partie adverse qu'il appartenait de faire des offres raisonnables
et dont leur maître pût être content. Ils ajoutèrent, d'une façon 4
péremptoire, qu'ils ne procéderaient pas plus avant sans en .
référer au duc. *
Taire, » avecques h eonclusion et appoinctcment qu'il avoit intencion de prendre en co$te matière. >
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Le duc de Savoie se montra « très indigné et courroucé » de celte réponse : «Je sais bien, dit-il, qnemoaneveuaconfiance « en moi. Je veux garder son honneur, et vous pouvez vous en « rapporter à moi. Je sais et je reconnais que, pour le moment, « on ne peut arriver à une conclusion; mais je tiens au moins « à ouvrir et arguer la matière, ea ce qui concerne mon neveu « et la partie adverse, et à connaître les dispositions de cha- « cun, le plus avant que je pourrai, afin d'y mettre plus aisé- « ment bonne conclusion en temps et lieu. >>
Les ambassadeurs répétèrent qu'ils n'avaient point d'instructions à cet égard ; qu'ils étaient assurés que leur maître ne voudrait entendre à aucun traité ni souscrire à aucune déclaration, sinon quand il pourrait le faire conformément à l'honneur, en gardant son serment et ses promesses; que, d'ailleurs, en présence de la proposition faite par le duc de tendre à une paix générale, il convenait d'attendre l'assemblée où toutes les parties seraient représentées et où chacun ferait connaître son sentiment.
Mais le duc de Savoie n'admit pas cette fin de non-recevoir. Il insista pour avoir sur ce point l'avis personnel des ambassadeurs : il voulait savoir ce qu'ils en pensaient et prendre leurs , conseils, car ils en savaient plus long que ses propres conseillers; il serait plus k même, après les avoir entendus, de sonder les dispositions de la partie adverse, en agissant comme de luimême et sans dire que les propositions eussent été formulées par eux.
Poussés ainsi dans leurs derniers retranchements, les ambassadeurs se concertèrent, et finalement, pour complaire au duc, et tout en répétant qu'ils n'avaient sur cette matière aucunes instructions, ils se décidèrent à exposer, sous toutes réserves et en leur propre nom, ce qu'il leur semblait, de prime abord, que le Dauphin devait offrir au duc de Bomgogne, relativement à la mort de son père, quand on en viendrait à traiter de la paix générale. Ici nous citons textuellement, car nous avons là en quelque sorte la clé des négociations qui devaient se poursuivre pendant plus de douze années.
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324 HISTOIRE DE CHARLES VII. t423
I. C'est assavoir premièrement que le Daulphin die ou face dire à Madame la mère de Moneeigoeur, à Mooseigneur et à Madame et demoiselles ses seurs, paroles telles que avisées seront par mon dit seigneur de Savoye, touchant le dit cas, soit de crier mercy, de demander pardon ou autres.
IL llem, qu'il mette hors de son service et de tous eslaz et bonnours, À tousjours, et baille et délivre es mains de Monseigneur tous les faiseurs, consenleurs et coulpables du dit cas qui sont et seront le temps advenir en sa puissance, pour en faire raison et justice, etc.
III. Item, que icellui Daulpbin s'oblige et jure de faire tout son povoir et devoir de faire prendre tous les diz coulpables, quelque part qu'ilz pourront estre trouvez, pour les bailler à Monseigneur, comme dessus, et que ceuli qui ne pourront estre appréhendez soient banniz du Royaume et Daulphiné.
IV. Hem, et que tous les diz coulpables soient hors de tous traictiez, sans y estre en riens comprins, et sans ce que jamais aucune grâce leur puisse estre faicte du dit cas par le dit Daulphin ne autre.
V. Item, et que le dit Daulphin ne aouifVe aucun des diz coulpables estre receptez ne favorisez en aucun lieu de son obéissance et puissance, ainçoU procédera contre ceulx qui les vouldroicnt recepter ou favoriser tout ainsi comme contre les coulpables.
VI. Item, et que au lieu de Monatereau soient faictes par le dit Daulphin et à ses despens fondacions perpétuelles d'eglisea, elc, pour l'amedefeuMonseigneiu:, dont Monseigneuret ses successeurs seront patrons et collateurs, etc.
