‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 53 sur 362 · JUSQU'A · texte numérisé non relu

JUSQU'A

Jean sans Peur tente un accommodement avec la Cour. — La mort du Dauphin Jean renverse ses plans : il prend les armes. — Attaque de Paris. — Soumission de tout le pays chartrain. — Occupation de Troyes, où la reine Isabeau vient s'installer. — Mesures prises par le gouvernement royal pour résister au duc et à la Reine, et s'opposer aux progrès de l'invasion anglaise. — Négociations entre le gouvernement royal et le duc de Bourgogne. Leur rupture, suivie de rentrée des Bourguignons dans Paris. — Triomphe de la faction bourguignonne. — Le Dauphin organise la résistance à Bourges; ses partisans prennent les armes de Vous côtés. — Le duc de Bourgogne à Paris; troubles dans la capitale livrée à l'anarchie. — Semblants de résistance du duc contre l'invasion anglaise.

— Henri V s'avance dans la Haute Nonnandie, où il fait le siège de Rouen, qui qapitule au boul de six mois. — Perte do toute la contrée. — Campagne faite par le Dauphin , qui s'empare de Tours. — Négociation» entre les diverses parties; elles n'aboutissent pas. — Conférences de Meulan* — Le duc de Bourgogne se rapproche du Dauphin. — Il pérK à Montereau. — Coalition anglo-bourguignonne contre le Dauphin. — Campagne du Midi : Charles fait rentrer le Languedoc dans la soumission. — Traité de Troyes , suivi de la prise de Sens, de Montereau et de Melun. — Nouvelle campagne' du Dauphin, aussitôt interrompue par la mort soudaine du comte de Vertus. — Départ d'Henri V pour l'Angleterre.

— Les hostilités se poursuivent entre les Dauphinois et les Anglais, qui perdent la bataille de Baugé. — Marche triomphale du Dauphin, que Chartres arrête sur la roule de Paris. — Retour du, roi d'Angleterre, qui s'avance jusqu'à Vendôme. — Campagne du duc de Bourgogne dans le Nord : il gagne la bataille de Mons-en-Vimeu. — Siège et prise de Meaux par Henri V. — Le Dauphin perd la plupart de ses possessions dans le Nord. — Campagne contre le duc de Bourgogne dans l'Est. — Henri V meurt au moment où il marchait à son secours. — La mort du roi d'Angleterre est bientôt suivie de celle de Charles VI.

Par la mort du Dauphin Jean, survenue le 5 avril 1417, le cinquième des fils de Charles VI était devenu Théritier du trône. Comme son frère aîné Louis, duc de Guyenne, mort le 18 décembre 1415, Jean s'était montré favorable au parti boui^ignon ^ : marié à Jacqueline de Bavière , fille du comte

1. Monstrelet, l. 111, p. 161; Chronique anonyme, publiée par M. Douct d^Arcq à la suite de son édition de Monstrelet, t. VI, p. 230.

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de Hainaut, princesse destinée à une triste célébrité, il résidait à Valenciennes, auprès de son beau-père. En 1416, on avait vu le duc de Bourgogne, au retour de ce voyage de Calais où le bruit public l'accusait d'avoir conclu avec le roi d'Angleterre un pacte déloyal \ se rendre auprès du comte de Hainaut, et obtenir, par un traité en date du 13 novembre, que le comte « ne mectroit point ledit Daulphin en la puissance d'aucune personne que tousjours il n'en feust bien seur*. » Le Dauphin se trouvait par là à la discrétion de Jean sans Peur; mais il restait à le faire revenir à Paris et à y ramener avec lui l'influence bourguignonne' : ce fut l'objet (Je négociations qui occupèrent les premiers mois de 1417, et auxquelles coupa court la mort subite du jeune prince. Cette fin donna lieu à des accusations d'empoisonnement, qui se produisirent à plus d'une reprise dans ces temps troublés , mais qui paraissent ici dénuées de fondement *.

Ce n'était point, d'ailleurs, une facile entreprise que celle que tentait le comte de Hainaut en cherchant à réconcilier le duc de Bourgogne avec la Cour. Par l'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407), Jean sans Peur s'était en

1. Monstrelet, p. i62-16i; Jouvcnel des Ursins, «p. Godefroy, Historieiw de Charlex VI, p. 335, etc. Nous re\'iendrons sur ce point, qui mériterait un examen approfondi.

