‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 208 sur 367 · negitira des contaux, 1. 1), p · texte numérisé non relu

negitira des contaux, 1. 1), p

8. ■ A Uenaequin Le Camus, sergent d'aarmes de mon dit seigneur, b somme (te Irenle 1-,, à lui deaé et ordonnée eslre bailla... pour le parpaye de XL 1. dicte rooanaie qne icellui »igneur lui avoil ordonnée prendre de lui pour les despens de lui , ung varlel «t deux chevauli d'aler de h «ille de Lille on pajs de Ben7, où napieres. à la requcsle du seigneur de la Trémoille, i]ui lors esloit venu devers mon dil seigneur, ieellui l'envoya pour le convoyer et eoDduire; en quoy ieellui Hennequia, vacqui tant en alant, séjournant comme retournant, pour xi. jours entiers, comenchans le xvi> Jour de may nccccxxvl et llnissant le xtum' jour de juing ensuivant incinx. > Archives du Nord, B 1935. T. 15.

3. Lettres du 39 Julllei HiO, citées plus haut. — La Trémoille repassa sans doute par la Etourt^opc, car le 31 mai ti!S, Perrenel Grasset donnait quittance de 300 étus d'or, reçus du sire de la Trémoille par les mains de Jean Rabot, son serviteur, poui' la rançon de Galobic de Panassac, son prisonnier. Archives du duc de la Trémoille.

4. On ne donne que leurs jvénoms : Jo/froy et Philibert. Nous pensons qu'il s'agit de GeoRroy de Tlioisy, plus taiil gouverneur des vaisseaui et galères du duc, et de Phi~ libcil de Vaudrcy, dont la Temme, Catherine de Hoy, était alors attachée h la duchesse de Guyenne, et qui devint ensuite maître de l'artillerie. L'un figure en 1438 parmi les éeuyers panncliers, l'autre en 1i!G parmi les écuyers d'écurie du duc. La Barre, 1. Il, p. 239 etî35; cf. pages IM, 191. îll, 830, 241, et Fnt/et iTiutauinal rfe PMipjw le lion, par M. Besplanqne, p. 69. — Pliilibert de Vaudrey avait été envoyé au due de Bourgi^e ,31 le duc de Bretagne et par ttichenont en octobre 1424. Gniel, p. 360.

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au résultat désiré : eu dépit des obstacles qu'on lui a suscités, des dangers de mort qu'il a courus, il a chassé de l'entourage du Dauphin — c'est ainsi que Charles VII est ici désigné — tous ceux qu'il supposait devoir déplaire au duc. Il est prêt à . en/aireautantàrégard des autres que le duc ne trouverait pas « bous et sufûsans, » moyennant que le délai ne soit pas assez long pour que, dans l'intervalle, lui-même ne fût « rué jus o (renversé); le duc lui avait fait dire, à plusieurs reprises, par ses envoyés, qu'une fois que le Dauphin serait entre ses mains, il lui ferait a si bonne réponse qu'elle lui devroit suffire. » Le coDoétable informe le duc qu'il a désormais le Dauphin entre ses mains paisiblement, « sans aucun moyen quelconque, n et que tous ceux qui l'entourent sont favorables au duc'.

Depuis qu'il a le pouvoir, le connétable a reçu de tous côtés, et de la part de grands seigneurs, des offres de service et d'alliance : il n'a rien voulu accepter avant de connaître les intentions du duc, — ce qui, dans l'avenir, pourrait, pour luimême, tourner à préjudice ; et asssurément, n'était son désir d'obéir en toutes choses au duc, il se serait déjà tellement fortifié contre ses ennemis, que sa puissance serait plus grande qu'elle ne l'est présentement ; mais, une fois la réponse du duc enfin donnée, il sera dans une situation où irn'aura rien à craindre de ses ennemis.

La « seigneurie » n'est point si abattue qu'on s'est plu à le dire au duc, et le connétable a des ressources suffisantes pour triompher des adversaires de la Couronne, D'ailleurs, puisqu'il a pris la chose en main, dût-il faire cinquante parts du royaume, ce n'est point son intention que les Anglais soient jamais les maîtres.

