardée par une maladie de Tarchevêque de Bourges, qui avait été désigné pour la présider en l'absence du Dauphin, s'ouvrit le lundi de la Pentecôte, 12 mai, dans l'hôtel de Tévêque. Elle n'était point nombreuse : l'éloignement, les nécessités de la lutte, le danger des chemins, avaient retenu beaucoup de députés. L'archevêque exposa la situation des affaires, les difficultés qu'éprouvait le Régent, le bon vouloir qu'il avait de mettre le Roi et le royaimie en franchise et hors des mains de ses ennemis, l'intention où il était, avec l'aide de Dieu et de ses bons sujets, de tenir les champs, car il avait « belle et notable compagnie de gens d'armes et de trait ; » mais, pour les payer, il comptait sur le concours de ses sujets : il lui fallait présentement , pour les frais de la guerre, au moins douze cent mille livres tournois *.
Nous avons le texte des « Avis proposés par les gens des trois États : » l'âme de la France est tout entière dans ces avis, inspirés par un noble patriotisme, qui sont restés ignorés de tous les historiens *.
Les députés protestent d'abord que, dans leurs observations et requêtes, ils n'entendent toucher ni au gouvernement ni à l'autorité de « Monseigneur le Régent, » mais qu'en tout, comme de vrais sujets, il se soumettent à la « correction et ordonnance » du prince et de son conseil. Ils remercient Dieu de la grâce qu'il a faite au Régent « en ce qu'il l'a préservé de péril, lui a donné vertu, sens, entendement et volonté d'aimer Dieu et soi gouverner catholiquement, et d'ôter le Roi et son royaume de servitude et de captivité ; » ils remercient leur seigneur de ce que^ conformément à la volonté de Dieu, « il s'expose en personne à ensuivre sa bonne fortune, et le supplient qu'il y veuille continuer. »
1. Ces détails sont empruntés au compte rendu des députés de .la ville de Tours, qui a été publié par M. Cb. de Granduiaison , arcbiviste dlndre-et-Lo'u'e , dans un intéressant mémoire lu à la Sorbonne en 1876 : Nouveaux documents sur les États généraux du quintième siècle, p. 9.
2. Aussi bien que le fait même, si considérable, d'une réunion d^Étals généraux en mai 14S1. Ni M. Rathery, ni M. Picot n'en parlent. M. Vallet de ViriviHe seul a signalé la convocation faite à cette assemblée, d'après les Registres capitulaires de Saint-Martin de Tours (t. I, p. 261); mais, dans son Mémoire sur les institutions de Céharles Vit (p. 35) , il dit que la convocation paraît n'avoir pas été suivie d'effet.
Les députés prient le Dauphin : de « mettre principalement et commettre son fait à Dieu, d de demander les prières et suffrages de « Sainte Église » et des « prud'hommes » de son royaume, par processions, messes ou autres prières, de faire cesser les blasphèmes, de tenir justice en son hôtel et partout en son obéissance, et d' « avoir en révérence Dieu et sainte Église ; »
De ramener à lui, autant qu'il pourra, tous ses parents, en se réconciliant avec eux, de se montrer clément à l'égard de ceux qui se soumettront, d'oublier toutes injures, « et vincat in bono malwn, de coeur et sans faintise, comme il a accoutumé ; »
De bien conserver ses alliés, tels que les Espagnols ; d'envoyer vers le roi de Navarre, le comte de Foix et autres dont il a été parlé à Selles, dans le cas où cela n'aurait point été fait;
D'avoir pour recommandées les villes et personnes qui se soumettront, soit en Normandie, soit ailleurs ; de ne souffrir aucun pillage, et d'entrer dans les pays reconquis « comme seigneur recouvrant sa seigneurie et ôtant ses sujets de tyrannie et captivité. »