2. Monslrelet, t. III, p. 168. Jusque-là il parait que le comte avait refusé de lui « bailler le gouvemement de Mgr le Dauphin. » Berry, ap. Godefroy, p. 432.

3. Voir Monstrelet, t. III, p. 108. Le comte dit en plein conseil qu'il « mectroit ensemble le Daulphin et le duc de Bourgongne dedens Paris, ou il remenoit icellui Daulphin en son pays de Haynnau. »

- i. Voir, sur cet événement, le Religieux do Saint-Denis, t. Il, p. 60; Monstielet, t. m, p 168; Pierre de Fenin, p. 69-70; Chronique anonyme, dans Monstrelet, t, VI, p.* 234; Jouvenel, p. 335; Berry, p. 462; Le Fèvre de Saint-Remy, éd. de M. Fr. Morand, t. I, p. 289, et la nouvelle édition du Journal d'un bourgeois de Paris que jW vient de donner M. Tuetey, et où il consacre une longue note à la mort de Jean (p. 76).

r — La Reine avait envoyé , du Bois de Vincenncs , le médecin du dauphin , Jean Gadart , à

/ Gompiègne ; il arriva sans doute trop taitl ; on lui paya six francs pour son voyage le 12 avril.

(KK 49, f. 52 v*».) Jean sans Peur, dans ses lettres du 25 avril (Godefroy, Annotations aux historiens de Charles VI, p. 681 , et D. Plancher, t. III, p. cccv), formule l'accusation d'empoisonnement, qui a été reproduite par les auteurs bourguignons. M. Vallet de Viriville repousse celtte version ; il croit que la maladie qui emporta le jeune prince était une fistule à l'oreille (Histoire de Charles Vil, t. 1, p. 24, note 2). M. Tuetey rappelle (p. 76 , note 2) le démenti public infligé au duc par le Pariement et l'ordonnance portant que les lettres, après avoir été déchirées en la Gour, seraient m rompues et arses publiquement en la viUe de Paris. »

quelque sorte mis hors la loi, et, depuis ce criminel attentat, à travers des alternatives de soumission intéressée et de révolte hautaine, son ambition n'avait jamais cessé de se proposer pour but de gouverner le royaume et de disposer en maître des finances de l'État. Privé, par la mort prématurée du Dauphin Jean, de l'instrument qu'il espérait faire servir à ses desseins , le duo ne tarda pas à recourir au parti qui lui était habituel quand ses intrigues restaient impuissantes : il prit les armes. L'occasion semblait favorable. Le vieux duc de Berry, qui , par l'autorité de l'âge et du caractère , exerçait encore quelque ascendant sur son neveu, avait cessé de vivre (15 juin 1416). Les ducs d'Orléans et de Bourbon étaient prisonniers en Angleterre. Louis d'Anjou, roi de Sicile, beau-père du nouveau Dauphin et ennemi personnel du duc , venait , vaincu par la maladie , de se retirer de la scène politique , et mourait à ce moment même (29 avril 1417), à l'âge de quarante ans. Le duc de Bretagne , mêlé aux négociations entamées par le comte de Hainaut, restait' indécis entre les deux partis. Quels obstacles Jean sans Peur poutait-il rencontrer? Le Roi? L'infortuné Charles VI était, selon l'oceurence, ou Bourguignon ou Armagnac , et , selon l'expression d'un auteur du temps , « peu lui' chaloit comme tout allastV » La Reine? Tout entière à ses frivolités et à ses superstitions , rendue impotente par de précoces infirmités ^ elle ne pouvait jouer un rôle actif, et, d'ailleurs, sous prétexte de faits scandaleux qui s'étaient produits dans son entourage, elle venait d'être reléguée à Blois (avril 1417). Le Dauphin? L'héritier du trône n'était qu'un enfant, et, par la mort du roi de Sicile, il venait de perdre son principal guiàe et son meilleur appui. Un seul homme pouvait tenir tête au duc , c'était Bernard , comte d'Armagnac , appelé à Paris, à la .fin de 1415, pour recevoir l'épée de connétable. Autour de lui se groupaient de vieux et fidèles serviteurs de la royauté, qui, bien qu'engagés pour la plupart dans l'ancien parti d'Orléans , n'étaient point ennemis déclarés de Jean èans Peur.

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