Le connétable supplie donc le duc, si c'est son plaisir H d'entendre jamais à cette chose sans en plus dissimuler, » d'envoyer incontinent des gens notables et prud'hommes, pour s'assurer do la vérité de tout ce qu'il lui expose, et le conné-

1. Ici le connétable rappelait ce qui s'était çv&sé ï Bourges, i la lin de juin 1135, en .présence des envoyés du duc, et les dédaralians TonneUes Taltcs alors par le Roi. Voir plus haut. p. 98-99.

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table leur donnera telle puissance qu'il plaira au duc. Il proteste d'ailleurs que quoiqu'il arrive, il sera toujours son serviteur, prêt à faire tout ce qu'il plaira au duc de lui commander; et quand le duc l'aura perdu, il aura perdu un loyal ami et serviteur, tel qu'il n'en a point au monde.

Le connétable faisait ensuite savoir au duc l'étonnement causé au duo de Bretagne par la façon dont on s'était conduit à son égard. On l'a laissé sao^ secours contre les ravages des Anglais, en mer et sur terre ; force lui a été, bien contre son gré, de se mettre en guerre. S'il eût voulu se séparer du duc, il eût facilement mis son pays à l'abri. Mais il ne se laisserait pas ruiner de la sorte, et le connétable insinuait que, si Dieu n'y mettait remède et que les choses restassent plus longtemps en suspens, son frère ferait quelque coup de tète. Il ajoutait que le duc de Bretagoe se donnait aussi « grand merveille » de l'appui que plusieurs des sujets du duc prêtaient à son mortel ennemi, Olivier de Blois.

Enfin le connétable insistait pour connaître, une fois pour toutes, sur ces divers points, les intentions du duc, afin de pouvoir mettre en son propre fait le meilleur remède qu'il ■ pourrait. Il a accompli toutes les promesses faites au duc, mais les choses ne peuvent ainsi durer : il lui faut, à défaut de l'appui du duc, chercher ailleurs des alliances; ce serait chose « très desplaisante n au connétable, car il craindrait de ne pouvoir ensuite se conformer aux volontés du duc ; il le supplie donc « de battre le fer pendant qu'il est chaud. »

Le dernier paragraphe de ce document, où d'ailleurs les sous-entendus abondent, est encore plus énigmatique que le reste. Le connétable faisait dire au duc que, pour 1' « acertener » de toutes ces choses, et pourplus grande sûreté, il lui présentait « le fils, » et aussi « tel gouvernement à surplus du Roy et du royaume » qu'il lui plairait, i sans fraude et sans mal engin, » et demandait que pareillement il le voulût faire'.

Les craintes que manifestait le connétable relativement à l'attitude du duc de Bretagne n'étaient que trop fondées : il

1. Archives de la Cflle-d'Or, B 11897; Hittoirt de' Bourgogne , l. IV, preuvtt.

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n'ignorait pas que son frère , fort alarmé des périls que lui attirait soa rapprochemeot avec la France, et voulant se mettre à l'abri de nouvelles attaques', avait fait des ouvertures aux Anglais *, Jean VI avait accepté de bon gré le rôle de médiateur, qui convenait à ses allures débonnaires ; son ambition avait été satisfaite par la part qu'il avait reçue dans la direction politique du royaume ; mais il n'entendait pas que sa sécurité personnelle fût plus longtemps compromise. On voit apparaître à chaque ligne cette préoccupation dans ses communications avec le duc de Bourgogne.

Le 15 septembre U26, il signait àRedon des instructions à son chancelier, pour faire avec le duc de Boui^ogne une alliance envers «t contre tous, à perpétuité : c'est-à-dire qu'il voulait que le duc le garantit contre les risques qu'il pouvait encourir, et il réclamait la sanction du pape, qui devait être sollicité de confirmer la confédération nouvelle faite entre les deux princes '.