Ils prient les représentants du Dauphin de considérer que, « d'abondance de cœur et sans considérer leurs possibilités, » Us ont accordé telle somme qui leur a été demandée, et, « comme ravis d'amour et volonté de secourir à toute grande nécessité, » ils eussent voté au delà de ce qui leur était possible ; ils supplient donc, « pour Dieu et en aumône, » qu'on se modère à une somme qu'ils puissent accepter, car Us déclarent qu'ils a seront toujours prêts de secourir ; »
Ils demandent que le Dauphin prenne en gré le sacrifice que ses pauvres sujets peuvent supporter présentement ; qu'il lui plaise de n'employer l'argent qu'au fait de la guerre et pour le recouvrement de sa seigneurie, et que celle-ci soit « gouvernée par prud'hommes, en petit nombre, jurés et élus par l'ordonnance » du Dauphin ; que les gens d'armes soient payés, de façon à ne pas vivre sur le pauvre peuple ; que, sous prétexte d'offices de monnaie, de nouveaux annoblissements, etc., personne ne soit excepté de l'aide ; que ce qui a été prêté soit
1421 l'administration du dauphin. 363
remboursé sur le produit de l'aide, « pour donner bon exemple et occasion d'autres fois prêter; » qu'on fasse immédiatement, avec le concours d' « aucuns prud'hommes du pays, » la répartition de l'aide; qu'il plaise au Dauphin de faire battre de la petite monnaie « en faveur des pauvres, » et de veiller à ce que la monnaie ne soit.pas moins bonne qu'il ne l'a ordonné, car on assure que les maîtres des monnaies et gouverneurs « font en ce plusieurs fraudes. »
Finalement, ils prient le Dauphin d'avoir dans son conseil et autour de sa personne de « notables seigneurs, » ainsi qu'il a été avisé par le conseil de Selles, « et, en toutes autres choses, d'avoir considération aux choses avisées audit conseil, lesquelles semblent être très honorables pour sa personne et son gouvernement, utiles et profitables pour le recouvrement de sa seigneurie. »
Deux autres articles concernent l'attitude du Dauphin à l'égard du Pape et du clergé : rappelant le concile de Constance et le futur concile général, on lui recommandait indirectement une grande réserve à l'égard du Saint-Siège , et on le priait de faire garder, à l'exemple de ses prédécesseurs, les droits, juridictions, franchises et libertés ecclésiastiques K
L'aide octroyée par les États généraux de Glermont s'élevait à 800,000 livres tournois, dont 100,000 fournies par les gens d'église et 700,000 par le tiers-état \
Des assemblées d'États eurent lieu simultanément dans différentes villes, au mois de janvier' et au mois de juil-
1. Le texte de ces articles a élé publié par M. Ch. de Grandmaison, /. c, p. 10-12.
2. Lelti*e du 30 mai, aux habitants de 'Lyon, — Il est fait allusion en ces termes à Taide votée à Qermont dans des lettres du Daupbin du 26 mai 1422 : «L^aide à nous dernièrement octroyée à rassemblée pour ce naguéres faicte à Glermont en Auvergne par les gens des trois estaz des païs de Languedoil estans en l'obéissance de nous > pour le recouvrement de la personne dcmondit seigneur, et pour la conduite de la guerre. » Chartes royales y XlV, n* 13. — Le premier paiement fut fait en juillet; le second en octobre 1421. Archives de Lyon, CC 65, f. 175 v> et 213 v*. — On a la mention d'un a appohatemcnt fait par Robinet d'Étarapes, Guillaume Bastard et Guillaume Alabat, commissaires ordonnés en Berry sur le fait de Taide octroyée aux États de Glermont. » Lettres du 13 novembre 1421. Archives, X*« 123. — Les historiens spéciaux, qui se taisent sur ces États de 1421 , ne mentionnent pas non plus une i-éunion d'États qui paraît avoir été tenue à Paris par le gouvernement anglais, au commencement de 1422. Lettres de Charles VI du 13 mars, aux Archives de Reims.
