Journal d'un bourgmii de Paris, p
3. Jean de Villencavc partit le 16 juillet, < pour aler liasiivemcnt, dodit lieu de D'yon, devers mon dit sci)tncur le duc, lui dire ol «iposci' plusieurs ijioscs que les Av. Daulphin et de la Trcmoitlc avoient dictes do bouche à ieellui de Villmieurvc, lui estant naguère^ devers eulx, et pour d'iccites rapporter à mes dii seigneurs les niareschal et gens dn Conseil les bons plaisirs et voulcnt^ de mon dit seigneur, n Archives de la Celte d'Or, Il 1613, r. 6G.
i. On s'élonnera peuMIre que le duc de Bourgogne ait i\é si vile rcnsdgnj, et que ses ambassadeurs soicnl anivi^s ^ point nommiï 1 Rains la veille du sacre. Hais d'abord le due Jtiil alors à Paris, oij il séjourna jusqu'au 16; ensuite it faut noter que le bruit de lu marche Iriomphaiite du Etw s'était répandu avec une rapidité foudroyante, et que l'on pressentait les événements avant mfme qu'ils ne l\issen( accomplis. C'est ainsi qu'on lit dans les inslruclions données [tarBedfbrd, àla date du 16 juillet 1439, au roi d'armes JiuTCtière, envoyé en Anglelcrre : < Dira comment le Dalphin s'est mis ja pioca sur les champs, en sa personne, à Ires giosse puissante : pour la double et crainte de laquelle plusieurs bonnes villes, citera c( chasloauli se sont ja mis, sans opposer ne attendre si^, en son obéissance, conmic les cilecz de Troycs et de Cliaaions; cl aujourduy (xvi de ce mois} doit arriver ii Reins où semblablejncnt on lui Tcra nuverluic pour demain , où l'un dit se faire sacrer, » Hymer, I. IV, part, iv, ji. 158.
fi. On n'a pas le teite de celle teltre, qui pareil avoir l'ié éuite le 35 juin, en mf-me temps que celle aux habilanls de Tournai.
G. Ilisloin de n'mnjoijttc. t IV, p. 130.
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phale du Roi nil amené chez lui, avec une crainte salutaire, un soudain revirement, il envoya spontanément une ambassade pour saluer le Roi, à l'occasion de son couronnement, et lui faire des oiiverlurea de paix '. Cela parut de si l)on augure, que le jour même du sacre les seigneurs angevins, dans la lettre qu'ils écrivirent à la reine de Sicile et à Marie d'Anjou, après avoir mentionné la venue des ambassadeurs boui^ignous, ajoutaient: « A ceate heure, nous espérons que bon traité y trouvera avant q^t'ils partent '. «
Était-ce là une espérancd chimérique? Nous n'oserions le dire. En tout cas, cette conliancc était patriotique: le désir d'un rapprochement entre Charles VII et le duc de Bourgogne était depuis longtemps au fond de toutes les âmes vraiment françaises. Jeanne d'Arc, elle-même, s'en fit à ce moment l'interprète : elle adressa au duc une nouvelle lettre, où elle le requérait, « au nom du Roi du ciel , son droiturier et souverain seigneur, » de faire avec ie roi de France « bonne paix ferme
i . C'est ce qiic dil fonncllenient le Pap* Pie II , dans ses lUimoirta : n Non esl pcregi'inatus slatuta die novus Itei; inipcdiincnto Tucrc Burgundoruin legali, qui talulalum vtnerant et aliquid ad eoncordiaia afferebant. » Passage reproduit dans Ouicheral, 1. c, 1. IV, p. 5lt-1E. — On li^sïlc pourtant A donner un tel caractère i ccUo d^marclie, car au roomenl' nijmc où tes ainba^âdeui's se dirigeaient vers Iteims, le duc de Boargi^no prenait pari à une de ces grandes mises en seène auiquelles Bedrord avait volontiejs recours pour frapper l'imagination des Parisiens : après un sermon prononcé ) Noire-Dame, une as.scmbl/c solennello