Mais, pour amener le duc de Bourgogne à ce résultat et triompher de ses hésitations à conclure la paix avec le Roi, il fallait lui démontrer que son intérêt et sa sécurité lui com- ■ mandaient de rompre avec les Anglais. Dans ce but, le duc de

1. Dès le DMJg d'aoUl li25, après la prise du Mus et peDdant les pourparlers qui précédèrent reotrenie de Saumur, une ambassade anglaise élatt rDouc demander au duc s'il voulait garder le itcnneat qu'il avait prêté à Amiens, car on conimencait à < se doubler de luj > (Sainl-Remï, t. 11, p.117). A la fin d'aoat, Raoul Roussel, cooseiller et maître des l'equf^lcs do Henri VI, eut une entrevue en Basse Normandie avec 1C3 gens dit duc de Bretagne, et peu après Jean Manger ^it ta mission près du duc (Bcaurepaire, Ailminittralion de ta Normandif, p. S). Après le Irailè de Saumur, Bedrord, furieux, avait donné ordre à SufTolk, lieutenant général en Basse Nonnandle, d'altaquer la Bretagne, et la déclaration de guerre fut tancée au mois de janvier (voir plus baul, p. 33).

i. Jean de Ualeslroit, chancelier du duc, lut envoyé à Chartres pour s'abonclier avec des envoyés du conseil anglais. A son retour, il eut une cnti'evuc avec le comte de SulTolk , et il fut même question de l'envoyer vers Bedrord. en Angleterre. Ces faits sont établis par une lettre en date du 19. août U36 écrite par le cliancelier anglais et les gens du conseil à Paris, au duc de Bret^e, en réponse à une lettre qu'ils avaient reçue de lui. Un sauf-iM)nduit était envoyé pour le chancelier de Bretagne cL les autres conseillers du duc qui devaient venir k Paris, et on lui demandait de leur donner des pouvoirs sullisanLs * pour tout faire es matières ouvertes de sa part. « Collection de Bourgc^e, 95, p. 671. — On voit mémo par les instructions données au mois de septembre au , chancelier de Bretagne se rendant aup'ès du duc de Bourgogne et citées plus loin, que le comte de Suflulb eut ù Itennes une entrevue avec lo duc de Bretagne.

3. Original s^é, Airhives de ta Cdte-d'Or, B 11931 ; copie, Collection de Bourgogne, 99, p. 239. Édité par Dcsplanque, Projet d'assatilnal , p. 51.

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Bretagne ne craignit pas d'alléguer un complot que Bedford aurait dirigé contre la vie de Philippe.

Qu'on lise les instructions données par le duc à son chancelier, et l'on se rendra compte de cette politique machiavélique qui, au lieu de procurer la réconciliation du duo de Bourgogne avec Charles VII, ne devait aboutir qu'à un piteux avor tement, et finalement allait jeter de nouveau le signataire du traité de Saumur dans les bras des Anglais.

Le chancelier de Bretagne avait charge de faire savoir au duc de Bourgt^ne que son maître venait d'apprendre le complot ourdi jtSLT les Anglais, non seulement contre Philippe, dont ils voulaient avant tout la ruine et la mort, mais contre le duc de Bretagne, et les autres princes de la maison de France. Les preuves de ce complot étaient fournies par une lettre du comte de SuiTolk, signée de sa main, écrite au duc de Glocester peu après son débarquement à Calais, et par un mémoire remis à un nommé Guillaume Benoist, qpii se rendait auprès de Philippe pour )e renseigner exactement sur les faits.

Le chancelier devait mettre en lumière l'attitude réciproque du duc de Bretagne et des Anglais : le duc gardant toujours une grande réserve, cherchant à gagner du temps, et dissimulant avec eux ; les Anglais violant les trêves et pourchassant sans cesse le duc, pour l'obliger à garnir ses frontières ; il devait faire part à Philippe des offres que le duc avait faites aux Anglais, — offres quexeux-ci n'avaient point voulu recevoir, si, dès à présent, le duc ne prenait l'engagement de se joindre à eux envers et contre tous, sans excepter le duc de Boui^ogne , — et lui faire connaître les pourparlers entamés on vue d'une conférence ; le duc, connaissant leur « mauvaise intention, 11 ne voulait point tenir celte conférence sans l'avis de Philippe, auquel il entendait se conformer.

