‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 137 sur 367 · DéposiliOD de iean Uassieu · texte numérisé non relu

DéposiliOD de iean Uassieu

i. Dépositions de J. Hassieu et de GuUI. Manchon. — Cette touchtnte soUicJtDde de ta [>liceUe pour le Roi éclata i plus d'une reprise dans son Procis. Dans rinterrogatoire du SI février, elle déclare spontanément que, a celte nuit, la voix lui a dit beaucoup de choses pour le bien de son Roi, el qu'elle ne boirait pas de lin jusqu'à Piques; de sorte que lui s'en trouverait plus joyeux ï son diner (t. I, p. 6i). ■ Une autre Tois, l« 38 mars, h Pucelle liait rendu au Roi ce témoignage ; < IMt qu'eUe scail bien que Dieu ajme mieuli son Roy qu'elle pour l'aise de son corps; el dit qu'elle le scail par révélation, d {Proeis, t. 1, p. 357-58; voir sur celle parole le commentaire de M. Marius Sepel : Jeanne iTArc' p. 71). — Enfin, aranl de mourir, la Pucelle devait encore rendre à Qiarles Vil on solEnnel témoignage. C'était sur la place du Vieux marcbé , en face du bûcher qui l'attendait. A travers les < pieuses et dévotes lamentations > et les Tervenles prières qu'elle ne cessait de tÛK entendre el qui arrachèrent des larmes ï plusieurs des assistants et aux Aillais mjmcs, la pensée de son Roi lui revint. Elle prole&la' qu'i l'égard de loul ce i qu'elle avait lait, mt en bien, soit en nul, elle n'avait jamai» été induite par ton /îoi â le [aire. [Fvocà. l. m, p. 56); « établissant sa propre innocence, dit M. WaUon (t. II, p. 281). tout en ne songeant qu'i mettre hors de doute la sincérité du Roi. >

5, Protêt, t, ], p. 451, et md. VaUel, p, 331,

ovGoot^lc

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o superstitieuse, idol&tre, invocatrice de démons, blasphématrice envers Dieu, les saints et saintes, schismatique et pleine d'erreurs en la foi du Christ '. »

Après le suppUce de la Pucelle, dans la lettre adressée, au nom de Henri Vi , aux évêques de France (28 juin) , on les enga^ à « notif&er ces choses pour le bien et exaltacion de nostre dicte foy et edificacion du peuple chrestîen, qui, à l'occasion des euvres d'icelle femme, a esté longuement deçeu et abusé '. M EnBn , pour mettre le comble à cette sorte de dénonciation publique contre Charles VII, l'Université écrivit au Pape pour lui faire connaître les faits , et lui vanter « la soi- " gneuse diligence » déployée par l'évêque de Beauvais et le vicaire de l'inquisiteur, « pour la défense de la religion chrétienne'. »

Sans adopter le système soutenu par M. Quicherat, quant à la régularité de la procédure, il est permis de constater avec loi que a la gravité connue des juges, la considération dont jouissaient la plupart , et la nature du tribunal autour duquel ils étaient rassemblés, durent produire généralement une attente mêlée de confianceet de respect *. » Dans l'entourage de Charles VII, et bien avant la prise de la Pucelle, on n'avait rien éparçné pour lui enlever son prestige. Les chroniqueurs nous parlent, en même temps que de l'hostilité dont elle était l'objet de la part de La Trémoille , de la jalousie qu'elle inspirait aux capitaines*. Pour ceux qui dominaient à la Cour, Jeanne avait toujours été un obstacle à des vues intéressées et

1. Lettre en date du 8 juin 1431. Proeét. l. I, p. 486 et 487, et Irad. V«llel, p. 353-53. Les mÈmci Umics sont employi!; dans la lettre rrani'ai^e du 38 juin non prëlals, ducs, comtes et autres nobles et aux cit^s du rojaiime de Franco (t. 1, p. 491).

