‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 83 sur 362 · Journal a'un bourgeois de Paris, p · texte numérisé non relu

Journal a'un bourgeois de Paris, p

6. « Et avoit (le duc de Bourgogne) gens sur les champs qui faisoient tous les maux qu'on pourroit faire, comme pilleries, robberies, meurtres et tirannies merveilleuses.... >» Jouvenel, p. 335. >- «c Et aussi les estrangers tenans la partie du duc deBourgongne... regnoient et destroussoient par tous les lieux et pays où ilz aloienl et repairoient..., et finallement faisoient maulx inestimables dont le peuple estoit très fort oppressé. » Monstrelet, t. m, p. 180. — Cf. Religieux, t. VI, p. 82, 130, 152; Journal (tun bourgeois de Paris, p^80 ; Fernn, p. 71 et 79.

7. Voir ce que dit Cousinot des excès des Bretons de Tarmée royale (p. 170).

58 \ HISTOIRE DE OHARLEvS VII. 1417

milieu des discordes qui régnaient depuis si longtemps, le nombre des proscrits allait toujours grossissant, et ces proscrits , errants , poussés au désespoir, comme pour se venger de leur propre ruine , semaient partout la dévastation , pillaient les monastères et les églises, outrageaient les femmes , torturaient leurs prisonniers pour leur extorquer de l'argent *.

Les paysans, abandonnant leurs champs dévastés, prirent à leur tour les armes et vécurent de rapines et de pillage, sans que leurs crimes fussent réprimés '. Aussi , remarque un contemporain, « pouvoit-on mieux dire la Terre Déserte que la terre de France*. » A Paris, les arrestations et l^s bannissements se succédaient sans relâche ; les impôts allaient croissant et le taux des monnaies subissait de fréquentes variations ; les vivres atteignaient im prix exorbitant. Dans Tautomne de 1417, on ne put faire les vendanges, car nul n'osait sortir de la capitale, de crainte d'être pris et rançonné par les brigands boui^ignons, ou de tomber sous les coups des pillards de la garnison de Paris qui , se répandant autour de la ville , rentraient parfois , selon l'expression d'un chroniqueur, gorgés de biens autant qu'im hérisson de pommes *.

Ces luttes intestines, cette indiscipline d'une soldatesque brutale, ce désordre universel ne favorisaient que trop les projets belliqueux des Anglais qui, après avoir détruit notre armée à Azincourt, n'avaient cessé d'avoir l'œil sur la France, comme sur une proie facile à saisir, et s'apprêtaient à l'envahir de nouveau.

Gomme dans les temps de malheurs publics , chacun demandait un sauveur; de toutes parts on répétait : a Vive n'importe qui, pour peu que nous puissions demeurer en paix'! » Et, ne trouvant pas ce sauveur autour du trône , privé de ses appuis

\. Religieux, t. VI, p. 64.

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