Le chancelier devait insister sur la nécessité d'une étroite alliance entre les deux ducs, car plus les Anglais seraient puissants, plus le danger serait grandpour euX; il devait rassurer Philippe sur les dispositions du Roi et des conseillers qui l'entouraient : le Roi entend se gouverner par le duc de Bourgogne, si celui-ci le veut, et par le duc de Brett^e, et il n'aura

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380 ' HISTOIRE DE CHARLES Vn. 1426

près de lui que ceux qui seront agréés par Philippe ; en admettaot qu'il ; ait des gens hoatiles au duc, ils seraient réduits à l'impuissance par les deux ducs alliés; d'ailleurs, le sentiment en favexiP de 1' « apaisement » entre le Roi et Philippe est si unanime parmi les bons chevaliers et écuyers, les bonnes Tilles et les autres gens, que, si l'on savait que quelqu'un voulût empêcher cette réconciliation, « on lui courroit bus à toute destruction de corps et de biens. » Tout dépendait donc des deux duos, et il était indispensable qu'ils s'unissent étroitement pour procéder au relèvement du royaume.

En ce qui concernait les réparations à faire pour le meurtre du feu duc, le chancelier, envoyé récemment vers le Roi à ce sujet', avait reçu l'assurance qu'il maintenait l'adhésion donnée par lui aux articles autrefois rédigés de concert avec le duc de Savoie ; le Roi avait même ajouté qu'il s'en rapportait sur ce point au duc de Bretagne, au comte de Richemont et au duc de Savoie, confiant qu'il était envers Philippe, et espérant que celui-ci « ne voudrait pas que l'honneur de la couronne fut blessé, »

Afin d'éviter de plus longs délais dont le royaume pourrait souffrir, le chancelier devait solliciter Philippe' de déclarer franchement ses intentions et d'indiq&er la manière dont il voulait que la chose fût exécutée. Le duo, persuadé que Philippe n'excéderait pas les bornes de la raison, se faisait fort de tout faire ratifier par le Roi, lequel d'ailleurs était disposé à envoyer de son côté des ambassadeurs, afin de traiter avec lui et avec son conseil.

•Si le chancelier trouve le duc disposé à entendre au traité, il lui dira au nom du duc, qu'il le lui conseille ■ comme proche frère , cousin , ami et allié , et qu'il l'en prie et requiert et somme. »

Enfin le chancelier devait faire connaître les plaintes que Suffolk, comptant que le duc allait s'allier avec le roi d'Angle-

(■ L'év^ue de Nantes avait été envoya A la oour de France à la Gn de juillel lilG. Le 7 aoâl, Il passai! par Tours, se rendant i Bourges, et rerevail un préionl des habitants ; Archives de Tours, ISegiiIrei ilts déllbiralioiu , 111, I. 101 et 106 i'; RegUIra Hei Compitt, XXni, f. 88.

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1426 LA DIPLOUATIE DE CHARLES Vn DE 1424 A 1428. 381

terre, avait formulées à Reones, dans hd entretien avec le duc, relativement à la conduite de Philippe, disant que si l'on pouvait avoir bonne paix ou trêves avec le duc de Bretagne, on aurait facilement raison ensuite du duc de Bourgogne '.

