Pièces originales, 2158 : Orléans, 8, n
6. Lettres du 8 mai 1421. D. Lobineau, t. II, col. 978; D. Morice, t U, col. 1091; Ordonnances f t. XI, p. 121.
374 HISTOIRE DE CHARLES VII. 1418 et soiv.
Si des princes nous passons aux grands vassaux, nous constatons que , pour la plupart , ils étaient engagés dans le parti du Dauphin; mais certains montraient des velléités d'indépendance menaçantes pour Tavenir. Jean de Grailly, comte de Foix, dont le comté relevait directement de la couronne, avait été, presque en même temps, investi du gouvernement du Languedoc par les deux pouvoirs qui se partageaient la France * ; il en profita pour trancher du souverain , convoquer lui-même les États, lever la milice, percevoir les impôts, battre monnaie, etc. Le Dauphin, lors de son voyage en Languedoc, dut lui retirer la lieutenance générale , au risque de le jeter dans le parti anglais, que le comte adopta en effet un moment *. De ses trois frères, Tun, le captai de Buch, était au service de l'Angleterre; le second, Archambaud, seigneur de Navailles, était attaché à la personne de Jean sans Peur ; le troisième, Mathieu , comte de Gomminges , qui tenait ce comté du chef de sa femme Marguerite, s'était laissé gagner en 1420 à la cause boui^uignonne , et, suivant l'exemple du comte de Foix, avait, au mois de mars 1422, prêté serment au roi d'Angleterre*. Le comte d'Armagnac, lieutenant général en Languedoc du vivant de son père le connétable , sans rompre avec le Dauphin, gardait une attitude douteuse, et ne devait pas tarder à favoriser sous main les Anglais ^ ; mais son frère Bernard était un des plus ferînes champions du Dauphin*. Charles,
1 . Les lettres de provision du Dauphin sont du mois d^octobre au plus tard (voir ridessus, p. 121); celles de Charles VI sont du 20 janvier U19.
2. Le 30 octobre 1421 , le comte de Foix donne pouvoir pour jurer le traité de Troyes. L'instrument du serment prêté porte la date du 3 mars 1422. Voir Rymer, t. IV, part m, p. 199; part, iv, p. 9, 51 et suiv., 62, 72.
3. n avait été, par lettres de Charles VI du 1« juillet 1420, investi des droits du vicomte de Narbonne sur le comté de Gomminges et de toutes les possessions de cehû-ci. Le 8 mars 1422, Henri V domiait commission pour recevoir le serment du comte de Godh minges. Rymer, t. IV, part, iv, p. 56.
4. Voir, sur les intrigues du comte Jean IV, ci-dessus, p. 34-35 et 295, et sur ses rapports avec le Daupliin, plusieurs pièces dans Clairambault , 50, p. 3737; 78, p. 6089; 6, p. 267; 12, p. 765; 53, p. 5708; Pièces originales, 1663 : Laur. Cf. Monstrelel,- L 111, p. 292; Saint-Remy, t. I, p. 338; Berry, p. 439; Raoulet. dans Chartier, l ID, p. 171 , et D. Vaissete, i, IV, p. 455.
5. Il suivit le Dauphin dans son voyajçe du Languedoc, et rerut de lui : 1*» 300 livre* tournois pour ses étrennes le 3 janvier 1420; 2° une somme de 2,000 livres au mois de mars. Vei-s le mois de juillet 1 122, il fut le chef de Pentreprise contre le sire de Rocbebai-on, où il fut ai*mé chevalier (Berry, p. 442).
I4i8etsiiiv. l'administration du dauphin. 375
sire d'Albret, dont le père avait été tué à Azincourt, bien qu'apparenté à la maison royale S avait eu, lui aussi, ses heures d'hésitations .et de défaillances*; il resta néanmoins dans les rangs des partisans du Dauphin ', ainsi que son frère Guillaume, qui devait jouer un rôle important dans la défense militaire *. Tous ces seigneurs du Midi étalent surtout préoccupés de s'assurer la tranquille possession de leurs domaines*. Parmi eux, cependant, nous rencontrons, avec Bernard d'Armagnac et Guillaume d'Albret, Guillaume, vicomte de Narbonne, neveu du connétable d'Armagnac, qui brille au premier rang des chefs de l'armée, et devait tomber glorieusement sur le champ de bataille de Verneuil ; Hugues, seigneur d'Arpajon, également parent du connétable, conseiller et chambellan du Dauphin dès 1417, et principal lieutenant de Charles de Bourbon quand celui-ci fut appelé au gouvernement du Languedoc*; Jean, comte d'Astarac, marié à Jeanne de Bar-
1. Son grand-père avait épousé Marguerite de Bourbon, et par ce mariage était devenu beau-firère de Charles Y; son përe>avait obtenu de Charles VI, en 1389, Tautorisation, pour lui et ses descendants , d^écarteler ses armes de celles de France.
2. Dès le 17 juillet 1418, Charles d'Albret déclarait, par lettres patentes, avoir condu une trêve avec Jean Tiptoft, envoyé de Henri V, et s^engageait à ne pas souffrir qn*aucune guerre fol faite au roi d'Angleterre (Rymer, t. IV, part, ii, p. 58). Le 25 septembre 1420, le sire d'Albret et son frère François donnaient procuration pour faire en leur nom Phommage qu'ils devaient au roi d'Angleterre comme duc d'Aquitaine (D. ViDevieille , Trésor généalogique, vol. II, f. 96). Le 5 janvier 1421, Henri V donnait pouvoir pour traiter avec les envoyés de Charles, seigneur d'AIbret, et de François d'AU bret, seigneur de Saint-BazeiUe. Le 16, un accord était conclu avec Henri V, au nom de ces deux seigneurs, qui s'engageaient pour tous leurs parents (Rymer, t. IV, part. lu, p. 197-198). Le même jour, le roi d'Angleterre donnail des lettres d'abolition à Charles et à son frère , qui lui avaient fait l'hommage lige pour les terres qu'ils tenaient de lui dans le duché d'Aquitahie, et qui avaient juré le traité de Troyes (Rymer, /. c, p. 198).
3. Le 3 janvier 1420, Charles lui donna 300 livres tournois pour ses étrennes (Pièces originales, 24 : Albret), et au mois de novembre il lui fit présent d'un cheval (Archives, RK 53, f. 15). Au commencement de 1421 , le sire d'AIbret et son frère François servaient en Languedoc sous le gouvernement de Charles de Bourbon (Clairambault, 79, p. 6230 et 31; 63, p. 4871 ; 14, p. 899; Pièces originales, 24 : Albret). On remarquera que c'est à ce moment même que venait d'être signé le traité du 16- janvier 1421.
4. Guillaume d'AIbret, seigneur d'Orval, était en 1420 un des lieutenants de Charles de Bourbon en Languedoc.
5. Voir le traité, en date du 16 novembre 1418, par lequel le comte d'Armagnac, en son nom et au nom de Bernard son frère, le comte de Foix, Charles seigneur d'AIbret et Jean comte d'Astarac , s'unissent par une ligue et confédération mutuelle. D. Vaissete , t. IV, preuves, p. 414. Le texte complet est dans Doat, 213, f. 6. Le comte d'Armagnac et le sire d'AIbret étaient beau-frères, le second ayant épousé, le 28 octobre 1417, Anne d'Armagnac , fille du connétable. Le comte de Foix , après la mort de sa première femme (Jeanne de Navarre, morte en 1420), épousa Jeanne d'AIbret, sœur de Charles.