‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 163 sur 367 · Cousinol, Cette de» noblet, p · texte numérisé non relu

Cousinol, Cette de» noblet, p

'A. Par ledrM du 17 aoAt 1423. D«s lettres du 23 mars li!3 lui avaient attribué une pension de 1,200 I, connue niuDibre du ^["aail Conseil.

i. A partir de Janvier 1i27, il demeura seul investi des ToDciions de gMral sur le rail des finances en Lai^ni^oc. Viur ci-dessus, p. 131.

5. Voir les lettres publiées par D. Vaissete, lliiloire générale de Languedoc, t. IV, preuifet. col. ICI, et la curieuse oolice de M. Vallel, dans le Bulletin de la Soâélé de l'bUMre de France, 1859-60, p. 57-60. On s'explique difficilement l'indulgence de Jean Jouvenel ï son ^gard ; t. Messire Guillaume de Champeaux, mon prédécesseur evesque de

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1432 BËGNE DE lA TRËMOILLE. 291

VU l'évêque de Laoa paraître à la Coup, en compagnie du comte deFoix, du mois de septembre 1425 au mois de janvier 1427. Il y jouit d'une grande influence, et reçut alors une pensioo de cinq cents francs par mois. Dès le mois d'octobre 1428, les États du Languedoc, assemblés à Chinon, firent entendre, relativement à son administration, les plaintes les plus vives, et, pour faire cesser les abus, le Roi envoya des commissaires en Languedoc pour lui interdire de s'occuper désormais de l'administration des ânacces. Uais profitant de ce que la guerre absorbait toute l'attention du gouvernement royal, il n'abandonna point sa chaîne et poursuivit le cours de ses malversations *. En vain le Roi envoya le comte de Vendôme pour lui renouveler la défense déjà faite, il refusa d'obéir. C'est alors, sans doute, qu'il poussa le comte de Foix h s'emparer de la personne du Roi, dans l'espoir de se mettre ainsi lui-même en possession de toute l'administration du royaume.

Ce complot, qui n'aurait amené qu'une simple révolution de palais sans pro&t pour la France, car les successeurs de La Trémoille n'eussent pas mieux valu que lui, ne reçut pas d'exécution. Peut-être le comte de Poix et La Hire furent-ils devancés par une autre conjuration dont nous aurons bientôt àparler, et qui ne tarda pas à se nouer, dans le même but. entre des personnages plus considérables et plus préoccupés du salut du royaume.

La situation de la France, d'une part épuisée par une guerre si prolongée et dont on ne pouvait prévoir le terme , d'autre part ravagée par une soldatesque sans frein et qui tendait de plus en plus à se soustraire à toute autorité et à tout contrôle , préoccupait à juste titre le Roi. Il convenait de prendre des mesures énergiques pour remédier au mal, et la trêve conclue

LaoD, qui, de loul foa temps, avoit tenu le parti du Roj, bien et lopument, el s'esloil si bien gouverné que, lant les gens d'église que les noûes et marchans et tous les trois estas du pals, estoient contens de luy... • Diicoura sur la charge de chancelier, Ms. fr. 2701, f. 46 ï'.

1. C'est i lurt, croyons-nuus , que M. Vallet de Virinlle (ffiiloire de Charlet Vil, t. !l. p. 98, et Baltelin de ta Société de i'hitloire de France, 1859-60, p. 59), le bit assister au sacre. 11 ne paraît |tas aroir quitté le Languedoc.

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avec le duc de Bourgogne permettait d'agir d'uae manière plus efficace. Aussi Charles VII se décida-t-il à convoquer les Ëtats généraux de tous les pays soumis à son obéissance. La lettre de convocation, ^ue nous avons sous les yeux, porte la date d'Amboise, 15 décembre. Le Roi y expose que déjà, à plusieurs reprises, par grande et mure délibération, des réunions, où se trouvaient des princes du sang,' des membres du conseil, ou de notables ofdciers, et même des chefs de guerre, ont été tenues pour faire cesser les excès des gens de guerre , mais que, nonobstant, Les choses vont de mal eu pis. Voulant donc porter remède à de si graves abus et aussi aviser de bonne heure et par bon conseil à la résistance qu'il convient, en la saison nouvelle, d'opposer aux entreprises des ennemis, afin de pourvoir à l'entier recouvrement de sa seigneurie, au fait de la justice et aux autres affaires du royaume, le Roi, pour toutes ces choses, « et pour autres qui bien touchent et regardent Testât et conservacioo de sa seigneurie , et le bien commun de tous ses sujets, u g. décidé de réunir à Poitiers, le 20 février 1433, les gens des trois états des pays de Languedoil et de Languedoc, afin que, par leur Iwn conseil et avec l'aide de Dieu, « bonne et stable provision soit donnée atout'. »

Mais cette solennelle réunion, à laquelle Charles VU conviait les représentants de la France entière, ne devait pas se tenir : du mois de décembre 1432 au milieu de l'année 1433, Charles Vn ne bougea pas d'Amboise, et un grave événement, appelé à changer la face des choses, devait se produire avant que les Ëtats généraux fussent assemblés.

