Monslrelet, t. V, p
4. Voir Monsirelel, t. V, p. 57. — Ce fui en nui el juin un perpétuel ^aoge de comraunicaliang avec le cardinal. Archives du Nord, B 1948, (. 18B v«-l9!.
5. Cette ambassade avait élé précédée d'une mission donnée à Jean de Belay, taiyer, panoetier du duc. Parti pour l'Angleterre le 8 mars U33, il en revint le 30 mai; pi'is il alla i Calais, vers le cardinal d'Angleterre, à diversos reprises. Archives du Nord, D 1948, f. 80 ï".
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tô6 HISTOIAE UE CHARLES Vil. 1433
sadeur, et au trésorier de Boulonnais quiraccompa^niail, porte la date du ISjuia 1433'.
Hugues de Lanooy fut d'abord — c'est lui-même qui le constate*— cassez crueraent reçu. » Le mécontealement étail général, en Angleterre, à l'égard du duc. L'ambassadeur u'était chargé que d'une mission verbale : on le força de rédiger sa H créance » et de la remettre par écrit, ce qu'il fit, malgré toute sa répugnance. Mais Lannoy déploya tant de tact et d'habileté, qu'il parvint à dissiper en partie la fâcheuse impression qui régnait à la Cour, et k faire entrer dans les vues de son maître certains des membres les plus influents du Conseil. Il fit en particulier des ouvertures relativement à une alliance avec le duc de Bretagne et avec le comte de Bichemont, dont, assura-t-il, le roi d'Angleterre « se pourrait aider; » il parla de l'importance qu'il y avait pour Henri VI à obtenir l'amitié du duc de Savoie. Enfin il insista sur la nécessité de s'assurer le concours de puissants seigneurs du royaume et des pays environnants , au moyen de dons en terres ou en aident.
Il était un point qui préoccupait justement le duc, et que Lannoy avait charge d'éclaircir : les Anglais u'avaient-ils poinl entamé une négociation séparée avec la France f Après avoir refusé de traiter sans leur participation, le duc n'allait-il point voir leur alliance se changer en hostilité, par suite d'un accord conclu avec Charles Vil? L'ambassadeur ne tarda pas à se convaincre que son maître n'avait rien à craindre sous ce rapport : les Anglais n'avaient fait et ne feraient aucun traité préjudiciable au duc et à ses pays ; il avait bien été question d'un mariage entre leur roi et la fîlte du « Dau-
1. EQe est dans Brequigny, 61, f. 10, dV^ l'origtiiat. fiJU. Cotkm., Vapatiaa, F ni, f. 27 v : n J'eùvoie présentement devers vous mes amis et feaulx conseiDers messire Hue de Lanooy, seigneur île Bules, mon diambellau, et Jean GuiUebauI, moa trésorier de Boulenois, aui:quelz j'aj endiargi^ vous dire et eiposcr certaines choses di^ par moj que j'ai pris i cuer. — A Arras, le xv> jour de juing. >
t. Dans une s^rie de lettres el de rapports à son mallft, (|ui oBt'ent de 1res curieui détails. Ces documents étaient déjî connus par l'anatayse qu'en avaient faite D. Salaunt et U. de Baranle ; ils uni é\i donnés in txUmo par M. SlevciiKiD dans son précieax recueil (t. Il, p. 318-219), d'après le vol. 99 do la Collection do Bourgogne <uk. suppl. fr. SOSiO). Les originaux sont aux Archives de la Câlc d'Or, B 11899. Voir le passage auquel nons faisons allusion dans Stevenson, |. II, p, 220.
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I4:)3 LA diplomatie; de ghables vu de I43t a 1433. 457
phin; » mais rien ne paraissait encore conclu, et l'on ne devait donner suite à ce projet que dans l'bypothè&e d'une paix générale ; le duc pouvait au contraire être assuré que les Anglais étaient toujours très désireux de maintenir avec lui leur alliance.
