D. Morice, t. D, col
7. Dans des lettres du 19 août, conservées aux Archives de Reims, et dont nous devons la communication à M. Louis Paris, le Dauphin prend les méme^ qualifications.
1417 LE DAUPHIN jusqu'à SA FUITE DE PARIS. 71
rant, disait le Roi; que nostre très chier et très amé fils vient en aage de pouvoir endurer peine et avoir cure et diligence de vacquer et entendre à ce à quoy nous le vouldrions employer, et afin que, en son jeune aage, il commence à savoir et congnoistre les besoingnes et aflaifes de nostre dit royaume..., et que avons et devons avoir en lui, comme raison le veult et ordonne , toute singulière et parfaite confidence , comme à nostre propre personne; » après mure délibération avec le connétable , le chancelier et les membres du grand Conseil , le Roi déclarait autoriser le Dauphin à s'occuper de l'expédition des affaires , de concert avec les gens du Conseil , toutes les fois que besoin serait*. — Par une autre oMonnance qui, selon toute vraisemblance, fut rendue le même jour, mais qui ne noiïs est point parvenue , les pouvoirs autrefois donnés à la ' reine Isabeau furent révoqués , et le Dauphin fut nommé lieutenant général du Roi dans tout le royaume*.
L'occasion ne tarda pas à s'offrir, pour le nouveau lieutenant général , de faire acte d'autorité. Pendant son séjour à Angers, une émeute bourguignonne éclata à Rpuen. Charles partit aussitôt à la tête d'une armée. En passant par Chartres, il apprit que des gens du duc de Bourgogne avaient mis le siège devant Saint-Florentin , près d'Auxerre : les sires de Torsay et de Gaules, Guillaume Bataille et Guillaume d'Avaugour furent détachés, avec sept à huit cents hommes d'armes et mille arbalétriers, pour marcher au secours de cette place '. Le Dauphin, continuant sa route avec deux mille combattants, arriva à Pont-de-l' Arche le 22 juillet, et envoya sommer les habitants de Rouen de lui ouvrir leurs portes. Mais l'archevêque Louis
1. Ordonnances, t. X, p. 416. — L'original est au Trésor des Charles, J 402, n« 15.
2. Les lettres da 6 novembre 1417, confirmant la licutenance générale du Dauphin, font allusion à cette prendëre ordonnance. Voir Ordonnances, t. X, p. 424. — On a des lettres des !«-' juillet 1402, 26 avril 1403 et 31 décembre 1409, contenant les pouvoirs donnés à la Reine. Archives, J 402, n*" 16 et 13; Ordonnances, i VIII, p. 577; Religieux, t. rv, p. 282.
3. Berry, p. 432. ~ On ne s'explique pas bien comment le Dauphin , venant d'Angers , passa par Chaiires pour se rendre à Rouen, surtout s'il est vrai, comme le rapporte D. Plancher (L HI, p. 469) que les Bourguignons venaient de prendre Nogent-le-Roi, près de Dreux, le 18 juillet. Nogent était précisément sur le chemin que le prince devait suivre pour se rendre à Rouen. Les actes nous manquent pour contrôler le récit de Berry.
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d'Harcourt, qui s'était chargé de cette mission, trouva ses chanoines sous les armes et mêlés aux bourgeois révoltés. Le Dauphin s'avança alors jusqu'à Sainte-Catherine et manda auprès de lui Jacques de Bourbon, seigneur de Préaulx, ^qui occupait encore le château : « Beau cousin, lui dit-il, allez en « nostre chastel, et par la porte des champs recevez deux cents « hommes d'armes et autant d'archers que nous vous cnvoie- « rons^ » Le même jour et le lendemain, on fît « grant escarmouche » devant les portes de la ville*. Intimidés par ces démonstrations, les Rouennais ne tardèrent point à parlementer. Leurs ouvertures furent favorablement accueillies, et des lettres patentes du Dauphin, datées de Saint-Maur-lès-Rouen , leur accordèrent pleine et entière abolition '. Le prince maintenait leurs droits et privilèges, mais repoussait hautement certaines exigences, relatives à ses soldats, qu'on prétendait lui imposer, disaot « que à nul n'appartenoit limiter l'auctorité du Roy ne la sienne *. »
Charles fit, le 29 juillet, son entrée solennelle, à cheval, à la tête de ses troupes ; et , après avoir été faire son oraison à la cathédrale , il alla se loger au château '. Un nouveau bailli — c'était le sire de Gamaches — fut nommé, avec charge de punir ceux qui avaient pris part au meurtre du sire de Gaucourt. Après ce coup d'autorité, accompli avec autant de modération que de fermeté, le jeune prince partit pour Paris, vers le 5 août, laissant à Rouen le comte d'Aumale comme capitaine, avec une garnison de quatre cents hommes d'armes •.