î. Procès, l. T, p. 493.

3. Proeét, t. 1, p. 497. Dass les lettres de garanties données aux ji^es de ta Pucelle, le roi d'Angleterre prenait les devants sur les tentatives que pourrait ^ire te roi de Krance contre le jugement qui venait i'ilre rendu : <• Pour ce que, disait-il, par adventure, aucuns 7111 pourroitnt avoir tu tet rrreurt et maleficn fie ladicle Jfhanne aggrta- Ue« , et autres qui îDduemenl s'elTorcerolent ou se vouldraient efforcîer, par ha^ne, vengeance ou aultrcmenl, Ironbler les vrajs jugements de noire mère saîncle Eglise, de Iraire en eaute par devant noslre lalnl Père le Pape , le soint coticille ijtntral ou autre part les dits révérend père en Dieu, vicaire, etc. ...nous... proraeclons, etc. ■» Proeà, t. I, p. tS5-93 et 496 ; I. IH, p. 241-U.

4. Aper^ noweaux mr l'hiiloire de Jeanne d'Are, p. 108. CI. p. 146-119.

5. Chronique de Tournai, dans la coUedion des chroniques belges, t. m, p. 417.

à de coupables iDtrigues. Depuis la 6a de la campagne àa sacre, elle était considérée comme tia iiistnimcat inutile, et qui pouvait devenir compromettant. Quel dut être le sentiment des habitants de Reims, qui avaient vu Jeanne dans tout l'éclat de sa gloire, quand ils purent lire, dans une lettre où leur archevêque leur annonçait sa prise devant Compiègne, qu'elle « ne vouloit plus croire conseil , mats faisoit tout à son plaisir; » que « Dieu avoit souffert la prendre pour ce qu'elle s'estoit constituée en orgueil, et pour les riches babitz qu'elle avoit pris, et qu'elle n'avoit fait ce que Dieu lui avoit com- ' mandé, mais avoit fait sa volonté; » en&n s qu'il estoit venu vers le Roy ung jeune pastour, gardeur de brebis des montagnes de Gevaudan , lequel disoit ne plus ne moiiigs que avoit fait Jebanne la Pucelleî * » Et ce révoltant langage, à l'authenticité duquel on voudrait ne point ajouter foi ' , ce n'est pas un ennemi déclaré de Jeanne, comme La Trémoille, qui le tient, c'est Regnault de Chartres, un politique, qui, pour colorer l'échec que la cause royale vient de subir par la prise de la Pucelle, s'efforce de la déconsidérer, et ne craint pas de jeter sur elle un blâme public 1

Qu'on s'étonne après cela que ces gens « de legier entendement et créance volage » dont parle un chroniqueur bourguignon, qui s'étaient n boutés k croire que les faiz de la Pucelle estoient clioses miraculeuses*, » en fussent à se demander si elle avait été réellement inspirée de Dieu! Ajoutons que le silence gardé sur Jeanne d'Arc, soit par la chancellerie royale ', soit par les contemporains — même les plus liants placés ', — durant la période qui s'écoula entre le procès

1. LcUre analyste pur Jean Rogier dans son Recueil dei charlra, lUIret et atrali nolablei titéi des archives de Reims. Prociê, I. V, p. 16S-69.

2. < Ce docunieDl, disait M. Quicherat dans ses Àperpa nouveaux (p. 9i), n'a ilé eacore ni cmploT^ ni soumis à la critique. Comme i< est d'une conséquence infinie , que d'un aulrccfitë.il ne se présente pas sous sa Tonne originale, on pourra élever des doutes, sinon sur la bonne foi, au moiax sur l'inlelligence de celui qui nous l'a transmis. Je ne m'en sers donc qu'avec une certaine réserve, apr^s m'; être pris de toutes les maniÈres pour l'inlerpréler autrement que je ne Tais, et désirant, tant la teneur est révoltante, que de nouveaux documents viennent modilier le sens que je lui donne. >

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