Lannoy awail eu soin de laisser entendre que oi lui ni son compagnon ne retournaient directement vers leur maître : n'ayant pas de réponse oRicielle à transmettre , il se donnait ainsi plus de latitude et pouvait travailler plus efficacement à la reprise des bons rapports entre te gouvernement anglais et le duc. On ne tarda pas à lui annoncer que le roi d'Angleterre se proposait d'écrire directement au duc de Bourgogne , et que, tout en remettant à Lannoy copie de la réponse à lui faite sur ce qu'il avait exposé , on enverrait au duc une notable ambassade, aussitôt que la réunion du Parlement aurait permis de prendre un parti relativement aux questions agitées.
La mission de Hugues de Lannoy ne se bornait pas à ce que nous venons d'indiquer. Le duc de Bourgogne n'ignorait pas que le gouvernement anglais voulait se servir des princes prisonniers pour travailler à la paix '. 11 était essentiel de sonder les dispositions du duc d'Orléans, qui devait prendre l'initiative à cet égard, et d'entrer en relations avec ce prince. Lannoy eut l'heureuse chance de se rencontrer avec lui chez le comte de SulTolk. Le duc lui prit affectueusement les mains, et lui demanda des nouvelles de son cousin de Bourgogne. L'ambassadeur répondit que son maître se recommandait à lui, et était fort désireux de savoir de ses nouvelles. — « Je suis, répondit « le duc, en bon point de corps, mais en desplaisance de n ce que j'use le meilleur de mon âge en prison. — Mais, au « plaisir de Dieu, dit Lannoy, on en pourra bien sortir, et « par bonne manière. Car si, par votre bon moyen, Dieu vous « donne la grâce que la paix des deux royaumes puisse être » traitée, et que vous parveniez â faire paix générale entre " les royaumes et les princes, vous n'aurez pas à vous
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4!(8 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1433
« plaindre deB peines et des dangers que vous aurez suppor- « tés. — Voici beau cousin de SufTolk, reprit le duc, qui sait « comment, devers le roi d'Angleterre et les seigneurs de soo « conseil, je me suis toujours offert de m'y employer, et je 1 m'y offre eucore. Mais je suis comme une épée enfermée ' dans un fourreau , et dont on ne peut se' servir que si on « l'en tire; et j'ai toujours dit et je répète que je ne puis « utilement travailler si je ne parle à certains de mes amis « de France , au moyen desquels je pourrais arriver à con- « duire l'affaire. Cap je crois avoir des seigneurs, et des plus a grands , autour monseigneur le Roi de France et ceux qui « tiennent soo parti, lesquels agiraient volontiers et efficace- « ment, par mon conseil, en faveur de la paix générale. Et, par « la foi de mon corps, je désire tant cette paix que je voudrais « .être cause et moyen de l'avoir faite , de façon à ce qu'elle a se dût bien entretenir, quand même, sept jours après bod « accomplissement, je devrai? recevoir la mort. Et j'ose bien « dire devant vous, beau cousin de Suffolk, que mon beau coit- « sinjde Boui^ogue et mon beau cousin de Bretagne y peu- « vent plus, après les parties principales, que prince qui « vive. »
Lannoy protesta que son maître désirait la paix autant que chose qui fût en ce monde, et qu'il y travaillerait de tout son pouvoir. Suffolk intervint alors : « Monseigneur, dit-il au duc, " ne vous ai-je pas toujours dit que monseigneur de Boulogne
I est bien disposé à la paix? — De cela, je ne fais nul doute, ré- « pondît le duc, car je sais bien que ni lui ni moi ne sommes « cause des maux advenus au royaume de Francp. Et, ajouta- " t-il en se tournant vers Laonoy, dont il serra la main et n pinça le bras d'une façon significative , de ce vous ai-je au-
II trefois parlé , measire Hue , et croyez que je suis encore dans Il le même propos. » Après cette apostrophe le duc reprit : « Je voudrais que le roi d'Angleterre voulût m'employer à cette « affaire, en se tenant sûr de ma personne, car je ne désire H point tant traiter de ma délivrance que procurer la paix; H et j'ose bien dire tout haut que j'y pourrais être aussi grand 0 moyen et plus que homme qui vive. » A quoi Suffolk fit
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observer que c'était bien là le désir dii roi, car il venait encore de donner des sauf-conduits k des gens du duc pour qu'ils pussent se rendre auprès de lui.
