‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 286 sur 362 · Lettres sans date , Ms. fr. 5024 , f · texte numérisé non relu

Lettres sans date , Ms. fr. 5024 , f

372 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1418 et SUiv.

faire des offres déshonorantes *. Les autres princes prisonniers — le duc d'Orléans à leur tête , — semblaient plus pressés de recouvrer la liberté, à n'importe quel prix, que de conserver intacte et inviolable leur fidélité au trône. En traitant avec Henri V, le gouvernement dirigé par le parti bourguignon avait un devoir strict à remplir : celui de stipuler la mise en liberté des princes du sang restés en Angleterre '. Mais ces princes s'étaient jusque-là montrés hostiles à la faction triomphante; tous n'étaient point disposés à reconnaître Henri V comme futur héritier du trône : on les laissa languir dans leur prison. En dehors des princes de la maison de Bourgogne (divisée en trois branches : Bourgogne, Brabant, Nevers), le Dauphin avait pour soutiens tous ceux que les liens du sang unissaient à la couronne. Deux des princes de la maison d'Orléans (le

duc d'Orléans et le comte d'Angoulême) étaient captifs; mais Philippe d'Orléans, comte de Vertus, était au premier rang des défenseurs de la cause nationale, et le bâtard d'Orléans commençait sa brillante carrière. La maison d'Anjou était toute dévouée. Le duc d'Alençon, dont le père était mort à Azincourt, bien que sortant à peine de l'enfance, avait déjà pris sa place dans l'armée dauphinoise. Le comte d'Eu, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme étaient prisonniers en Angleterre ; mais Charles de Bourbon, fils aîné du duc, avait, aussitôt après l'événement de Montereau , abandonné la cause boui^uignonne pour se rallier au Dauphin, et d'autres princes de la maison de Bourbon figuraient, soit dans le Conseil, soit >dans les armées.

Le Dauphin avait un si haut sentiment des devoirs de la couronne que, malgré la pénurie de ses finances, il tint à coopérer, et dans une très large mesure, au paiement de la rançon du duc de Bourbon, qui, au mois de janvier 1421, venait de composer avec Henri V pour la somme de cent mille écus. Soit qu'il ignorât combien peu le duc méritait une telle faveur ',

1. Voir La rançon du duc de Bourbon Jean /««•, pai- Huillaixl-Bréholles , p. 8-9 Cf. ci-dessus, p. 270.

2. Ce fut la première demande que Ht le gouvernement de Charies Yll quand , en novembre 1432, les négociations furent rouvertes avec rAngleterre.

3. Il venait de déclarer la paix signée à Troyes « bonne, saine et juste, » de s'en-

1418 et suiv. l*administration du dauphin. 373

soit qull agît dans des vues secrètes que Thistoire ne nous révèle pas, Charles, en même temps qu'il s'employait à lui procurer des ressources *, lui accorda, par lettres du 19 mai 1421, une somme de cent mille livres tournois , pour Taider à payer sa « très grosse et excessive rançon ^. » Le duc d'Orléans ne fut point oublié : par lettres du 9 septembre 1420, il reçut les biens ayant appartenu à un rebelle, Pierre de Menou, jadis condamné à mort pour crime de lèse-majesté'; par d'autres lettres du 31 janvier 1421, le Dauphin lui' attribua tous les biens, meubles et immeubles qui désormais seraient confisqués, jusqu'à la valeur de quatre mille écus d'or * ; enfin le profit des gabelles de tous les greniers à sel établis dans les terres appartenant au duc d'Orléans et au comte d'Angoulême leur fut abandonné par lettres du 16 septem|)re 1422 *.

Le duc de Bretagne , après avoir longtemps hésité entre les deux partis, s'alliait aux Anglais; son frère, le comte de Richemont, l'un des prisonniers d'Azincourt, récemment mis en liberté, s'était aussitôt déclaré partisan de Henri V. Mais son plus jeune frère Richard, qui avait reçu en apanage le comté d'Étampes*, demeurait fidèle au traité de Sablé, et combattait dans l'armée du Dauphin.

gager à détacher son fils Charles du parti du Dauphin, etc. Huillard-Bréholles, /. c, p. 12. — Le Dauphin n'avait pas attendu à ce moment pour donner des marques de sa bienveillance à regard du duc : il avait prescrit, par lettres du 29 novembre 1418, une trêve d*un mois entre le Bourbonnais et les pays bourguignons voisins , pour mettre à Tabri les possessions du duc prisonnier. Archives, P 1377*, cote 2827. '^

1. On a la trace de démarches faites à cet égard auprès du conseil de ville de Lyon : le k avril li21 , le conseil répond qu'il ne peut contribuer au paiement de la rançon. Péricaud, Noies et documents pour servir à l'Histoire de Lyon, p. 42.

2. Archives, P 1377S cote 2858. — C'est par erreur que dans YInventaire des titres de la maison ducale de Bourbon y dressé par HuUlard-BréhoUes et O/Ont'mué par M. Lecoy de la Marche, on indique (t. Il, p. 219), cet acte comme émanant de Charies VI.

3. «( Gonsiderans Testât de nostre dit frère , lequel , pour le fait de la guerre de mondit seigneur et de nous, a jà long temps esté et encores est prisonnier en la main des Anglois, anciens ennemis de mondit seigneur et de nous, et les très grans et notables services et plaisirs qu'il a faiz à mondit seigneur et à nous, » etc. Archives, K 59, n? 30.

, 4. « Voulans à nostre povoir subvenir et secourir à la personne et aux affaires de nosti^ dit frère, comme raison est, et considerans que de présent ne lui povons pas aidier de deniers comptons, obstans les grans et excessives charges que nous avons pour le fait de hdicte guerre. » Archives, K 59, n» 32.

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