avaU (\i tenue au Palais de justice, et on y avait donn^ leettu'e des documenis relatant la paix conclue entre Jean sans peur et le Dauphin, la TiolaMon dent le Dauphin s'i^tait rendu coupabh-, et le meurtre déloyal du duc. Le Hls de la victime dK Montereau, au milieu de l'ind^atiun exprimée par la uiulliliide, avait renouvelé sa plainte contre l'assassin, et les mains s'étaient levées pour renouveler un serment de haine à Charles VII, de Odélité aui Aillais {Joumi^ d'un bourgtoa de Parti, p. SU ; cf. RtgUlrei du Parlemtnt, dans Ouiclierat, Proeit, t. IV, p. J5S). Eu m^me temps, le duc de Boui^ogne s'était engagé à amener une armée au secours des Anglais, et avait reçu pour cela 30,000 1. comptant, et des Joyaux pour une somme igiie (Comple do Pierre Surreau, dans Stevenson. Leilert and Papern, etc., t. Il, p. 101 et sulv.). Dans ses instructions au héraut Jarretière, envoyiï on Angleloire, Uedford vantut l'activité et le tèle avec lesquels le duc le secondait : ■ El s'est monstrÉ 'f. ce besoing, en plusieurs manières, vraj parent, amy et loyal vassal du Roy; dont il doit esli'e moidt honourablement recommandé, car se ne Tcust sa faveur Paris et tout le remenanl s'en gloy à cop. • (Rjmer, t. IV, part, iv, p. 150), On voit que Philippe le Bon suivait les traditions de Jean sans peur,
3. Lettres du 17 juillet 1439, dans Quicherat, Proeà, t. V, p. 130. — OnUldansIa RelalioD du grenier de la Rochelle <p. 37) : a Le duc de Dourgoirne, qui avoit esté i Paris et s'en cstoit allé à Laon, envoya ledit xvii* jour de juillet ambassade devers le Roy audit lien de Rains pour traitler son appoînlement. * El il ^oute ; ■ Mais ce n'estoit que dissimulation et pour cuider amuser le Roy, qui esloit tont disposé d'aller tout droit devant Paris. ■
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qui dure looguemcat. » — « Pardounez l'un à l'aulPé de bon cœur, entièrement, disait-elle, ainsi qucdoivenlfairede loyaux chrétiens ; et s'il vous platt guerroyer , allez combattre les Sarrasins '. »
Les négociations entre Charles Vil et le duc de Bourgogne furent entamées aussitôt, à Reims même, où le Roi dut, pour ce motif, prolonger son séjour ', et où une trêve de quinze jours paraît avoir été conclue', il fut convenu qu'une ambassade serait envoyée auducàArras, et que Philippe se trouverait dans cette ville, au jour lixé, aved des ambassadeurs du duc de Savoie *.
L'ambassade désignée par Charles VII se composait de l'archevêque de Hcims, chancelier de France; de Christophe d'Harcourt ; du seigneur de Gaucourt; de Jacques de Chaatillon, seigneur de Dampierre, et de Jean Tudcrt, doyen de Paris. Nous ne eonnaissotis pas au juste la date de son départ, mais il est vraisemblable qu'elle arriva à Arras dans les premiers jours d'août. Les ambassadeurs sollicitèrent une audience du duc de lîoui^ogue, qui, au bout de quelques Jours, les reçuten sou hôtel. Le chaueelier porta la parole, et exposa, « moult sagement et aullientiquenienl, » l'objet de l'ambassade, en présence du conseil et de toute la chevalerie du duc'. Il sollicita ce prince d'entendre b. la paix et de consentir à un accord avec le Roi, l'assurant que les offres qui lui seraient faites au nom de son maître seraient suffisantes, ettelles qu'il devrait en être content '.
1, Proré». I, V, p. 1Ï6-1Î7.
2, Son IlinA'aire nous moDire qu'il |uriil le 30 pour SaJDl-Marcou, oii il louclia les malades atteints des jcruuelles.