Pendant que le duc de Bretagne donnait ces instructions à son chancelier, le connétable chargeait Jean de Chevery et le prieur de la Celle d'une mission secrète près de son beau-frère. Ils devaient le mettre en garde contre le chancelier de Bretagne, qui avait toujours tenu le parti des Anglais, et que le connétable avait dû récemment faire arrêter pour rompre ses machinations. Le chancelier se montrait en ce moment très partisan de la paix et fort ennemi des Anglais; mais le duc de Bourgogne devait bien aviser s'il tiendrait le droit chemin. Enfin le connétable faisait dire au duc que « quand il plairait à Dieu et à lui que bonne paix fût faite, que tout le suivrait et lui obéirait, au relèvement du royaume *. >

Le chancelier Ualestroit se rendit d'abord à la cour de France, où il fut investi d'une mission officielle par le Roi , et où l'on désigna, pour l'accompagner, deux conseillers et maîtres des requêtes de l'hôtel, Jean Girard et Thibaut Le Moisne; un chambellan, le sire de Torchefelon, et le héraut Berry'. De là il se rendit en Piémont, près du duc de Savoie, où il passa les mois de novembre et de décembre. Il eut ensuite, pour se rendre près du duc de Bourgogne, un loi^ et difficile voyage à faire *.

Un nouvel ambassadeur suivit bientôt le chancelier et les deux envoyés du connétable. Le duc de Bretagne lui donnait mission de revenir à la charge, relativement au complot des

i. Archives de la Cdle-d'Or, B 11921; HiUoirt de Bourgogne, t. IV, preuves, p. Lîtvt-Lîtvm; Desplanque, Projet d'asiiKtinat . p, 74-77.

î. 0 Instruction de ce qui est à dire et eiposer en secret à menseigneur te duc de Beurgoii^e par messire Jehan de CJiever; et le prieur de la Celle, de par moaseigneor le conte de RichemoDl, conneslable de France, n Original sign^. Archives de la Cdle-d'Or, B lt9îl ; llitloire de lloitrgogne. l. IV, preuvet, p. lxv; Desplanque, Priyet d'auat- Hnot, p. 53.

3. Ces noms nous soni rournis par des assignations en date du 27 novembre USB qui se trouvent dans la u)lleclJoa des Quitlaneet (Fr. S60S0, a<" 810 et suîv.) et par les Rostres de Tournai (Regislret des Coniaux, t. Il, p. 825 et 233).

i. Cest c« qui résulte d'un acte ptai à Tournai, le 17 février U27, par le chancelier de Bretagne. Archives de Tournai.

Anglais, d'insister sur les inconvénients d'un retard plus prolongé, sur les garanties données par le Roi, sur les dispositions qui se manifestaient de toutes parts en faveur de la paix , sur les alliances personnelles entre les deux princes, sur les relations du duc de Bretagne avec les Anglais. Tout cela se trouvait déjà dans les instructions données au cliancelier. Ce que Simon de Lhoye avait ,à ajouter, c'est que le chancelier était passé par la Cour de France , et que des ambassadeurs du Roi devaient l'accompagner pour procéder aux n^ociations avec les conseillers de Philippe; que le duc de Breta^e avait envoyé vers les ducs de Savoie, de Brabant, de Bar et de Lorraine, en les priant d'agir de leur côté auprès de Philippe pour triompher de ses hésitations ; que le duc Venait d'entrer de nouveau en pourparlers avec les Anglais, mais en ayant soin d'employer « gens assez légers pour entretenir paroles avec eux, » sans rien décider. Après de nouvelles considérations à présenter sur Içs grands maux advenus au royaume par les divisions et pouvant entraîner la destruction totale de la couronne, l'ambassadeur avait chaîne de demander à Philippe, s'il ne se décidait pas à traiter avec le Roi, de reprendre de concert avec lui les négociations avec les Anglais; car, disait le duc, il était teihps «de prendre chemin pour le bien, sûreté et conservation d'eux et de leurs seigneuries '. »

Les instructions que nous venons d'analyser avaient été données à Vannes, le 22 octobre. L'ambassadeur reçut à Saint- Ualo, le 20 décembre, un supplément d'instructions. Il devait faire savoir au duc de Boui^ogne que le comte de Warwick avait manifesté le désir de s'entretenir avec le duc de Bretagne ; que ce prince lui avait envoyé des ambassadeurs pour savoir l'objet de ses ouvertures, et que le comte avait fait des propositions de paix linale; que le duc n'avait pas voulu les accueillir sans connaître les intentions de Philippe, et qu'il attendrait le retour de son chancelier pour recevoir Warwick;