Avant que Lannoy se retirât, le duc d'Orléans l'entretint encore de son mattre. « En vérité, dit Lannoy dans sa relation, il ne se pouvoit appaisier de en parler. » Le duc exprima le regret de n'avoir pu jusque là s'entretenir avec l'ambassadeur, et lui recommanda de revenir le voir '. .
Mais les Anglais veillaient sur leur prisonnier avec un soin jaloux : Lannoy ne put que saluer le duc avant de partie. Le duc aurait voulu écrire à son cousin de Bourgogne; on ne le lui permit pas. Il paraissait ressentir pour Philippe une véritable affection : un barbier du comte de SufTolk, sujet bourguignon, dit aux ambassadeurs, eu leur offrant ses services près du duc d'Orléans , que ce prince professait la plus grande amitié pour le duc de Boulogne, dont il lui avait entendu dire i tant de bien que merveilles. »
Le duc de Bourgogne pouvait être rassuré : le fils de la victime de Jean sans peur était le premier à lui faire des avances et à solliciter son amitié; il n'avait donc point à se préoccuper des négociations qui semblaient devoir s'ouvrir prochainement, sous les auspices du duc d'Orléans , et au sujet desquelles le comte de Suffolk avait chaîné Lannoy de manifester à son maître les plus grandes espérances , en lui faisant demander d'j prendre part.
Mais si le duc n'avait, malgré les incidents survenus, rien à craindre du côté de l'Angleterre , il n'en était pas de même du côté de la France, il faut ici revenir un peu en arrière, pour parler d'une intrigue de La Trémoillc dont il n'a été fait plus haut qu'une brève mention'.
Au moment même où les négociations étaient reprises avec le duc , et où La Trémoille venait . en qualité d'ambassadeur, accompagné du chancelier Regnault de Chartres
I. Hclaiion de l'eatrevue avec le due d'Oi'téans, envoyée par Lannoy ft te trésorier. Stevenson, t. Il, p. 230-38.
a. Voir p. Î9S.
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et d'autres conseillera du Roi, traiter à Dijon avec Philippe, un complot était ourdi contre ce prince, et c'est le grand chambellan qui en tenait les fils. Dans un conseil secret tenu a Amboise au commencement de septembre 1432, et où La Trémoille réunit autour de lui Regnault de Chartres, Christophe d'Hàrcourt et Guillaume Le Breton, archidiacre de Provins, l'eutrepriBe fut résolue. Il ne s'agissait de rien moins que d'ouvrir aux Français les portes de Dijon. L'occupation de cette ville devait être le signal d'une prise d'armes générale contre le duc. Le chancelier Rolin, enlevé de vive force , serait remis aux mains de La Trémoille. Il était même question de s'emparer de la personne du duc. La Trémoille avait osé, parait-il, faire à cet égard des ouvertures au b&tard d'Orléans, qui avait rejeté bien loin pareille proposition '. Rien n'égalait d'ailleurs son animoaité contre le duc de Boui^ogne: «Leduc, > avait-il dit, à Amboise, au héraut Guyenne, en présence de l'archevêque de Reims et de Christophe d'Hàrcourt, « le duc garde ses alliances avec les Anglais. « Quand il parle de Monseigneur le Roi, il l'appelle : notre « adversaire Charles de Valois! Ses gens ne respectent pas les « trêves 1 Ëh bieni nous aussi nous lui ferons la guerre. ■ Huit cents Français étaient réunis à Mussy et préparaient des échelles pour pénétrer dans Dijon, quand le complot fut découvert : le 2 octobre 1432 on se saisit de la personne du héraut Guyenne, a^eat de La Trémoille, et on le mit à la torture*. 11 est difficile d'accepter comme avérés tous les faits qui sont