L'attitude de La Trémoille devenait chaque jour plus révoltante; ses intrigues étaient de nature à compromettre la couronne; son despotisme jaloux et intéressé faisait le vide autour du Roi ; ses procédés arbitraires, ses dilapidations indignaient tous les honnêtes gens. Le moment n'était pas éloigné où le tout-puissant ministre allait succomber sous le poids de sa fortune ai scandaleusement édifiée, et de haines depuis longtemps accumulées.

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1433 rGgne de la trëmoille, 293

On ne pourra jamais approfondir l'histoire de cette période de six années où le gouvernement fut aux mains de La Trémoille. Il est avéré que des pièces, sans doute fort compromettantes pour lui, ont été détruites au dernier siècle '. Que de misères, que de turpitudes, que de crimes peut-être, nous seraient dévoilés si le dossier était complet! Ce qui frappe tout d'abord, quand on y regarde de près, c'est l'insolente opulence du grand chambellao , offrant un douloureux contraste avec la pénurie où le Roi et la Reine sont encore réduits V La Trémoille continue son rôle d'universel prêteur ; il tient presque toute la Cour par la bourse'. Mais, parmi ces nombreux débiteurs, combien peut-être se feront les artisans de sa ruine *?

Pour avoir une idée de la situation de la Trémoille à l'égard de la couronne, il faut entrer dans l'analyse de certains actes. Par lettres du 12 juillet 1432, Obarles VII, rappelant les prêts antérieurs faits par La Trémoille, et qui s'élevaient k dix mille livres pour le siège d'Orléans, et à onze mille sept cents écus

1. Ces pièces raisaient |iarlle d'un charlrier des plus consiililrables, doDl les précieui restes faut d'aulanl jilus reHrcller ces lacunes.

3. En octobre 1130, La Trèmaille ptHe au Roi 3,000 I. (leltres du 'i juin 1431 ; qniltaoces de U Tr^moitte du 14 juin suivant : ClairamiMuil, S05, p. 8769). — l.e 85 aoùi 1131, Clurles Vn ordonne de lui rembourser une avance de ^^5 I. dont La Trëmuitle donn;! quittance le 31 lùbt (Clairamlmult, 305. p. 8771 et S773'. — En 1432, La Trémoille pr^le 10,500 I. pour le secoun de L^jr. Le détail ic Irotrvc dans une piica annexée aui leilres de Charles MI du 13 juillel 1438. On y voit Sgurer le mar^clia] de Boussac pour 3,000 fr. ; RodrtRuede VillandrandopourS.SOO; J'amiral de Culanl pour 3,370; Icktiard d'Orléans pour 1,000, etc. (Archives du duc de la Trémoille). —Par lettres du33oelabrc 1430, La Trémoille se fait donner 3,000 1. (Ms. n-.30594,pièCB!5).— En mai 1431 il se Tall allribuer, on l'a vu, le p^a^ de Rocheforl, — Vers le rn^mc temps, il reçoit l'adniinislralion des greniers à sel du Pont Saint-Esprit et de Mezo (Ms. Fr. 36(36 (fJuiKancM, 65), n" 1S91}. — Les libéralités royales s'étendent à la femme de la Trémoillo et même à ses bâtards (Clairambault, 205, p. B7G7 et 8777).

3. Des pièces onKioaies du temps nous révèlent les noms de certains emprunteurs. En 1439 (le mars), Jean d'Aulon, l'ancien écuyer de la Pucelle, devenu écnyer d'écurie dn Roi, empruntait à La Trémoille, <• en son grant besoii^ el nécessité, » une somme de 500 écus d'or, qu'il s'engageait i rembourser dans le délai de deux mois. — Le même jour, Jean de Harpedenne, mari de Marguerile de Valois, lui abandonnai! la seigneurie de Saint-Hilaire-le-Vouliis, en payement de 1,100 royaux sur une dette qui s'élevait i 1,940 écuj d'or el qui avait (lé rÛuite d'un commua accord h i ,698 royaui. — Dus la même année (1438), Girard Blancliel, chevalin, ifchriH, par lettres du 10 août, avoir en main 7,100 royaui d'or appartenant à La Trémoille. — En 1433, le 13 avril, 300 écos d'or sont remboursés ï son liéranl Sully, sur une somme de 9,750 écus prflée à Ponchon de Roui^ignan, Thibaut de Termes, Jean d'Aulon cl Amault Guilhem de Boui^gnan. — Le 81 aoht 1433 Jean Le Boursier, chevalier, conseiller du Rui. reconnaît devo'ir 1,000 royaux d'or à La Trémoitk. Arditves du duc de la Trémoille, et Ms. Ir. 5871, 1. 169.