1. OrigiDal, portani la iue de Vannes le fi octobre <4U (île), aui Archives de la COte-d'Or, B 11921; copie da lomps, B 11897 (sus Oale); HMoire de Bourgogne, t. IV, preuva, p. Lxvi-Lxvi[i (sans d»W).

que Warwick s'était refusé à consentir à une trêve, et qu'il avait fait savoir.au duc que, tant au sujet de la trêve que de la paix Suale , il convenait d'envoyer en Angleterre pour traiter directement avec le diic de Bedford et avec le Conseil ; que le duc avait décidé l'envoi d'une ambassade qui partirait après Noël, et qu'il priait Philippe d'envoyer de son côté des ambassadeurs en Angleterre pour se plaindre des excès commis par les Anglais dans le pays du duc de Bretagne et pour prêter assistance à ses gens '.

Plus on avance dans l'étude des documents relatifs à ces négociations, plus on voit percer une pensée personnelle qui finit par devenir dominante. Insensiblement le duc de Bretagne s'était engagé sur une pente qui l'amenait à modifier complètement son attitude et à intervertir les rôles. Ce n'était plus la réconciliation du duc de Bourgogne avec le Roi qu'il s'agissait de.poursuivre ; i! y substituait une négociation avec les Anglais, où les intérêts de la Bretagne passaient avant tes intérêts de la France.

Qu'y a-t-il de fondé dans l'accusation formulée contre Bedford par la cbancellerie bretonne? Que faut-il penser de ce complot qui aurait menacé la vie du duc de Bourgogne î Est-ce une intrigue imaginée par le connétable pour amener le duc de Bourgogne à résipiscence î Ces questions restent obscures , et il est malaisé de les résoudre. Ce qui est certain, c'est que la manœuvre à laquelle on ne craignit pas d'avoir recours échoua misérablement; la suite des faits va nous le montrer*.

Tandis que le chancelier de Bretagne et les autres ambassadeurs envoyés au duc de Bourgogne étaient en route pour accomplir leur mission, le comte de Richemont s'achemina vers Moulins, où il devait se réunir au comte de Clermont : une conférence nouvelle, fixée d'abord à Paray-le-Monial, puis à Bourbon-Lanoy, le 12 janvier, allait être tenue entre les ambassadeurs du Roi et du duc de Savoie.

Ainsi la question qui préoccupait alors tous les esprits, et

1. Original signé, Archives de la Cfltft-d'Or, B 11897; Hisloire de Bourgogne, l. IV,

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qui venait de faire aux Étale de Montluçon l'objet d'un vœu ', se posait à la fois à la Cour de Bourgogne, où eeulement une solutiou pouvait être donnée, et en Bourboanais, où il n'était possible de résoudre que des points de détail. Mais la présence du maréchal de Toulongeon, qui était le chef de l'ambassade bourguignonne ', le séjour h proximité de deux princes du sang doQQaient à la conférence de Bourbon-Lancy une véritable importance politique '. "Peu auparavant, le duc de Savoie avait donné des lettres prorogeant la trêve jusqu'au 24 juin *.

Après avoir négocié à Bourbon-Lancy pendant quelques jours, les ambassadeurs français et bourguignons se rendirent à Moulins' près des princes, et le 20 janvier 1427 les comtes de Clermont et de Richement revêtirent de leurs signatures une convention qui donnait une certaine extension aux pays compris dans la trêve, et contenait divers règlements pour les places et les frontières; en outre, une « journée » était in-: diquée au troisième dimanche de carême (14 mars) à Genève, soua la présidence du due de Savoie '. En même temps, les

t. Rapport des dëpnlés àeTùvii. ftegUlm da dillbératioru, IV, auidfcembn 14!6,

S, Elle se compDsail, avec ksB. seî^eur de Toulonfeon, de Jacques de CourtiamUe, semeur de Commarleu ; de Jacques, acigneur de Villers ; d'Anloine de Toulongeun, seigneur de Trares -, de Richard de Chsncey, con&cilkr el serond prisldeut de la chambre des comptes, el de Uepri de Qugn;, licencia es lois, conseiller du duc. La EIuto, I. Il, p. 1S5, Date d.

