Le Fèvre de Saint-Remy, éd. Morand, t. II, p. ÎC
i. Voir la préface du tome XIU des Ordonnance», p. xv.
5. PuToi ceui qui gardèrent ce sitou» significatif, il faut cller Alain Charlier (voir
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de Rouen et la réhabilitation, montre assez le revirement opéré dans les esprits : il semble qu'on eût craint de réveiller des souvenirs compromettants '.
Tout coHspirait donc contre la Pucelle, et l'héroïque jeune fille s'acheminait vers le martyre, sans que personne pût ou os&t prendre sa cause en main. Les Anglais la guettaient comme une proie qu'ils allaient bientôt saisir. L'Université et l'inquiBiteur de la foi la dénonçaient conmie hérétique. L'évêque de Beauvais la réclamait pour lui faire son procès. Ceux-là même qui auraient dû prendre sa défense, se constituaient ses accusateurs *.
Nous le demandons , sans avoir nullement — nous le déclarons très sincèrement — l'intention de plaider pour le Roi les circonstances atténuantes : que pouvait faire Charles VII, livré
Élude «ir Alain CharUer; par D. Delaunay (1876), p. 97-90), et Jean Jouïenel des Ursins, qai succéda à Pierre Caudion sur le siégn de Beauvais (voir P-ocès de Condamnation dt Jeanne d'Arc, traduit du latin par M. Vailet de Virivillo (1867), p. tli8 note et 1S7 noie ; Apirçus nouveaux lur l'hUtoire de Jeanne d'Arc, par M. Quicheral, p. 156; Jean Jouventi det Unins, par l'abM Péchenard (1876), p. 16Î). — Un autre sympUme digne de remarque, c'est l'estime témoignée à certains des juges de la Pucelle par les personnages tes plus niarquanls de l'entourée de Charles VU. Ainsi Gérard Uachel, confesseui' du Roi, qui ét^l au nombre des eiaminateurs de Poitiers, traitait plus tard GidUaume Erard de Vir clariiiimfe virlulù et culestla lapientitt, et correspondait avec lui. Ajoutons que Thomas de (}ourcelles, après la réduction de Pari^, fut employé dans plosieura missions diplomatiques, et prononça plus tard l'oraison lUnèbre de Charles VU. Voir Quicherat, AperfUê nouveaux, p. 104-105, et Proeé*. I. H, p. 300, noie 3.
1. U faut lire les hisloricns bourguignons, laime les plus Impartiaux, pour avoir une idée de l'élat de l'opinion sur Jeanne d'Arc. On sait commeol Chaslellain, à la snile de Monstrelei, Iraile la Pucelle. L'évêque de Verdun, Gnillaume Fillaslre. en lacontaot la merveilleuse délivi'ance du rojaume, ne prononce mime pas son nom (Ms. fr., 3631) L'évêque de Chàlon, Jean Germain, un des Pères de Baie el de Ferrarc, dans son Panégyrique de Philippe le Bon, la représente comme adonnée aux sortilèges et regarde son supplice comme mérité (Ladwig, Retiquiœ, L XI, p. 34-35, et Chroniquet belgti, publiées par M, Rervyn de Letlenhove (1876), p. 3S). L'auteur allemand du Uagnum chrimicon Belgicutn, chanoine régulier de l'ordre de saint Augustin, qui écrivait après la réltabililalion, est encore sous Hmpres^on du procès de Rouen (Pistorius, Rerum Gtrmanicaruin Scriptoret, t. III, p. 401-403). Dans les l'augs français même, nous l'avons dit, on garde te ^lence sur les exploits de Jeanne. On peut dire que, pendant de longs siècles, l'opinion publique fut ^aiée. » Jamais mémoire de femme ne fut plus déchirée que la sienne, d disait Etienne Pasquier au seûièDie siècle : et après du Haillan devait venir Voltaire!
2. Dans des contrées lointanes restées fidèles h la cause royale, on alla jusqu'à insinuer qne Jeamie avait été livrée aux ennemis : • Et depuis dirent el alfirniercat pluiseurs que, par le envie des capil»nes de France, avec ta faveur que aulcuns du conseil du Roi avoient i Philippe duc de Bourgogne et audit messire Jehan de Lucenbourcq, on trouve couleur de faire morir ladite Pucetle par feu, en ladite vîUe de Rouen. > Chronigue de Tournai, l. c, p. 417.
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comme il l'était à d'indignes conseillers? Alors même qu'il aurait eu la volonté de venir en aide à la Puccllo , en aarait-il eu le pouvoir? Lr vrai tort de Charles VII , ce n'est pas l'ingratitude dont on charge sa mémoire, c'est, encore une fois, l'impuissance politique; et ce tort, est-ce 'à lui seul qu'il doit être imputé ?
