‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 55 sur 362 · Pierre de Fenip, p. 81-8i · texte numérisé non relu

Pierre de Fenip, p. 81-8i

i. Voir Ordonnances, t. VHl, p. 577, et les letU-es de ta Reine aux villes de France, en date du 11 novembre 1417, dans Monstrelet, t. 111, p. 233. — Les ponvoii-s autrefois donnés à la Reine «avaient été i*évoqués par lettres de Charles VI du 14 juin 1417.

La situation du gouvernement royal devenait de plus en plus précaire. Il avait profité du temps de répit que lui laissait la retraite du* duc pour entrer en pourparlers avec le roi d'Angleterre, dont les progrès s'étendaient jusque dan^ le Perche et le Maine. Pour appuyer les négociations, que les Anglais faisaient traîner en longueur, le connétable d'Armagnac envoya une armée en Normandie *. Dans le Mifii, il avait, dès le printemps, entamé la lutte, et son fils, le vicomte de Lomagne, nommé capitaine général dans les pays au delà de la Dordogne ^, avait pris la ville de La Réole au mois d'avril, et fait ensuite le siège du château. En même temps, on reprenait l'offensive contre les Bourguignons : le 30 septembre, Raymonnet de la Guerre s'était emparé du pont de Beaumont; le 13 novembre, Méru, à quatre lieues de Pontoise, étaifoccupé par le même capitaine", enfin, des' engagements eurent lieu, presque simultanément, vers Pontoise, Dreux et Chartres'.

En s'éloignant, le duc de Bourgogne n'avait pas cessé ses intrigues. Une nouvelle conspiration fut tramée dans Paris. Jean sans Peur, jugeant le moment venu, quitta Chartres le 22 novembre , et le lendemain 23 , au moment où , en mémoire de l'anniversaire du meurtre de Louis d'Orléans , une sentence d'excommunication venait d'être solennellement rendue contre lui, il se présenta à Villejuif, et envoya ses gens de guerre au faubourg Saint-Marceau pour pénétrer dans Paris. Mais le secret n'avait pas été bien gardé : les Bourguignons furent repoussés ; le duc se replia à la hâte Bur Montlhéry et regagna Chartres. La capitale était une fois encore préservée du joug bourguignon; celui qui avait révélé le complot fut appelé le Sauveur''.

De Chartres, le duc de Bourgogne, emmenant la Reine et Catherine* de France, avec une suite nombreuse, se rendit à

1. f Environ la Toussaint. » Chroniqiie de Jean Raoulet, op. Chartier, éd. de M. ValleldeViriville, p. 160.

2. Doni Vais«ete , Histoire générale de Languedoc , t. IV, p. 442.

3. Religieux, t. VI, p. ISCy, 154; Jouvend, p. 337, 345; Chronique anonyme, dans Monslrelel, t. VI, p. 243; Fenin» p. 82;^Berry, p. 434.

4. « Mesme par Paris, pour ce qu'il avoit sauve la ville, on Tappeloit le Sauveur. » Jouvenel. p. 344.

Auxerre, puis à Troyeç, où devait être fixé le siège du nouveau gouvernement. Poursuivi jusqu'à Joigny par le comte d'Ar- . magnac, à la tête d'un corps d'année assez considérable, il échappa, grâce à une crue subite de l'Yonne, et arriva à Troyes le 23 décembre. Par ordonnances des 6 et 10 janvier, Isabeau l'autorisa à prendre en main la monnaie du royaume et à administrer la chose publique ; la souveraineté passait de fait aux mains du duc; la Reine ne gardait qu'une autorité nominale. Enfin, par lettres du 16 février, le Parlement de Paris et la Chambre des^Comptes furent supprimés et installés à Troyes avec de nouveaux titulaires. Le duc de Lorraine remplaça comme connétable le comte d'Armagnac. Des émissaires furent envoyés dans les provinces pour annoncer que désormais on ne paierait plus de subsides. Le 30 janvier, Louis de Chalon, comte de Genève, et trois autres conseillers bourguignons, reçurent la mission de soumettre le Languedoc, l'Auvergne et le duché de Guyenne , avec pouvoir de supprimei^ toutes impositions, sauf la gabelle du sel. En même temps, les intrigues du duc réussissaient à Rouen, qui chassa le gouverneur royal (12 janvier), et ouvrit ses portes aux Bourguignons.

Il devenait indispensable de prendre des mesures énergique» contre le gouvernement de la Reine et du duc : par lettres du 6 novembre 1417, le Roi, considérant les « grands et pesans affaires » du royaume, et les maux qui pouvaient résulter tant de l'invasion anglaise que de la rébellion du duc de Bourgogne— lequel, disaient les lettres, « de son authorité et sous ombre de nous, en donnant contre vérité faux entendre, s'eflbrce contre notre volonté entrer par voies estranges au gouvernement de nostre dit royaume, » — avait de nouveau et solennellement institué le Dauphin son lieutenant général dans toute la France K En même temps (10 novembre), la reine de Sicile, belle-mère du jeune prince, fut autorisée à conclure avec le roi d'Angleterre une trêve de dix mois, qui, signée le 16 novembre par l'entremise du duc de Bretagne, mit l'Anjou

1. Oi'donnances , t. X, p. 421. Le Dauphin exerçait les fonctions de lieutenant général depuis le mois de mai.

et le Maine à l'abri ' . Une trêve d'égale durée fut aussi conclue par le duc de Bretagne, dont là fidélité à la cause royale était douteuse, et qui avait eu récemment avec Henri V une entrevue à Alençon*. Des lettres patentes, endal du 27 novembre, furent adressées aux villes du royaume poi les mettre en garde contre lea assertions mensongères conti nues dans les lettres lancées par Isabeau le il novembre, où '. Roi et le Dauphin étaient représentés comme prisonniers , ' pour enjoindre de ne point obéir aux mandements de la Beir et du duc'. Dans des lettres closes du même jour, le Ri ordonnait la publication immédiate des lettres patentes i pressait ses sujets de lui demeurer fidèle^*.

Eji outre, une amnistie générale fut proclamée à l'égai de tous ceux qui avaient adhéré au parti du duc de Boui gogne'; toutefois, pour empêcher le retour des factieux dac la capitale, une commission était instituée, avec missio d'examiner les demandes de ceux qui voudraient profiter d la clémence royale *. Pareille amnistie fut accordée aux villt rebelles, à la condition de rentrer, avant l'Epiphanie, e l'obéissance du Roi '. Mais toutes ces mesures demeurèrei sans résultat : ni l'hostilité ni la haine ne furent désarmée: Un vent de révolte et d'anarchie soufilait sur le pays, et e adhérant au duc de Bourgogne, on croyait trouver un remèd à tous les maux *.

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