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d'or pour l'armée d'Ecosse et le voyage de Bourges, et voulant dégager le ch&teau de Lusigoau qu'il avait mis entre ees mains, déclarait lui engager les villes, terres et seigneuries d'Amboise, Montrichard et Bléré '. Ces terres provenaient de la confîBcation faite sur Louis d'Amboise. Or, dès le mois de février précédent, le Roi avait concédé à Jacqueline d'Amboise, sœur de Louis , et femme de Jean de la Trémoille , seigneur de Jonvelle, d'autres terres, également confisquées sur le même, et qui auraient dû revenir plus tard k Jacqueline, savoir Talmond, Olonne, Château-Gontier, etc. ' Par suite d'un arrangement passé avec le seigneur et la dame de Jonvelle, ces terres devaient demeurer en la garde de La Trémoille. Le 21 août 1432, le Roi, étant à Montrichard, rendit une ordonnance nouvelle pour assurer la délégation opérée par ses lettres du 12 juillet. Le 10 septembre, il intervint encore en favçur de sou ministre; il s'agissait de la concession faite k Jean de la Trémoille et à sa femme : Charles, par une lettremissive très impérative, adressée k sa Chambre des comptes, ordonna que ses lettres reçussent leur exécution , bien qu'elles n'eussent point été enregistrées par le Parlement '. Le 9 novembre 1432, k Loches , une troisième ordonnance fut rendue pour enjoindre aux gens des comptes de faire jouir le sire de la Trémoille des avantages accordés par les lettres du 12 juillet*. C'est ainsi que La Trémoille espérait s'assurer la paisible jouissance des possessions de Louis d'Amboise, en attendant qu'il pût les transmettre à sa descendance, au moyen d'un mariage dont il parait avoir dès lora caressé le projet'. Uais, k ce moment, il était menacé de perdre ses propres biens : le gouvernement anglais, d'accord avec le duc de Bourgogne, travaillait k détacher le connétable de la cause royale, en lui attribuant, avec la Touraine et la Saintonge, toutes les posses-

i. Original, archives du duc de U Trémeille. i. D. Ponteoeau, vol. 26, p. 369.

3. Original, archives du duc de la Trémoille ; copie du temps , Archives , J 183, n" U6. Cette pièce a éli publiée par le duc de ta Tnimoille ; Charlritr dt Thmum. Doaimtnt» kittoriqutt et ginialogiqua (Paris 1877, iii-fal.), p. 21.

4, Original, archives du duc de la TrémotUe ; copie dans D. Fonteneau, S6, p. 273. 6. Celui de Marguerile d'Amboise avec Louis de la Trémoille, réalisé en 1U6.

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1433 RÈGNE DE LA TRËMOILLE. Ai)?

sions du sire de la Tpémoille en Poitou et en Saiotouge '. C'est peut-être la crainte de cette éventualité qui jeta La Trémoille dans une intrigue dont il est malaisé de débrouiller les Siis, et qui se rattache aux négociations entamées avec le duc de Boulogne : au mois de septembre 1432, sous le voile des trêves conclues avec Philippe et en dépit des relations diplomatiques entamées, il aurait tenté de s'emparer de Dijon par surprise *.

Quoiqu'il en soit, La Trémoille, par son frère le sire de Jonvellé, entretenait des relations avec les seigneurs bourguignons et travaillait à se faire des amis de ce côté. Au mois de juin 1432, il avait profité de la présence à la Cour du prince d'Orange, pour signer avec lui un traité particulier'. Quelques mois plus tard (février 1433], il maria sa soeur Isabeau, veuve pour la seconde fois, à un bourguignon, le sire de ChâteauvUlain, chambellan du duc et grand cbambrier de France en 1418. Le mariage s'accomplit à Loches, en présence de Charles VII*.

Nous n'avons que de rares indices sur les abus de pouvoir de La Trémoille. Un procès engagé, après de longues années, par l'évêque de Luçon, contre sa veuve et son fils, nous révèle ce qu'étaient ses procédés habituels, au moment où il était à la Cour « en grande autorité. » La Trémoille s'était introduit, au mépris des droits de l'évêque, dans son château de Luçon, en avait pris les clés et y avait installé un nouveau capitaine; en outre, il avait assiégé et pris un autre ch&teau de l'évêque, en s'emparant de tout ce qui s'y trouvait et qu'on estimait à une valeur d'environ 2,700 écus. Elle Martineau'et son succes-

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