VIL Item, et que pour les dictes fondacions faire, soit baillée la ville et cbastel de Monslereau et toute la chastellenie, ensemble toutes les revenues, et le surplus soit prins au plus près, jusques à telle somme de rente par an qu'il sera avisé, et que, pour ediflier les dictes églises et les garnir, etc., le dit Daulphin mette en depost reaiment et de fait, es mains de mon dit seigneur de Savoye, telle, somme d'or et d'argent qui sera avisé.
VIII, Item, et que le dit Daulphin fonde perpétuellement en chascune des églises cathédrales de ce royaume, un obil et anniversaire pour l'ame de feu Monseigneur.
IX. Item, qu'il rende et restitue à Monseigneur tous les biens meubles, c'est assavoir joyaulx, vaisselle d'or et d'argent, robes, chevaulx et autres choses que feu Monseigneur avoit fait porter à
MoDstereau et qiii y furent prias et perdus, en l'extimaciOD de ne mil escuz d'or.
X. lum, et qu'il rende aussi et restitue à tous ceulx qui estoieot en la compaignie de feu Monseigneur au dit lieu de Monstereau, qui ont tenu et liennenl son parly , les biens qu'ils y perdirent.
XI. Ilem, et qu'il face récompenser tous les prisonniera qui furent prins au dit lieu de Monstereau, le jour de la mort de feu Monseigneur, de leurs raençons, pertes et dommaigea, etc.
XII. Item, qu'il mette à plaine délivrance , franchement et quictement, messire Charles de Lens, que l'on dit estre vivant.
XIII. Item, qu'il restitue pleinement k Monseigneur ses tontez d'Estampes et de Giem.
XIV. Item, qu'il face asseoir à Madame de Guienne son douaire et l'en face joyr, et lui rende la moitié des biens meubles de feu Monseigneur de Guienne.
XV. Item, et que, pour les grans fraiz et despens faiz par Monseigneur ou fait de la guerre et autrement à l'occasion du dit cas, et pour amende prouf&table, soient baillées k mon dit seigneur, par . le dit Qaulpbin, terres et seigneuries à perpétuité, pour lui et ses successeurs, contigues à ses pays, et autres amendes et reparacions jusques à telles sommes [si] avant qu'il sera avisé.
XV{. Item, et que Monseigneur et ses successeurs et tous ses Bubjez soient et demeurent exemps et non aubgez du dil Daulpbin et de la couronne de France , en cas qu'il y survendra par traictié ou autrement, tant au regart de leurs personnes comme de leurs terres et biens durant la vie du dit Daulphin, sans ce qu'ilz soient tenuzd'en fere audit Daulpbin, ne à autre de par lui, sa vie durant, aucun bomroaige ou service, ne estre de rien ses subgets en ressort, • souveraineté ne autrement.
XVII. Item, doit l'en avoir regart à l'interest de Madame la mère de Monseigneur, Item à l'interest de Madame et Mesdemoiselles ses tilles, et semble que pour leur interest le dit Daulpbin devroit bailler grans sommes d'or pour leur mariage.
XVIII. Item, et aussi à l'interest des parens et amis de Cu Mouseigneur de Novaillee, et que fondacions soient faictcs pour son ame, etc.
XIX. Ilem, et au surplus, abolicion générale, excepté au regard des diz coulpables, etc, en y comprenant les bonnes villes, les nobles, el tous ceux qui ont tenu le parly de Monseigneur, el qu'ils aient leurs diz héritages tant au Royaume que au Daulpbiné.
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326 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1423
XX. Item et que, pour la seurté de la cbose, mon dit seigueur de Savoye preigne le gouvernement de la personne du dit Daulpbin, et que de la part du dit Daulpbio soient baillez hoataiges, si meatier est, et toutes autres seurlez qui seroot avisées, etc ' .