3, Il eal fait allusion à celle trivc dans une (ellre ilc la Pucelle, en date du 5 auAI, et vuici en quels tenues : * Et est rray que le Ituy a faicl t^(vc^^ a» duc de UuuiYuigne quiiue jours durant, par sm\ qu'il l'y doibt rendre la eAé Ae Parï$ paiaiblenienl an chiefT de quinze juur. o /Vocei, I. V, p. \M. — (la lit dans le Tramime compte rir Jeaa Abonael (Archives du Nord, 11 iUi, f. 77 v*} : A lui (David de Brimen) ponr autres vu jours cpie, in niais de Juillet mil cccc x\ix, il vacqua par le commandement de mon dil scieur devers les ^ns du Daulpliin, xxi tt. e — C'est la seule inenliuo que nous ayons rencunirte, dans les foinple:^, de ran>lK<s)<ade envoyée i Heims.
l. ('.'i<laienl ceui-lii mfnie que le duc de SavRie avait envoji's un peu auparavant, et qui ont ^lé anwmfe plus haut.
:>. Manslrclel, t. IV. p. 3J8.
lî. Hucuiiienl pnhiii' dan» VlUaliiirf île ftourjoyne {I. !V, preuves, p. LXXVni) stoc
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Ces offres furent remises le 16 août. Elles contenaient, sous la plume des ambassadeurs de Savoie, les conditions proposées par les ambassadeurs de France et celles que les i^^présentants du duc de Savoie, jouant le rOle de médiateurs, estimaie le Roi devait formuler pour arriver à un accord ', Voici était la teneur de ces propositions.
I. Le Roi reconnaîtra par lui-même , ou par ses foni pouvoir, que le cas de la mort du duc Jean de Boui^g « mauvais et damnable, > et que cette mort fut « mau ment et damnablement faite par ceux qui perpetrèren mauvais cas ; » qu'il lui en dépluft de tout son cœur, i s'il eût eu l'âge et l'cntcDdement qu'il a présentement, i pourvu ; « mais il estoit bien ji?une, et àvoit pour lors connaissance, et ne fut point si avisé que d'y iiourvcoir ; et à Monseigneur de Boulogne que la rancune ou haîni peut avoir conçu à rencontre de lui, à cause de ce, il l't son cœur, et que entre eux y ait bonne paix et amour, i traité aboutissait, il devait y être fait mention exprès cette déclaration.
II. Ceux qui « perpétrèrent ledit mauvais cas et < furent coosentans » — lesquels seront nommés au Roi — par lui abandonnés : s'il peut se saisir de leurs pers< 11 les punira selon l'exigence du cas; sinon, il les bac perpétuité, sans grâce, ni rappel, et ils a seront hors d traités'. »
III. Diverses fondations seront faites par le Roi pour du feu duc et des autres victimes, et, en particulier, un. pelle sera élevée sur le lieu où il fut tué ; la messe y se chaque jour et uu convent de vingt-quatre religieux treux sera fondé à Montereau.
ce lili'e : Offrti du Rui pour ta paix. — C( pièce avec la suiianlc, on voit que ce sont là Pfopoiilioiu (ttê ambattadeuTi de Savoie.
1. Faute d'avoir fait ccllo distinctiDD, les bistorieos qui ont rapporté ces o^ sont lombes dans une grave erreur. Voir Hiitoire de Bourgogne, I. IV, p. Hitleire dei duc* de Bourgognt, par H. de Baraole, t. VI, p. 35 et saiv.; Hi Charten Vil. par M. Vallct de ViririDe, 1. », p. IH-1I3.
î. C'est l'cipression emploifte dans les demandet r»le$ à Boarg, en janv par les ambassadeurs boui^ignoas. n est mtëressani de comparsr ces deux d< Voir, pins baul, p. 334-26.
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IV. Hi>BtituUon sera faite au iliic des joyiiux et biens meubles qu'avait avec lui le feu duc, au temps de son trépas, ou de leur valeur et estimation.