3. Il ^ut consUter cependant que le maréchal n'avait de pouvoirs que ponr traiter do la prolongation de la Irève. HMoirc de Bourgogne, t. IV, p. 118.

1. Lettres du 6 décembre US6. Archives de Turin, registre cité, f. 75.

5. Cest IX qui résulte du compte de Uatfaieu Regnault, cité par La Barre, 1. 11, p. 1S5, soie d.

6. Nous avons le teite de l'appointemeut f^l i Bourbon-ljancf entre les ambassadeurs du duc, d'une part, et le seigneur d'Escorailles et Pierre de Monlmorin, de l'autre, et signé te ÎO janvier par les deui, comtes. Original, Archives de la C4te-d'0r, B 11917 ; Arcbives de Turin, Registre cUi, S. 85 ; Bibl. nationale, CollGciion de Bourgogne, 99, p. 233. Il j a en oulre deux articles additionnels, signés également Ie !0 janvier par les deux comtes. Archives de ta CdIe-d'Or, 8 11916. — Voici le texte de la clause relative à l'extension de la trêve :

t Hem, que en icelles abstinances et la dicte prorogadon que presentomcpi est faite jusques au dit jour de Saint Jehan, seront adjouseï, entendus et comprins les pays et terres de Mgrs de fievers qui sont sitnei oultro les pajs de la rivière de Saine, comme le conté de lUlel et autres leurs terres non comprinses es précédantes absllnances. Au rcsgart desquelles tes dictes abstinances seront tenues par ung diascun des dii partii en lant qu'il lui touchera. Toutes voies, se par aucun moins obéissant ou désobéissant sur l'ordonnance des dictes abstinances csloienl Taites aucunes choics contre et ou préjudice d'icelles au dit conté de Râtelons et autres terres, pour ce ne tendront point les

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deux comtes remirent aux ambassadeurs bourgui^ons un mémoire, dans lequel, sous forme de remontrances à présenter au duc de Bourgogne, ils résumaient la situation.

Le comte de Bichemont, disaient les princes, en acceptant l'épée de connétable, avait agi conformément au bon plaisir et du consentement du duc, dans l'espérance d'arriver à une bonne paix. Le duc avait alors consenti à « entendre au dit bien de paix, » dans le cas où le connétable parviendrait à chasser de la Cour tous ceux qui avaient eu part au meurtre de son père. Or, < par amour de lui, et pour parvenir au bien de paix, n le connétable avait fait si bien auprès du Roi, que les coupables avaient été chassés. En outre, le Roi s'en était remis entièrement à ce que décideraient les ducs de Bretagne et de Savoie sur les trois points principaux à résoudre ; et, en particulier, en cequî toucIiaitramai3tie,le Roi avait accepté d'en exclure- tous ceux qui seraient reconnus coupables de la mort du duc Jean.

Â. l'heure présente, le sentiment en faveur de la paix est unanime : le Roi, les princes du sang, les comtes, barons, nobles, gens d'église et autres gens de tous états de l'obéissance du Roi sont, d'un commun accord, disposés "k y en-

diz iiartii que les dictes abltinaiices renssenl rompues et anéanties es autres marcbes, ains demeurront tousjours les dictes abstioances eu leur force et valeur, sans courrompre ; el neantmoins fera unt; chascun conservateur d'ïcelle en sou parti tenu de reparer en semblable efléct en toutes manières que Taire se pourra bonnement es diz pays et amli de ftatthclloïs et is autres d'oultre S«ine tout ce que par les subgez et serviteurs d'icellui parly seroll fait ou préjudice et contre la teneur d'iceÛes.