Le duc de Savoie eut, relativement à toutes ces propositions, qu'il présenta comme venant de lui, de longs pourparlers avec le chancelier de France et avec les autres ambassadeurs de Charles VII '. De ces pourparlers résulta pour lui la conviction, dont^l ût part aux envoyés du duc de Bourgogne, que les points en question ne soulèveraient pas de sérieuses difficultés, et que, -sur toutes choses, on s'en rapporterait à son « ordonnance*. »
Justement satisfait de cet important résultat, le duc de Savoie ne crut pas opportun de pousser plus loin les choses *. Il se contenta, par un acte portant la date du 20 janvier, de fixer le point de départ des négociations futures. Voici l'analyse de ce document, qui débute de la sorte :
« En la matière de la paix qui se fera à l'aide de Nostre Seigneur, laquelle très Lault et très puissant prince monseigneur le duc de Savoye a de picça poursuie... a esté aujourd'luiy, XX' jour du mois de janvier, l'an de la nativité Nostre-
1. n lànt rapprodka' ds ce documenl de» Advit pour le bien de la paks, contenaol seulement doue articles, qui se trouvent aux ardiives de Turin, Trallali, pike !S.
ï. On Yoit que, malgré le récit Tanlaisiste du continuateur do D. Plancher {Hblolre de Bourgogne, I. IV, p. 65), les ambassadeurs français et bourguignons ne coinmu- Diquèrenl jusqu'ï la fin que par l'îniennédiaire du dur. de Savoie.
3. Le duc entra mCmo dans le détail, comme on le voit par la relation de Nicolas Rolin : ■ Et Dnablement nous a dit que de tuut lit se rapportoient à son ordonnance. Et toutes vojes, en particulier, touijiant les coulpablcs, etc., il y a avisé cerise manière, etc. Quant à la Tondacion, il a sent; d'culi qu'iti se condesceudoicnt assez, pourvu que elle soit faictc ailleurs que à Monstcreau. El sont bien d'accort que Monstcrean denKurc i Monseigneur. Quant k la fondacion des obiz pareillement. Quant k la restitucion des biens et Jajraulx de Monseigneur, ili sont d'accori de le Taire, et semblablement de restituer les contés d'Estampes cl Gieni et asseoir lo douaire de madame de Guienne et composer et buiciier de sa part des meubles. Et aussi de récompenser les j^isomiiers de leurs raencons, etc.; el de bailler i Monseigneur, pour ses ft-aii et de^pens, terres et seigneuries, etc.; el de l'abolicion générale , etc. El (oui k l'ordonnance de mon dit seigneur de Savoye. • ■
1, D'ailleurs, il n'y ftil point ettcouragé par les ambassadeurs bourguignons qui, afeclant une parfaite iodifTérence, répondirent aui conlidences du duc qu'il» n'avaient à ce sujet aucune cbarge, comme ils l'avaient dit plusieurs Tois, el que néanmoins Ils en ferdent part à leur maître, > alln qu'il y ensi son advis. >
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Seigneur courant M GCCG XXIII, advisié et ordonné par mon dit seigneur le duc de Savoye en la inaaière qui s'eosnit. »
I. Les parties principales, « en propres personnes, » se trouveront l'une à Lyon, l'autre à Chalon-sur-Saône, le 12 avril 1423, açcompagni^es chacune de prélats, baroos et autres gens notables du Conseil, en nombre suffisant pour traiter de la paix. Le duc de Bedford, auquel le duc de Savoie en écrira, se rendra à Ghalon, s'il lui plaît, avec le duc de Bourgogne, ou s'y fera représenter.
II. Pour favoriser les négociations, le duc de Savoie a ordonné et ordonne que toute guerre et voies de faits cesseront, dans le duché de Bougogne, les comtés de Bourgogne et de Charolaîs, à M&con et dans le MAconnaie, et à Charlieu, depuis le dimanche suivant (24 janvier) jusqu'au 15 février, et delà jusqu'à quinze jours entiers après la jouroée ordonnée. Aucune ofTense ne sera faite par les gens de guerre de l'un ou de l'autre parti aux villes occupées par chacun, telles que Tournus, d'un côté, et M&con, de l'autre. Lç duc sera chargé de la réparation des attentats à la trêve.