V. Pour les intérêts, frais et dépens, on uliauduiiucra au duc et, s'il le faut, « par manière d'apanage • toutes les terres et iieigneuries qu'il tient et qui ont fait partie du domaine royal, .sans parler de ses terres anciennes et de celles qui pourront lui être données.
VI. Le duc recevra paiement et satisfaction de toutes les anciennes dettes du feu roi Charles VI, dont il justifiera par titres.
VII. Le duc et ses vassaux seront, durant la vie du Roi, exempts de tout hommage ou serment de fidélité; en outre, en ce qui regarde la personne du duc, « il sera exempt de toutes choses dudit Roy Charles, sa vie durant', »
VIII. Le Roi dédommagera ceux qui furent pris lors de la mort du feu duc, et qui perdirent leurs biens ou furcut mis à rançon.
IX. Abolition générale sera donnée, et chacun recouvrera ses terres et héritages, sauf certaines exceptions à déterminer.
X. Les plus grandes sûretés seront données pour le maintien de la paix, tant au moyen d'olages qu'autrement.
XI. Les ambassadeurs de Savoie estiment qu'il conviendrait de prendre une « abstinence générale, » pour parvenir plus aisément à la paix '.
En même temps que des questions en litige entre le Roi et le duc, on s'occupa à Arras de ta « paix générale " entre l'AngleteiTC et la France. Les ambassadeurs de Charles VII formulèrent à cet égard leurs propositions, et elles furent rédigées par les ambassadeurs de Savoie dans une cédule également datée du 16 août.
II y était constaté que les ambassadeurs de France avaient, en présence du duc de Boulogne, requis paix et accord avec
1. CVlail là encore une des pr^lonUons roniiulïcs à Bourg, et auxquelles les ambassadeurs de Savoie voululenl donner satislaclioa,
t. Ilitloirt de Uourgogiie, l. IV, prrnret, gi. i.xwiiI'-lxxix. — Ce documenl se troure aussi dans la CoUccUo» de Bourgngne, 90, p. 4J).
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lui, et, par déférence pour lui, sachant qu'il ne voulait point conclure une paix séparée, avaient offert de traiter avec les Anglais, disant qu'ils feraient à cette fin des offres dont ceuxci devraient être contents.
En outre, et depuis, les ambassadeurs de France, en présence des commissaires du duc de Bourgogne, avaient offert d'abandonner aux Anglais, avec ce qu'ils tenaient présentement en Guyenne, tout le pays jusqu'à la Doidogne, pourvu que les princes prisonniers fussent mis en liberté et que tout le pays de Guyenne fût tenu en fief de la couronne. Les ambassadeurs de Savoie, en enregistrant ces offres, déclaraient qu'il leur semblait que les ambassadeurs de France devaient » dire plus avant». pour qu'on put aboutir au résultat voulu, et indiquaient la nécessité de conclure une trêve générale jusqu'à la saint Jean-Baptiste '.
Les négociations se prolongèrent à Arras pendant quelque temps. Le duc de Bourgogne, fort perpIeSe, était en « grande délibération » avec les membres de son conseil privé, et les ' chroniqueurs bourguignons nous apprennent que les « besognes » furent, entre les parties, << moult approuchiées '. « Pendant ce temps, les ambassadeurs de Charles VU se voyaient l'objet d'un empressement général : quoiqu'il n'y eût encore rien de conclu, et que la ville d'Arras relevât directement du duc de Bourgogne, on venait de toutes paris trouver le chancelier de France et solliciter des lettres de rémission ou de grâce, des offices ou divers mandements royaux, comme si) le Roi eût été en possession de la plénitude de ses droits. Le chranlqueur bourguignon qui rapporte ces détails ajoute que le chancelier ne se faisait pas faute d'obtempérer aux requêtes qui lui étaient présentées*.
Les ambassadeurs de France hésitaient à s'avancer autant qu'on le leur demandait. Mais, d'un autre côté, les envoyés du duc de Bedford, et la duchesse elle-même, qui avait suivi son