‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 225 sur 367 · Voir Honslrelel, 1, tV, p. 393 et suiv · texte numérisé non relu

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1430 LA DIPLOMATIE DE CHARLES Vil DE 142^ A 1431. 425

frère — celui qu'on avait longtemps surnommé Philippe sans Tert'e ' — avec Marguerite de Flandre (12 avril 1369), avait assuré à la maison de Bourgogne un riche bérilage, que convoitait alors l'Angleterre, et qui se composait, outre les comtés de Flandre et d'Artois, des comtés de Boui^ogoe, de Nevers et de Rethel. Marguerite devait aqssi apporter à son mari les possessions de sa tante maternelle la duchesse de Brabant". Mais l'absorption de la Flandre et du Brabant eut pour résultat de déplacer le centre d'action des ducs de Bourgogne, et d'en faire pour ainsi dire des princes étrangers. Dijon, leur capitale, finit par être délaissée pour Lille — que Charles V n'avait entendu céder que temporairement à son frère et que Philippe sut garder >, — puis pour Bruxelles : c'est vers le nord que se porta toute leur activité. Ce changement fut dû en grande partie à la duchesse de Brabant : c'est par son influence que Philippe le Hardi conclut, en 1385, le double mariage de sa fille Marguerite avec Guillaume de Bavière, héritier des comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande, et de son fils Jean avec Mai^ierite de Bavière, sœur de Guillaume. Mai^uerite avait été promise en 1378 à Léopold, fils de Léopold, duo d'Autriche, dit le beau gendanne : on lui substitua en 1393 sa sœur Catherine. iSi l'on considère que la main de la deuxième fille du duc, Marie, fut donnée en 1401 à Amédée, fils du comte de Savoie, on peut se rendre compte des origines de la puissance bourguignone. Ptillippe le Hardi groupait ainsi, autour du tronc principal, de vastes rameaux, qui devaient couvrir de leur ombrage toutes les terres environnantes.

Ces vastes états, qui déjà formaient un véritable royaume, furent, à la génération suivante, l'objet d'un partage. Le second fils de Philippe, Antoine, recueilfit l'héritage de la duchesse de Brabant, et devint à la fois duc de Brabant, de Lothier et de Limbourg, et marquis du Saint-Empire; du chef de sa mère, il eut encore le comté de Rethel. Son troisième fils, Philippe, eut le comté de Nevers. Mais la branche de Brabant ne devait pas

1. Olivier de la Marche, introducliea , chapitre III (éd. Buchoo, p. 309). Voir les jolies anecdoles du dironiqaeur sur le sumooi de Hardi qui fut eowile donné à Pbilippe. i. Voir Midielel, HkMre de Franee, L IV, p. V».

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avoir une longue durée : ce rameau se trouva bieutOl desséché par la mort du petit-fils d'Antoine, en 1430.

Philippe ie Bon se trouva donc appelé à réunir soua son sceptre toutes les possessions de sa maison. L'héritage du Brabant lui assurait en même temps les états légués par la duchesse de Brabant : il pouvait ainsi prétendre aux comtés de Hainaut , de Hollande et de Zélaadc, et à la seigneurie de Frise, apportés on mariage par Jacqueline de Bavière à son cousin Jean , frère aîné du duc de Brabant. mort en 1427, et il réussit à obtenir (1428) que Jacqueline l'iustltu&t son héritier. En outre, l'alliance du duc Antoine avec Elisabeth de Luxembourg, Qlle du duc de Gorlitz, donnait à la branche de Brabant, sur le Luxembourg, des droits dont le duc de Bourgogne entendait bien se prévaloir. Enfin celui-ci ae rendit acquéreur, en 1428, des comtés de Namur et de Zutphen. Nous ne parlerons que pour mémoire des comtés de Maçon et d'Auxerre ', des trois cb&tellenies de Vermandois et de la province de Tournaisis*, que Philippe s'était fait octro;er par Bedford, ni des comtés de Champagne et de Brie, qu'il reçut en 1430*.

Si, pour reconnaître l'étendue de la puissance boui^ulgnonae, on jette les yeux sur une carte, on peut constater qu'elle formait comme un immense empire, borné au nord par la mer ; à l'ouest par la Picardie, les comtés de Guise et de Valois, la Champa^e, les duchés de Nemours, d'Orléans, de Berry et de Bourbonnais; au sud par le comté de Forez et le dnché de Savoie ; à l'est par les duchés de Clèves et de Juliers, et le duché de Luxembourg, au-delà desquels on trouvait les électorats de Cologne et de Trêves, le duché de Bar, et le duché de Lorraine, limitrophe du landgraviat d'Alsace, appartenant aux ducs d'Autriche, de la seigneurie de Bâle et de la Suisse.

t. Cédés au duc, avec la chalellenie de Bar-snr^be, par lellres de Henri V] du m juin U!3.

i. Le duc Jean teaait depuis 1418 les [rois châteUcnies de Péronue, Raye et Montdidier : les lettres du 8 septembre 1133 lui eu conSmaicut seulement la possession, en assignant en outre au duc la ctaalellenie d'Audniick, le péage île Sainl-Jean-de-Losne et les seigneuries de Tournai, Moiiagne el Saint-Amand. Voir Longnon, La UmiUt de la Fratiet, p. 6i.

3. Et dont il ne jouit point, \}M plus que de la ville de Tournai, demeurie rraoïaise.

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Assis à la fois sur la SaÔDe, la Meuse et l'Escaut, le duc de Bourgogne était devenu, en quelque sorte, un prince étranger; il s'était fait un véritable empire. Mais, eu obtenant un si brillant résultat, il s'était, suivant la remarque de M. Micbelet, suscité les plus graves embarras : « procès pendants, procès à venir, relations avec tous, discussions avec tous, occasions de batailles, de la guerre pour des siècles'. »

Ce n'était plus le temps où Jean sans peur et Sigismood s'embrassaient à Calais, où l'empereur trahissait la France pour épouser les intérêts de son nouvel allié. Bien des difficultés avaient surgi depuis lors, et Sigismond fut justement irrilé quand il vit Philippe se mettre en possession de la succession de Brabant et devenir ainsi marquis du Saint-Empire, sans même lui demander son agrément'. D'un autre côté, Frédéric , duc d'Autriche, était depuis plusieurs années en contestations avec Philippe, relativement à la restitution de la dot et desjoyauxde Catherine de Boui^ogne, veuve de Léopold, duc d'Autriche, morte le 26 janvier 1426, et à d'autres questions. Les choses s'étaient envenimées au point d'amener, de la part du duc d'Autriche, une déclaration de guerre (septembre 1427). Le duc de Savoie, désigné comme médiateur, fit tout au monde pour empêcher une rupture ; el, dans une conférence tenue à Montbéliard (IS février 1427), il parvint à ménager un accommodement entre les parties '.

Dès cette époque, et, semble-t-il, par l'entremise du duc de Savoie, des relations s'étaient établies entre Charles VII et le duc d'Autriche, et des préliminaires d'alliances avaient été posés*. Un document du temps nous fait savoir que, vers le milieu de l'année 1427, une mission diplomatique avait élé confiée à Gancourt, et que, parmi les princes qu'il devait visiter,

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