Voir Chastellain, t. 1, p
50 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1421
lances et ordonné à Siiffolk et Glocester de s'avancer contre le Dauphin. Une épidémie, qui se déclara dans Tannée de Charles, le força à battre en retraite. Quand Henri V, après une rapide entrevue à Mantes avec le duc do Bour^^ofçne, vint rejoindre ses lieutenants , le siège de Chartres était levé ; il trouva ses troupes assiégeant Dreux, qui se rendit le 20 août, après un siège d'un mois. La prise de Dreux entraîna la soumission d'un bon nombre de places voisines. Henri V se rendit à Chartres , attaqua Châteaudun , et rencontra l'armée française auprès de Vendôme. Mais il n'osa livrer bataille , se replia sur la Sologne qu'il ravagea, s'arrêta un instant devant Beaugency et devant Oriéans , et voyant son armée décimée par la famine et l'épidémie, se replia sur Joigny et Villeneuvele-Roi, dont il s'empara; à la fin de septembre, il rentrait dans Paris , ayant perdu 4,000 hommes *.
Le duc de Bourgogne fut plus heureux dans le Nord. Après avoir investi Saint-Riquier, il se trouva en présence de l'armée de, Jacques d'Harcourt, qui, se séparant d'une cause désormais confondue avec celle des Anglais, avait organisé la résistance dans le Ponthieu redevenu Français. Le seigneur d'Offemont, Saintrailles, Gamaches, Raoulet, etc., étaient venus de Picardie et de Champagne grossir les rangs de son année *. La journée de Mons-en-Vimeu (30 août), bien que peu décisive , arrêta les progrès des partisans du Dauphin, et ses ôonséquences leur furent fatales. Saint-Riquier se rendit au mois de novembre, et Jacques d'Harcourt, bien qu'investi de la lieutenance suf les frontières de Normandie ', ne devait pas tarder, sinon à déposer les armes, du moins à se tenir uniquement sur la défensive.
La France ne devait pas avoir un instant de répit en cette année terrible , marquée par la guerre , par la famine , par des
1. Voir Jouvenel, p. 391-93; Benry, p. 441 -iS; Religieux, t. VI, p. 462 et suiv. ; Monstrelel, l. IV, p. 41 et suiv.; Chron. anon., t. VI, p. 294 et suiv.; Chastellain, t. J, p. 235; Cousinot, p. 181; Raoulet, p. 170, etc.
2. Le Dauphin avait à la même époque, poui' lieutenant en Champagne, Prégent de Coëlivy (Jouvenel, p. 391).
3. Voir Monstrelet, t. IV, p. 48 et suiv.; Chron. anon., t. VI, p. 297 et suiy.; Fenin, p. 158; Raoulet, p. 178-79, etc.
maux de toutes sortes, et que les chroniqueurs appellent la « plus forte année à passer que oncques homme veist *. » A peine revenu de son expédition infructueuse, Henri V fit mettre le siège devant Meaux , la plus importante des places occupées enôore par les Dauphinois autour de Paris. 24,000 hommes l'investirent le 6 octobre 1421 , et la tinrent assiégée pendant sept mois. Le roi d'Angleterre établit devant cette ville son quartier général. On y vit le roi d'Ecosse, qu'il traînait à sa suite dans l'espoir de détacher les troupes écossaises de l'armée du Dauphin; on y vit le comte de Richement qui, délivré de sa prison d'Angleterre, vint prêter serment à Hepri V et le servir avec ses Bretons; on y vit aussi le malheureux Charles VI, couvrant de son simulacre de royauté les actes et les violences de celui qu'on appelait 1' « héritier de France ; » on y vit enfin le duc de Bourgogne , qui y fit acte de présence en se rendant dans son duché, où il n'avait point encore paru depuis la mort de son père. Chose digne de remarque, tandis que Philippe se ^ montrait si empressé et si obséquieux, certains de ses partisans se refusaient toujours à subir le joug anglais. Le prince d'Orange, qui était venu trouver le duc en Artois avec un corps d'armée, le quitta plutôt que de se rendre à Meaux, où il aurait été obligé de prêter serment à Henri V *. Dans les rangs même des Anglais, des protestations s'élevaient : un chevalier dont le fils avait été tué pendant le siège , se retira en déclarant que « contre Dieu et raison on vouloit priver Monseigneur le Dauphin du royaume qui devoit lui appartenir *. »
Cependant , de tous oôtés régnaient « fortes guerres et merveilleuses '. » En Picardie , où Jean de Luxembourg avait été nommé capitaine général, avec Hue de Lannoy, créé maître des arbalétriers , pour auxiliaire , un corps d' Anglo-Bourguignons attaqua, à la fin de mars 1422, plusieurs places du
1 . Voir Monstrelet , t. lY, p. 78 et Ghastellain , t. I, p. 392. — Les Dijonnais, auxquels le duc demanda de prêter serment, reAisèrent d*sd)ord et ne le firent que sur son ordre. — Dans le même temps , Jean de Luxembourg vint traiter de la délivrance de son frère Pierre, qm fut mis en liberté , et resta au siège de Meaux, an service du roi d*AngIeterre.
2. Voir Jouvenel, p. 386 et XAhr. franc, du Religieux, p. 2i9.