1. Après la levée du siège de Monlirgis (en loAt 1132; voir Ben?, p- 385), le sire de h TtAninUe aurait dit au tiitard d'OrlJasE : < Pourqiioi D'aOei-vous pas au devant du
* duc de Bourgogne, qui s'en vient es Bourgogne? On ne l'aura jamais en meilleure « )ilace. > A quoi le bltard aurait rëpnndu : • Je ne lui veux nul mal, car je sais bien < qae monseipeur de Bourgogne ne haioil pas monseigneur mon frère , et que mon&et-
* gneur mon frère ne haioit polul monseigneur de Bourgogne, ■ Rapport de Hugues de Lanooy au duc de Bourgogne, dans Stevenson, t. Il, p. U6 A l'eiaclitude de celle anecdote, il n*;; a qu'un obstacle : c'est qu'i l'époque où l'on place la coaversalion, te duc, loin de fe rendre en Bourgogne, était occupe à réprimer une révolte des Gantois, et allait prendre le ctiemin de la Hollande,
3. Dépositiws du héraut Guyenne, 3-ti octobre It3!, Collection de Bourgogne, 99, p. 309. Cf. Ihitolre de Sourgogne, t. IV, p. 161.^-, Qerc, Euai $ur IkUtûIre de la Frandui-ComU, l. II, p. *Î3-Î5; Vallel de Vlriville, Hiiloire de Charla Vil. L U, p. 302-30i.
1433 L.\ DIPLOMATIE DE CHARLES VII DIi: 1431 A 1433. 461
consignés dans les dépositioDS du héraut. Pourtant, si l'on rapproche de ses aveux la déposilioû de Guillaume de Rochefort, arrêté sur l'ordre dti chaûcelier de Boui^ogne et interrogé à Dijon au mois d'avril 1433 ', on ne peut mettre en doute la réalité du complot. Ce qu'il y avait de grave pour le duc -dans ces révélations, ce n'était pas l'odieux dessein de La Tré- Dioille , — Philippe devait être édifié depuis longtemps sur la politique dont le grand chambellan de Charles VII avait fait l'apprentissage à l'école de Jean sans peur , — c'était la participation à cette ténébreuse intrigue de plusieurs seigneurs boui^îgnons, et en particulier de Guillaume de Rochefort et de Jean de la Trémoille, seigneur de Jonvelle, tous deux chevaliers de cet ordre de ta Toison d'Or qui venait d'être institué '. Et l'incident se produisait au moment où le prince d'Orange se faisait français, où le seigneur de Chasteauvitlain était à la veille de se rallier à Charles Vil, où les seigneurs bourguignons favorables à la cause royale se remuaient de tous côtés et ne craignaient pas de dire publiquement que la paix ne se ferait pas. Le conseil du duc à Dijon vit aussitôt le danger. Sans plus s'inquiéter des trêves que si elles n'existaient pas, sans se soucier des n^ociationa qui allaient s'ouvrir à Auxerre, il se prépara à la guerre. Dès le 22 novembre 1432, Charles VII était informé que les Boui^uignons voulaient faire une tentative sur Troyes, et mettait les habitants en garde contre l'attaque dont ils étaient menacés'. On n'attendit même pas l'issue des conférences poursuivies sous les auspices du cardinal de Sainte-Croix : les hostilités reprirent, au mois de janvier 1433, eu Bourgogne et en Champagne, avec plus de violence que jamais. Le duc Philippe ne tarda j^as à prendre une part personnelle à la lutte. Après avoir tenu , au mois de