( llem, el que pareilleoieut seront tenues et observées tes dictes abstinances pro~ renées jasques an dit Jour de s^nl Jehan , au regart des villes de Cli^j, Tomus , Vedelay (Veiela;}, et toutes les terres appartint es abbayes et églises d'iceuli lieux ; et ' aussi seront tenus au regart des villes de Saint-Jengoul, Mtrcignyles Nonnains, Chabliet, les Volt, Sainte Marie et Danne U^e , Courcelles le Roy, Sautieu , Chaslillon sur le Loing, le chasielet terre du Cliaslellier appartenant i messire AnthoincdeTouIoqjon, les duchié el pais d'Auvergne, tant en royauté comme en ducUié, les ville et châstel de Saint- Pierre le Mousser, de Saint-Coing et pajs de Salongne, Jusque; i la ville de Solly, et toutes les terres et appartenances du dit Sully inclus.

> /fern,et que despîaces delà (kiuldre, Danne Uarie en Puisai. Saint-ForgeuliBeriche, Eslugalles, La Boassière, Le Holinet, Porgenval, Chaste! R^nart, Montar^, Gien, MoDChevron, Mez le Hareschal, et généralement toutes antres places situées entre la rivière de Loire et de Yonne ou pais de Gastinms, ne sera Tait ou porté aucun dommiûgc es pais de Hgrs de Bourgoingne et de Nevers ; et pareillement des subgetz de mes dia seigneurs de Bourgoingne et de Nevers el tenans leur party ne sera bit aucun domoiatge es dictes places ne es terres el apparteninces d'icelles: el se Tait estoit de l'une des parties et de l'autre, il serait reparé cooune dessus. ... •■

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tendre. Tout dépend donc dn duc, car toutes etquaatea fois que son plaisir sera d'entendre h la paix, il n'est personne qui puisse ou ose s'y opposer ni l'empêcher. Le comte de Glermont et te conaétable sont d'ailleurs asses puissants pour accomplir la paix et pour la faire respecter, et ils aimeraient mieux mourir que d'fitre en faute à cet égard.

Une fois la paix faite, les affaires du Roi et du royaume, et les matières ânaacières se traiteront a par le Conseil et par l'ordonnance » du duc, et « par tels gens et officiers qu'il avisera. » Quant à tous les points particuliers dont il a été question au cours des négociations, il en sera fait et ordonné si amplement que le duc en sera content, et il ne doit avoir aucun doute à cet égard.

En ce qui concerne les sûretés pour l'observation de la paix, le duc ne doit avoir nulle crainte, car, avec la sûreté du Boi et des deux comtes, qu'il aura sans difficulté telle qu'il voudra, on lui donnera, s'il lui platt, les serments et les scellés des prélats et autres seigneurs, des comtes, barons et autres nobles, des communautés et particuliers des Iwnnes villes- Et si le duc veut envoyer, soit son maréchal, soit un autre conseiller, ' pour faire connaître ses intentions , muni de ses pleins pouvoirs pour conclure la paix, les deux comtes se font forts de lui donner telles sûretés ou plus grandes , de façon à ce que, de ce côté, il n'y ait aucun retard ni empêchement.

En outre, pour plus grande sûreté, et pour garantir la durée de la paix, les ambassadeurs du duc pourraient entretenir leur maître du mariage dont il leur a été parlé. Les ambassadeurs ont, du reste, été mis au courant de toutes les choses touchant la matière dans les entretiens que les deux comtes ont eus avec eux.

Enfin, comme cette affaire avait besoin d'être traitée avec une grande célérité, et qu'elle avait déjà pris beaucoup de temps, les deux comtes demandaient au duc de leur faire savoir, sur toutes ces choses, « son bon plaisir et son intention finale, par les plus secrètes manières qu'il avisera, » afin d'être bien fixés sur ce qu'ils auront à faire '.

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