III. Les garnisons établies à Mâcon, Charlieu et Tournus évacueront ces places avant le 15 février ; le duc de Savoie les fera occuper par ses gens comme bon lui semblera, et les habitants prêteront serment d'obéir k lui et à ses représentants pendant le temps sus-indiqué. Les garnisons du M&conoais se retireront également, ne laissant que le contingent nécessaire pour la garde des places.
IV. Le duc de Savoie sera tenu, si la paix ne se fait pas dans le temps fixé, de se démettre aussitôt du gouvernement des villes de Maçon, Charlieu et Tournus, et ces villes rentreront sous l'obéissauce de leur seigneur actuel ; si la paix se fait, elles reviendront a celui à qui elles doivent appartenir.
V. Les terres de Nivernais, de Donziois, et autres appartenant à la comtesse de Nevers et à ses enfants, seront comprises dans la trêve, et les gens de la comtesse ne donneront, durant la trêve, aucun « empêchement i au pays de Berry et aux autres sujets de la a partie adverse. »
VT. Chacune des parties ordonnera à ses gens de guerre
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3^ HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1423
d'observer la trêve « sans fraude , barat ou mal engin '. » On a pu remarquer le mot partie adverse. C'est le seul qui soit employé dans l'acte pour désigner Charles VII et son gouveriiemenl. Le duc de Savoie n'osait point, en face des ambassadeurs bourguignons, reconnattre pour Roi celui que le traité de Troyes avait exclu de la couronne, et que les envoyés du duc Philippe appelaient toujours le Dauphin. Ceci indique à quel point le prince médiateur poussait les ménagements, et combien il craignait de blesser les susceptibilités de son neveu.
Les ambassadeurs bourguignons ne crurent pas cependant pouvoir accepter, dans tous ses termes, la convention préliminaire du 20 janvier. Ils dirent au duc qu'ils n'avaient point d'instructions à ce sujet, et qu'ils ne pensaient pas que, à cause de ses occupations et de l'état de sa santé, leur maître put se rendre en personne au rendez-vous assigné. Sur l'observation d'Amédée VIII qu'il était pourtant nécessaire que le duc de Bourgogne s'y trouvât en personne, ils se contentèrent, « pour lui complaire, i de promettre qu'ils s'emploieraient, « à leur loyal pouvoir et devoir, >• à l'y décider. Le duc consentit, sur leur demande, à proroger du 12 avril au I" mai le terme ûxé, si le duc de Bourgogne le désirait, moyennant qu'on l'en avisât avant le 15 mars. La stipulation relative à la suspension des hostilités ne souleva pas de difficultés ; mais les ambassadeurs déclarèrent qu'ils voulaient avoir affaire au duc seul, et non point à Charles Vil, avec lequel ils n'entendaient prendre c quelque convenance » que ce fût. Ils continuèrent d'ailleurs à tenir soigneusement les envoyés du Roi à distance, malgré toutes les avances que ceux-ci purent faire pour entrer avec eux en relations personnelles '.
H Nous sommes partis bien conlenLs de lui et lui de nous, »
1. Iliiloire de Bourgogne, I. )V, preuve», p. mxiv. — Nous avons IrouTé une verejon on peu plus correcte de ce docDment aux ArchiTes <lo Turin , Catrgoria Trallali, paquet VIll (copie ia temps).
9. 0 Itrm dira commenl le chanceliier et autres nmbaieurs du Daulphin ont requis et qui« plusieurs moyens île parler k nous, mais nous n'avons point volu parler Jk eulx, etc. n
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écrivait le chancelier Rolin à son maître en prenaot congé du duc de Savoie '. Mais si les ambassadeurs boui^uignons avaient lieu d'être satisfaits du résultat des conférences de Bourg, il n'en fut pas de même pour Amédée VIIL. Ce- prince ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait travaillé en pure perle. Les sacrifices imposés aux ambassadeurs de Charles \11, et auxquels ceux-ci s'étaient résignés dans leur sincère et patriotique désir de paix, ne devaient point toucher l'âme froide et intéressée du duc de Boulogne : malgré le pas considérable qu' Amédée avait fait faire à la question, en ce qui concernait le Roi, il nç devait obtenir de son neveu aucune satisfaction.
