Nous reviendrons phis loin sur cet épisode
4. Voir Rymer, t. lY, part, n, p. 182, 183, 184, 187. D*autres princes ou grands seigneurs se rapprochèrent aussi du roi d*Angleterre : le 14 juillet, des ambassadeurs de Charles VI allaient trouver le roi de Navarre et le comte de Foix pour les faire entrer dans ralliance anglaise (D. Vaissete, t. IV, p. 454). Le 17 janvier 1421, Henri Y reçut à Rouen les serments du comte de Foix, d^ comte d*Armagnac et du sire d*Albret (Rymer, t. IV, part, m, p. 199; D. Vaissete, t. lY, p. 454).
5. Jouvenel, p. 379; Monstrelet, t. m, p. 408; Chastellain, t. I, p. 150, et Ahr. franc., p. 242. Cf. M. VaUet, t. I, p. 230.
48 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1420
secourir Melun , devant lequel le roi d'Angleterre s'était établi dans une position formidable. La place capitula le 17 novembre. Le l»' décembre, Henri V faisait solennellement, avec Charles VI , son entrée dans Paris , au milieu des acclamations populaires *. Il y trôna insolemment, écrasant par son faste la Cour, hélas bien déchue, de l'infortuné Charles VI ', et partit le 27 pour se rendre à Rouen, et de là en Angleterre, laissant derrière lui la famine, les exactions et les proscriptions *.
Parmi les bannis, ûgurait le Dauphiade France : ajourné à son de trompe le 3 janvier 1421 à la table de marbre, il fut, par arrêt du Parlement , banni du royaume et déclaré indigne de succéder à la couronne *. « Mais cet acte inique ne fit que redoubler l'ardeur de Charles et de ses partisans. Il reçut à ce
i. « A rentrée desqnelz Ait crié Noël par le peuple, de carrefour en carrefour, partout où ilz pissoient. » (Monstrelet, t. IV, p. 16.) — « Ne oncques princes ne fiireni reçeas i plus grant joye qu'Us Airent. » (BourgeoU de Paris y p. lU.)— Les Parisiens avaient accueilli avec enthousiasme le traité de Troyes; dès le 2 juin, ils s'étaient empressés d'écrire à Henri V; le i, ils faisaient dire une messe d'actions de grâces et se livraient à des démonstrations d'allégresse : Make greet Joye and myrthe every Holy day in dauncyng and kërolyng (V. Rymer, t. IV, part, m, p. 176 et 177). — C'était donc bien en vain que le Dauphin, dans une lettre qu'il leur adressait, au mois de décembre précédent, avait fait appel à leur antique fidéljté.
2. Le bourguignon Ghastellain s'indigne de voir Paris, c siège ancien de la royale m^esté françoise, » devenu < un nouveau Londres. » — « N'y avoit, dil-il, celuy à qui les larmes ne mouillassent les yeux » en voyant Pabandoa du Roi ; « maints coeurs A'ancois çouverteroent se trouvèrent atteints de douleur s'ils l'eussent osé monstrer. » Il plaint ces < povres francois » qui < faisoient bonne chière de leur propre malheur, reputans aucuns plus estre félicité en leur vieux jours vivre paisibles et foulés sous main de tyran, que misérables champions en leur bqpneur sous un Roy héritier infortuné avec eux. » Voir t. I, pp. IdSyâOl, 203 et 194.
3. « Si avoit très grant pouvreté de faim la plus grant partie... Sur les ftuniers parmy Paris peussiez trouver cy dix, cy vingt ou trente enfans, fUz et filles, qui là mouroient de fain et de froit... On n'avoit ne pain, ne blé, ne buscbe, ne charbon. » {Journal d'un bourgeois de Paris, p. 145-46). — « En ce temps, pour conforter pouvres gens, furent remises sus les enfiîuis de l'ennemy d'enfer, c'est assavoir imposicions, quatriesme et malestoutes; et en furent gouverneurs gens oyseurs qui ne scavoient mais de quoy vivre, qui pinçoient tout de si près que toutes marchandises laissoient à venir à Paris. » {Id., p. U9. Cf. M. Vallet, t I, p. 237-38.) — Le 23 décembre, un lit de justice avait été tenu pour Adminer contre les meurtriers de Jean sans Peur; puis des lettres patentes les mirent hors la loi comme criminels de lèse-majesté (Voir le texte dans D. Plancher, t. m, Preuves, p. cccxi). La situation était teUe, que si un habitant de Paris voyait frapper à sa porte un mdividu venant des pays obéissant encore au Dauphin, il était tenu de le livrer à la justice, quand c'eût été son parent, son frère, son fils, son père même. Voir Aug. Longnon, Paris pendant la domination anglaise, p. xiv; cf. p. 23, 207, 239, 240.
4. L'accord des auteurs contemporains sur ce point, contesté par certains historiens, ne permet pas de le révoquer en doute. Voir à ce siiget l'historique fait, sous forme d'allégorie, lors du traité d'Arras, en 1435, dans D. Plancher, t. IV, Preuves, p. clv.
moment même un important renfort de troupes écossaises. L'absence d'Henri V fut mise à profit. Si , d'un côté , le duc de Clarence envahit et ravagea la Beauce , si CMteau-Thierry fut
, pris par les Bourguignons qui y firent La Hire prisonnier, les Dauphinois , à leur tour, soutinrent vaillamment la lutte dans le Beauvaisis , le Vermandois et le Santerre , et portèrent leurs ravages jusque dans le Hainaut et le Gambrésis. 3ien plus , le
' duc de Clarence , ayant mis le siège devant Angers , le comte de Buchan et le maréchal de la Fayette se portèrent à sa rencontre, le forcèrent à se retirer, et livrèrent à Baugé une bataille où les Anglais furent taillés en pièces, laissant au nombre des^ morts le frère de leur roi. Dans l'ivresse du triomphe, on crut que les armes françaises allaient renverser tous les obstacles \ Le duc d'Alençon et le comte d'Aumale se portèrent sur le Mont Saint-Michel*. Le comte de Buchan, nommé connétable, s'empara d'Avranches, qui avait été repris au mois de décembre par Salisbury, alla assiéger Alençon à la tête d'un corps d'armée, tandis que le Dauphin, après avoir conclu à Sablé une alliance nouvelle avec le duc de Bretagne , entrait en campagne avec ime armée grossie d'auxiliaires bretons sous les ordres de Richard de Bretagne, et prenait successivement Montmirail, Beaumont, Bonneval et Qalardon. Les Dauphinois occupaient encore les places voisines de Paris , et tenaient cette ville comme bloquée. Si Chartres , qui fut investi le 15 juin par ime armée de 20,000 hommes, eût ouvert ses portes , le chemin de Paris était libre , et c'en était fait peut-être de la domination anglaise dans la capitale '.
Mais, pendant que les Bourguignons de Chartres tenaient bon, Henri V veillait sur sa conquête. Débarqué à Calais le 10 juin, à la nouvelle du grave échec que ses armes avaient subi, il avait aussitôt envoyé à Paris un secours de 1,200
1. Voir les lettres des comtes de Douglas et de Buchan au Dauphin, dans Gompayré, Études historiques sur l'Albigeois, p. 266. Cf. des lettres du 23 mai suivant, par lesquelles Jacques de Surgères et autres sont exemptés pour cette fois d'aller au recouvrement de la Normandie. Coll. de D. Fonteneau, t. VIII, p. 171. Voir aussi Monstrelet, t. IV, p. iO et Chastellain, 1. 1, p. 227.