‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 54 sur 362 · Mémoires de Pierre de Fenin , p · texte numérisé non relu

Mémoires de Pierre de Fenin , p

i. Elle était tellement podagre qu'elle se faisait traîner dans une cliaise roulante. Voir habeau de Bavière, par M. Vallet de Viriville, p. 25.x

8e conformant à la politique qui lui avait toujours réussi, le duc s'adressa tout d'abçrd aux villes sur Tadhésion desquelles il pouvait compter : il lança (25 avril) un manifeste où, attaquant le gouvernement royal dans les termes les plus violents, il se présentait comme le sauveur de la chose publique, le restaurateur des antiques libertés, le défenseur du peuple affranchi de taxes excessives et d'impôts vexatoires , et engageait les populations à se joindre à lui pour mettre le Roi « en sa franchise et seigneurie, et le royaume en justice*. » Un plein succès couronna cette manœuvre. La plupart de& villes se firent bourguignonnes, et le duc se vit ainsi, sans coup férir, maître d'importantes positions. Enivré de ce succès et croyant déjà tenir le pouvoir, il fit acte de souveraineté, déposa les officiers royaux , supprima les impôts , et procéda à l'égard de ses adversaires par la confiscation et par la mort. Puis il convoqua ses gens de guerre, annonçant qu'il voulait marcher sur Paris et jurant qu'il y entrerait à la tête de ses troupes.

Au moment môme où le roi d'Angleterre s'apprêtait à envahir la France', Jean sans Peur se mit en campagne avec 6,000 chevaliers ou écuyers et 30,000 archers'. Déjà, sur plusieurs ^points du royaume, ses partisans avaient pris les armes*. Ni l'arrêt du Parlement contre ses manifestes ; ni les messages et les remontrances du Roi ; ni les lettres patentes bientôt lancées contre lui ; ni les succès des Anglais qui, débarqués à Touques le 1^»* août', se répandirent promptement dans la Basse Nor-

i. Voir Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 76-80; Monstiielet, t. ïll, pp. 174, 184-85, 193 et 197; Saint-Remy, t. I, p. 291 ; D. Plancher, Hist. de Bourgogne, t. 111, preuves, p. ccciii; Cht^niel, Rouen sous la domination anglaise, p. 23; Beauvillé, Histoire de Montdidier, t. 1, p. 133. — Le manifeste du 25 avril est en original aux Archives (J 963 , n® 7), et est exposé parmi les pièces du musée.

2. Sur cette coïncidence, voir les Cronicques de Normendie, publiées par M. Hellot, p. 30-31.

3. Voir, sur l'aimée du duc, D. Plancher, Ilist. de Bourgogne, 1. 111, p. 468 et 472-75.

4. A Rouen, où Tinsurrection bourguignonne éclata au commencement de juillet; à Nogent-le-Roi , dans le comté de Chartres, avssiégé en même temps, et qui capitula le 18, s'il faut en-ci-oire D. Plancher (t. IlI, p. 469); à Saint-Florentin, près d'Auxerre, vers le 20 juillet (Berry, p. 432); à Troycs, le 1«' SioUl (Archives de l'Aube, par M. Vallel de Viriville, p. 6-7).

5. M. Vallet de Viriville, trompé par la Chronique normande de PieiTe Cauchon, place le débarquement k La Hougue-Saint-Vaast , au lieu de Touques, tout en racontant les faits militaires accomplis à Touques et aux environs (t. 1 , p. 56).

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mandie et allèrent mettre le siège devant Caen (18 août), rien n'arrêta le duc de Bourgogne. Après une marche triomphale où, soit par de fallacieuses promesses, soit par trahison, mais presque toujours sans avoir à recourir aux armes, il s'était fait ouvrir les portes de toutes les villes, il arriva au milieu du mois de septembre sous les murs de Paris \