Ce n'est point que le chancelier et les autres ambassadeurs ■ bourguignons ne fussent acquis aux idées conciliatrices du duc, et qu'ils ne sollicitassent leur maître de répondre à ses avances'. Mais Philippe était trop avant dans l'intimité de Bedford, trop inféodé à la politique anglaise pour prêter l'oreille aux avis de ses meilleurs conseillers.
En quittant la vie, dans l'ivresse d'une conquête inespérée, Henri V avait laissé l'héritage du pouvoir et la poursuite de ses desseins à. son frère le duc de Bedford. « Jehan , beau frère, » avait-il dit sur son lit de mort, «je vous prie sur toute la « loyauté que vous avez eu à moy, que vous soyez tousjoups n boD et loyal à beau ûlz Henry voslre nepveu, et vous charge, V sur tant que vous pouvez mesprendre, que, tant que vous Il vivrez, ne souffrirez à faire traicté avec nostre adversaire « Charles de Valois, ne autre, pour chose qui vous advienne, « que la Nonnandie ne nous demeure franchement. Et en cas
1 . C'est Philibert Andrenel qui fut diargé de présenter au duc le lapprnt de ses ambassadeurs. Il partit, avec le sire de Touiongeon, te 91 janvier, pour aller trouver le due en Flandre, et le voyage dura Jusqu'au 1S avril. Archives de la CAte-d'Or, B I6S3,
r. lis f.
t. On lit ceci en tiircbarge dans la minute : a Et lui dira que nous tous le prions, pour Eon bien, et aussi pour acquitter noi promesses dessus dictes, qu'il vueillo venir par der« il la dicte journée. • llseonseillaientau duc.G'itae venait pas, d'envoyer au moins des ambassadeurs au duc de Saroîe, et lui dësigoaienl éveatuellenieal le prince d'Orange. — La dernière ligne de la relation est encore une surcharge i elle porte : ■ lle/n, dira à Monseigneur qu'il semble eipedienl qu'il escripve tantost aux bonnes villes, etc. s
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330 HISTODtS DE CHARLES VU. 1422
« que beau frère de Bourgogne voudra cmprendre le gouvero ment de ce royaume, je vous conseille que vous lui baillez; « mais, s'il le refuse, si l'enlreprenez '. » Le troisième des frères du feu roi d'Angleterre' était âgé de trente-deux ans*. Il avait fait de boone heure son apprentissage comme gouverneur de Berwick et garde des marches d'Ecosse; à plusieurs reprises, et du vivant même du duc de Clarence (1415, 1417, 1421), il avait été désigné par le Roi comme lieutenant pendant son absence. Il s'était révélé à la fois comme habile capitaine, comme bon administrateur, surtout comme diplomate plein de finesse. Héritier du tempérament des Lancastre, il marchait à son but sans se soucier des obstacles, conciliant quand il le jugeait utile à ses vues, inOexible jusqu'à la cruauté quand la nécessité l'y poussait. Sans être plus scrupuleux que son frère, il était moins violent, et s'il n'avait pas sa grâce chevaleresque, il rachetait par l'habileté ce qui lui manquait en prestige. U était donc merveilleusement doué pour tirer parti de ta conquête que lui léguait Henri, et se montra dès te premier jour à la hauteur de la situation *. . -
Le feu roi d'Angleterre savait de quel prix était pour lui l'amitié du duc de Bourgogne. Si c'était gr&ce à la connivence de Jean sans peur que les Anglais avaient pu s'établir en France, c'était par une entente cordiale avec Philippe qu'ils pouvaient s'y maintenir, e Je vous prie tant comme je puis à tous, u avait dit encore Henri V avant de mourir, « que vous gardez, « sur tant que vous pouvez mesprendre, que vous n'ayez « quelque dissention avec beau frère de Bourgogne, et ce « défendez expressément à beau frère Humfpoy; car s'il adve- « noit — que Dieu ne veuille ! — qu'il eust entre vous aucune • malveillance, les besognes de ce royaume, qui sont moult