3. Le 28 décembre 1421, on délibère à Tours sur la représentation à envoyer le 8 janvier
let 1422*. Dans ces réunions, d'une pert on demanda roctroi d'un emprunt et le rétablissement des aides'; de l'autre on insista sur les besoins résultant de l'insuffisance du revenu des monnaies et sur la nécessité de revenir à la forte monnaie '. Il est fait allusion aux assemblées d'États tenues en juillet dans des lettres du Dauphin mentionnant « l'aide à lui octroyée par les États des pays à lui obeissans , tant pour fere bonne monnaie que pour la conduite de la guerre*. »
a par devers le conseil de Monseigneur le Régent j» qui doit se trouver dans la ville. Les commissaires du Dauphin étaient Robert de Rouvres, évéquc de Séez« et Jacques Trousseau (Registres des délibérations, vol. I, part, v, à la date ; Registres des Comptes, vol. XIX, f. 84 v^ et 89). On voit par les Comptes de l'écurie que le Dauphin obtint im »ibside de 26,250 1. t. (Archives, KK 53, f. 115; cf. f. 118 r»). — Les Registres des délibérations de Lyon nous apprennent que les 9-10 janvier li22 les États de la sénéchaussée, ^Alicites par deux commissaires du Dauphin de lui accorder ime aide de 30,000 francs poule paiement de deux cent cinquante hommes d*armes pendant six mois, votèrent une aide de 24,000 1. t. (BB I, f. 140 v-141 , \U v-, 170 v», 172; CC 65, f. 254). — Les États d'Auvergne se réunirent à Issoire le 8 janvier et votèrent une aide de 80,000 1. 1. (Thomas, l. c, t. I. p. 184). — Les États de la Marche accordèrent en janvier nne somme de 10,000 1. t. pour leur part de Taide générale demandée aux différents pays de Languèdofl (/d., ibid., p. 261).
1. Nous avons la lettre, en date du 8 juin, par laquelle le Dauphin convoquait les États du Lyonnais pour le 4 juillet (Archives de Lyon, AA 20, f. 27; Thomas, l. c, t I, p. 41 X et une autre lettre missive en date du 15 juin , prescrivant aux chanoines de Saint-Martin de Tours d'envoyer trois ou quatre délégués à l'Assemblée des États qui doit se tenir à Tours en juillet {Thésaurus novus anecdot., t. I, col. 1748-49).
2. a Pour faire un empnint sur eux de huit mille escus pour le pays de Touralne et pour remettre sus les aides. » Arcliives de Tours, Registres des Comptes , vol XIX, f. 84 ?•.
3. Dans la lettre du Dauphin du 15 jum {Thésaurus, l. c), le but de la réunion est indiqué en ces termes : « Pour vous exposer et de par nous notifier aucuns advis eoz et délibérez en nostre grant conseil pour le relievement et reparacion des graves inconveniens par vous et les autres bons vassaux et subgiez de ceste seigneurie supportez à cause de l'afibiblissement des monnoies , et sur ce et autres choses touchant et regardant le très grant bien de toute la chose publique et aussi le fait et conduite de la guerre pour le temps à venir par manière non tant grevable à un chascun [que] a esté celle desdictes monnoies avons cbargié aucuns de nos plus especiaux officiers et Serviteurs estre le... jour de jinUel prouchain venant en nostre ville de Tours, afin de vous bien à plain declairer nostre entendon sur icelles choses, et y prendre final appointement avec vous et autres commis et de^tez pour la part des gens des trois estais du pays de Touraine... » L'assemblée eut beu le 4 juillet; les députés de la ville de Tours avaient été nommés le 23 juin (Registres des délibérations, vol. I, part. v). ~ Les Registres do Lyon nous apprennent que les commissaires envoyés à Lyon demandèrent une aide de huit mille écus d'or, < tant pour fere la bonne monnoye comme pour maintenir la guerre. » L'assemblée conclut que le Dauphin usât de ses monnaies comme il lui plaisait et ne demandât aucune aide à la ville de Lyon jusqu'à ce que les trois étals des pays à lui obéissant eussent été convoqués, en suppKanl le Dauphin de faire celle convocation à bref délai. On finit pourtant par voter six raiOe écas (B 1 , f. 160 vo). — Les États d'Auvergne se réunirent le 6 juillet, et votèrent une aide de 20,000 écus (Thomas, /. c, p. 184). — Dans le même mois, les États du Haut-Limousin votèrent une aide « tant pour mettre sus et faire forgier bonne monnoie que pour le soustenement de la guerre » (Id., ibid., p. 240).