Le duc s'établit à Montrouge, d'où il envoya Jean de Luxembourg assiéger la tour de Saint-Cloud, et Hélion de Jacqueville attaquer Chartres; 'il comptait, pour s'emparer de la capitale, sur ses intelligences dans la place. Mais le moment était mal choisi. A la vue des progrès des Anglais qui, maîtres de la ville et du château de Caen (4 et 9 septembre) s'étendaient rapidement dans la Basse Normandie *, le peuple s'indignait qu'un prince du sang, au lieu d'employer son armée. à la défense du territoire , la dirigeât contre son souverain et empêchât, par cette coupable diversion, toute résistance efûcace à l'ennemi. On allait jusqu'à accuser le duc de connivence avec le roi d'Angleterre'. « Aussi voyant, dit Monstrelet, qu'il n'enfreroit point dedens Paris et que ceux à lui favorables ne pouvoient achever ce qu'ilz avoient mandé *, » Jean sans Peur se replia sur Montlhéry, dont il s'empara, ainsi que de plusieurs*, autres places; pendant ce temps, ses troupes assiégeaient Corbeil , Chartres et tout le pays chartrain était soumis , enfin Troyes adhérait à son parti.

De son « ost devant Montlhéry, » le duc adressa aux bonnes villes un nouveau manifeste où, s'autorisant d'une prétendue déclaration du concile de Constance, il se présentait comme

1. Voir un très curieux plan de campagne du duc, publié par M. Rervyn de Lettenbove, d'api-ès le ms. fr. 1278, f. 58, dans son édition de Chasiellain (t. I,,p. 324 note et suiv). Ce document, dont il ne déteniiine pas la date, est du 17 septembre Ui7, le duc étant en son ost devant Barsailles (Vei*sailles).

S. Bayeux capitula vers le 19 septembre; Séez le 9 octobre; Argentan le 12; Alençon entre le 22 et le 27. Voir les notes de la nouvelle édition des Cronicques de Nor mendie , données par M. Hellot, p. 203.

3. a r^ar quoy on imaginoit bien et faisoit conclurre qu'il estoit allié des Ânglois. » Jouvenel des IJrsins, p. 340. — « Ceux mesmes qui avoient affection pour luy estoient très mal contens, » dit encore cet auteur.

4. Monstrelet, t. 111, p. 218. Cf. Pierre de Fenin, p. 79 : « ^fut^rant temps (à Montrouge) cuidant que ceux de Paris le meissent ens.... Mais ceux qui tenoient son party ne peurent oncquez voier leur point de faire leur entrejirinse pow le temps. »

celui auquel, vu la maladie du Roi et la jeunesse du Dauphin, appartenait la direction des affaires, et sommait, au nom du Roi, de députer vers lui deux personnes notables, munies de pleins pouvoirs. Mais , pour maintenir aux yeux du peuple son prestige et conserver son autorité sur les villes qui avaient embrassé son parti , il lui fallait un gage de Tautorité royale : il crut le trouver chez sa plus mortelle ennemie. La Reine Isabeau, dans la réclusion où elle vivait depuis plusieurs mois, accueillit avec empressement les ouvertures du duc *. Celui-ci s'avança par Chartres et Vendôme , et , le 2 novembre au matin, pendant que la Reine entendait la messe au couvent de Marmoutiers, Hector de Saveuse et soixante Bourguignons l'enlevaient et la conduisaient vers leur maître. « Bien voy, » dit la Reine au duc quand il fléchit le genou devant elle , « que « tousjours avez aymé Monseigneur, sa generacion, son « royaume et la chose publique *. » Le même jour tous deux faisaient solennellement leur entrée dans Tours ; de là ils se rendirent à Chartres, pour organiser un pouvoir nouveau, a Ainsi, dit un auteur bourguignon, se mist la Roine de France au gouvernement du duc Jehan de Bourgoingne, et laissa le Roy son seigneur, et son filz le duc de Touraine Dauffin '. »

C'était bien un « second pouvoir dans l'Etat » qui s'établissait. Exhumant une commission royale qu'elle avait reçue temporairement en avril 1403 *, Isabeau la présenta conune irrévocable, et s'intitula « par la grâce de Dieu Royne de France, ayant, pour l'occupation de Monseigneur le Roy, le gouvernement et administration de ce royaume. » Elle eut sa chancellerie, sa cour souveraine, établie d'abord à Amiens, ses officiers dans les villes qui avaient embrassé le parti bourguignon.

1. Lt plupail des historiens prétendent que ce fut la Reine qui prit l'initiative, mais re que disent le Religieux de Saint-Denis et Jouvcnel donne lieu de penser que les premières ouvertures furent faites par le duc (Voir le premier, t. VI, p. UO, et le second, p. 343).

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