Un dernier moyen de porter secours à la Pucelle a été suggéré par deux écrivains qui, à la suite de L'Averdy, se sont constitués les défenseurs de Charles VII '. Pourquoi, se sont-ildemandéfl, « dans une affaire où son honneur était si visiblement intéressé', * Charles n'a-t-il pas fait appel au Souverain Pontife? M. Lebrun de Charmeltes, tout indulgent qu'il se montre pour le Roi, estime « qu'on ne peut entièrement le justifier d'avoir négligé ce moyen ', » M, de Beaurepaire , en posant la question, a donné en même temps la réponse. « Ce moyen naturel et facile d'enlraver d'injustes poursuites, dit-il, n'a pu manquer de se présenter à l'esprit de Charles VII. S'il a été écarté, c'est que ce prince a écoulé des conseils trop timides, et qu'il a craint d'assumer sur sa tête, au préjudice de sa souveraineté renaissante, mais encore mal établie, cette suspicion d'hérésie que les Anglais n'oublièrent pas d'exploiter contre lui, alors même qu'il ne faisait rien pour la Pucelle, et qu'il semblait par son silence respecter l'autorité de l'Église dans la personne de juges qui étaient hostiles à son parti. Atteint du découragement qui gagna en un instant tous Ieï> anciens partisans du parti de Jeanne, peut-être douta-t-il luimême de la réalité d'une inspiration qui causait un tel scandale, comme antérieurement il avait douté de ses droits ot même de la légitimité de sa naissance, avant l'entrevue de ,Chiuon et les prodiges du siège d'Orléans *. »
Nous n'irons pas aussi loin que M. de Beaurepaire. Nous n'admettrons pas que Charles VII ait pu concevoir des doutes
1. M. Lebrun de Chai-metUs, auleur d'une très estimable Hùloire de Jeanne iFArc, pubhëe en 1817 (1 vol. in-8°}, el M. Ch, de Beaurepaire.
2. Reehtrehei tur te protêt de eondamnation , par Oi, de Beaurepaire, p. 94.
3. Hitloire de Umne tlArc, I. IV, p. iU. i. M. de Beaurepaire. (. c, p. 04-95.
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sur la réalité de l'iaspiration de Jeanae d'A.rc : ce serait là, k notre avis, une supposition plus injurieuse peut-être pour sa mémoire que l'accusatioD d'ingratitude. Pour s'expliquer les motifs de l'abstention du Roi k l'égard de la Cour de Rome, il suffit j cpoyons-nous , d'envisager la situation faite à l'autorité royale et de se rendre compte des ménagements commandés par la politique.
Une dernière question se pose.
Charles Vil n'a-t-il donc rien fait en faveur de Jeanne d'Apc?
En cherchant dans les auteurs contemporains quelques lumières sur l'attitude du Roi à l'égard de la Pucelle , nous avons rencontré trois témoignages qui, sans avoir ulie grande valeur pour t'élucidation du problème, ne doivent pas cependant être passés sous silence.
Le premier émane d'un auteur qui vivait sous François l"', mais auquel ses rapports intimes avec Guillaume Gouffier, seigneur de Boisy, chambellan de Charles VIT, donnent un crédit tout particulier '. C!est par lui que nous connaissons le fameux secret dont il a été parlé plus haut, et son autorité n'a Jamais été contestée. Après avoir raconté ce qui est relatif au secret et aux exploits de la Pucelle , Pierre Sala ajoute : « Depuis, ainsi comme il plaist à Dieu de ordonner des choses, ceste saincte Pucelle fut prinse et martirisée des Anglois ; dont le Roy fut moult dolent, mais remédier n'y peut *. »
Le second témoignage esl dû au pape Pie II , qui a laissé des MSnoires où il raconte l'histoire de Jeanae d'Arc. D'après M. Quicherat, « ce morceau, comme récit et appréciation, peut passer pour ce qui a été écrit de meilleur, à l'étranger, au quinzième siècle. » Or, nous trouvons également consigné dans cet ouvrage le sentiment de vive douleur que le supplice de
i. « Pir teaos je supoie ce bon cbevalicr monseigneur de Msy, quant II s'esbatoitpanuj le parc; et lant l'aimoye pour ses grans vertus, que je ne pouvaje de lujr partir; carde sa bouche ne sortuii que beaulx cteoiples où j'apprenoje nioult de bien. Celuy me compta entre aultres chose? le secret qui avoit esté entre le ftoy et In Pucelle ; et bien le pouvoit scavnr, car U avoit été en sa jeunesse ti-ès aymé de ce Ro;, lant qu'il ne voulut oncques souflilr coucher nul gentilhomme en son lit Tors luy. En ceslc grande privaulté que je tous dis, loi compta le Ro; les porolles, n etc. Ilariliettes lUs grands Roys tt Empertun , par Pierre Sala. Procès de Jrannt d'Arc, 1. IV, p. 219.