4. Lettres du 27 octobre' 1422, visées dans des lettres des consuls, bourgeois et habî-
1418 l'administration du dauphin. 365
Le Dauphin ne se priva donc pas, comme le silence de Thistoire aurait pu le faire supposer, du concours des États généraux. Il est établi que, dans le cours de sa régence, il ne cessa de faire appel aux États des différentes provinces, et qu'il tint à Glermont une réunion générale des représentants des pays de La^guedoil. Il nous faut maintenant étudier ses rapports avec les différents ordres : clergé, noblesse et tiers-état.
La question des rapports entre l'Église et l'État avait pris^ au début du quinzième siècle, pendant le long schisme qui désola l'Église, un caractère nouveau et une importance capitale. Elle se compliquait des démêlés entre les Armagnacs et les Bourguignons, et des luttes 'soutenues au concile de Constance entre les représentants de la France et ceux du duc de Bourgogne. Dès le début du siècle, un mouvement s'était produit en faveur de ce qu'on appelait les « anciennes franchises et libertés » des Églises de France. Une assemblée du clergé avait été convoquée à Paris ; de ses délibérations était sortie l'ordonnance du 18 février 1407 *, qui tranchait, en dehors du Pape et contre le Pape, des questions qui ne pouvaient être résolues que d'un commun accord. Bien que publiée le 5 mai 1408, l'ordonnance ne reçut point d'exécution. On comptait toujours, soit sur le Pape, soit sur le futur concile, pour le règlement des points en litige. Une nouvelle assemblée du clergé de France, tenue en 1414, voulut remettre en vigueur l'ordonnance du 18 février 1407, « afin, disait-on, que l'Église de France et du Dauphiné comparût au concile de Constance en possession et saisine des franchises et libertés dont en ladite ordonnance est faite mention*. » Mais la chose demeura en suspens, et le concile, malgré les instances des ambassadeurs français, ne se prononça pas. On voulut alors agir d'autorité : au mois de novembre 14i7, une assemblée, non plus du clergé de France, mais composée de toutes les chambres du
tants de Limoges, en date du 12 novembre 14^, par lesquelles le Roi ordonne de payer, sur les produits de Taide » la somme de mille écus d'or, donnée à la ville de Limoges. Ms. fr. 26046 {Quittance, 55), m 8.
1. Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. Ill, p. 13. •
2. Registres du Parlement, dans le même recueil, t. I, p. 130.
P 366 HISTOIRK DE CHARLES Vil. 1418
Parlement, des membres du Grand Conseil et d' « autres sages clercs et notables personnes, » se réunit en la grand'chambre du Parlement, à la requête des avocats et procureurs du Koi, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. La majorité décida que l'ordonnance du 18 février serait mise à exécution. Mais les événements survenus et l'élection du pape Martin V amenèrent des délais. Au mois de février 1418, tandis que le Roi était à Creil, où l'avait emmené le connétable d'Armagnac pendant le siège de Senlis, les conseillers du Dauphin, voulant profiter de l'occasion que leur offrait la reconnaissance du Pape, firent intervenir le jeune prince, qui se rendit au Parlement le 26 février, et fit défendrç aux gens de l'Université de donner obéissance au Pape qxi'on disoit avoir esté eslu à Constance, avant que le Roi et son conseil en eussent délibéré. A la nouvelle de l'élection de Martin V, l'Université s'était empressée d'envoyer à Constance ses rôles de bénéfice : de là l'irritation des gens du Conseil. Un docteur de l'Université, Raoul de la Porte, ayant protesté hautement contre la manière dont étaient conférés les bénéfices depuis qu'ils étaient à la nomination des ordinaires, et demandé que la collation demeurât entre les mains du Pape, Tavocat du Roi, Guillaume le Tiu*, déclara que le Roi était empereur dans son royaume, ne relevant que de Dieu et ne ressortissant à quelque personne ou seigneur que ce fût*, et qu'il avait le droit de faire des lois et des ordonnances dans son royaume sans qu'il fût permis de venir contre, directement ni indirectement, — conséquemment par voie d'appel, — sous peine de crime de lèse-majesté; qu'en outre, comme fondateur de la plupart des bénéfices de son royaume et comme protecteur de l'Église de France, il lui appartenait de garder les privilèges et libertés de cette Église, et pour cela de faire des lois et de veiller à leur observation.
1. « C'est chose conslante et certaine, ëcrivait Jérôme Bignon sons le règne de Henri IV, q[ue les Roys de France sont souferains en leur estât , ne tmians leur royaime que de Dieu seul et de Tespée. Cela n*a pas besoin d'autres pi'euves : chacun en demeure d'accord. » De l'excellence des Roys et du Royaume de France, Paris, 1610, p. 355. — Mais la maxime de Guillaume le Tur allait au delà de cette vérité «( constante : ?» elle touchait au domaine spirituel et aux rapports de la royauté arec le Saint-Siège.
1418 l'administration du dauphin. 367
Ainsi le conflit éclatait, non plus seulement entre l'Église romaine et la Cour de France, mais au sein même d'une assemblée convoquée pour donner une solution aux questions pendantes. L'Université fjui, en 1406, s'était si violemment élevée contre le pouvoir du Pape quand il s'agissait de Benoît XIII, mettait à reconnaître Martin V un empressement qui semblait • surtout inspiré pat* l'intérêt personnel. Raoul de la Porte; Pierre Forget, recteur de TUniversité, qui l'avait « advoué; » plusieurs maîtres et écoliers furent un moment emprisonnés. On ne les relâcha que le 7 mars, quand ils eurent fait des excuses au Dauphin \
Dans une séance solennelle tenue le 16 mars , la question fiit mise en délibération, en même temps que celle de l'obédience à faire au Pape — laquelle, comme nous l'avons vu plus haut, fut ajournée *. On communiqua à l'assemblée un long exposé, rédigé à l'avance par le Conseil, concluant à ce qu'une ordonnance fut rendue pour « réduire et remettre à toujours, perpétuellement et dès maintenant, les Églises de France et de Dayphiné en leurs anciennes franchises et libertés '. » Ces conclusions ayant été adoptées, une ordonnance fut rendue, dans les derniers jours de mars*, par laquelle, eu considération des graves abus qui s'étaient introduits dans les nominations aux bénéfices, et des plaintes qui s'élevaient de toutes parts contre les pratiques simoniaques et l'exportation hors du royaume d'une grande quantité d'or et d'argent, le Roi déclarait, conformément à la délibération des prélats, gens du Parlement, docteurs et maîtres de l'Université, qu'il serait pourvu aux bénéfices électifs au moyen d'élections régulièrement faites, et aux autres sur la désignation de ceux qui avaient droit de présentation, nonobstant toutes réserves, expectatives et autres grâces semblables , et sans que la Cour romaine de la chambre apostolique pût, sous prétexte de vacance, s'appli-
i. Registres du Parlement, l. c; Journal d*un bourgeois de Paris, p. 85, et note de M. Tnetey, le savant éditeur. — Le recteur avait été élargi dès le lendemain. % y m daa^xlTB vm, p. 280-81. "*