CHAPITRE XII
§ VI. — LE CONORàS D'ARRAS
Repriae d«s négocialiani, eur l'inilialive de Rani d'Anjou; réunion d« Chambiry; le duc de Savoie abtienl de son .neveu que lea pourparlers pour la paîi soient enUmii de nouveau,
— Inlerirealian du conciio de BUe ;' trèvei conclues le 17 aepUmbre 1431 par le conniUble de RicbeoioDl, el le 2 décembre par le duc du Bourbon ; confirenca de Nevers ; prlliraiiiairss de paix; journée liiée ï Arras au l>r juillet ItSS. — Le duc de Bourgogne >e prépars au Dongresd'Arcas; il refoil IVceptalion de Charles Vil el de Henri VI. — Arrivée à Arras des premiers embeuadeurst le congrus s'ouvre le 5 eoikl, sous ts présidence du cardinal de Sainle- Croii, légat du pape, eidu cardinal de Chypre, anvojré du concile de Bftle.— ConfËrencea avec lea ambasacdsura anglais ; offres [ailes de part el d'autre ; les ambauadeurs anglais refusenl de renoncer i le couronne au nom de leur maître ; arrivée dû cardinal de Winchester; dernières offres des ambassadeurs de Frence ; rupture des négociallons. — Réunion des plénipotentiaires dans l'église Noire-Dan»; acte de la rupture; départ des atubassadeura anglais. — Acte du 7 septembre, conslatant les offres laites par les ambassadeurs de France, et préparant une repriae des négociations ; cet acte eat porté en Angleterre. — Hésitalion du duc de Bourgogne à conclure une paix particulière ; mémoires rédigés pour
Vaaal; aupplique adressée au duc au nom dea cardinaui; le chancelier Rolîn laiaae entrevoir une issue iavorable.— On célèbre l'anniversaire de la mort du duc Jean ; le soir même, le duc déclare qu'il consent à traiter. — Les négociations en vue d'une paii particulière s'Duvnsnt dès le lendemain ; le chancelier Rolin dépose ses conclusions ; toutes les demandes faites au nom du duc ne lardent pas i élre agréées. — Ou apprend la mort du due de Bedferd.
— Le 20 septembre, les cardinaui adressent une sommation au duc et te relèvent de ses serments ; la chancelier de Franco déclare accepter, au nom du Rei, lea articles proposés ; serment prêté de pari et d'autre ; lettres patentes délivrées par lea ambasaadeura contenant les offrca ; teneur de ces offres. — Qrando cérémonie le 21 septembre dans l'église de Saint- * Vaasl ; sermon; lectures dea actes; amende honorable pour le meurtre du duc Jean (aite au nom du Roi ; sermeMdu duc ; serment des princes, dasambaaaadeurkel aeignenre, el de toute l'assialance; allégresse uniTeraelie. — Lettres patentes du duc de Bourgogne donnant son approbation au traité.— Derniers pourparlers en vue du règlement de divers points; concession du duc relativement à la restitution des villes de la SoDune. — Conclnaion.
C'est à la cour de Savoie que devaient se renouer les négoclatioDs tant de fois et si vainemeot poursuivies en vue d'opérer un rapprochement entre Charles VII et le duc de Bour-
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gogne. Le 12 février 1434 étaient célébrées les noces de Louis, comte de Genève, fils aîné du duc de Kavoie, avec Anne de Chypre. Il y eut k Chambéry , à l'occasion de ce mariage, une grande afQuence de princes et de seigneurs : le duc de Bourgogne s'y rendit, en compagnie des damoiseaux de Nevers et de Clèves, du prince d'Orange et du comte de Frilwurg; s'y rencontra avec René d'Anjou et les ambassadeurs de Cbarles Vil '.
.Quelques mois auparavant, eu quittant la Lorraine, René avait, au passage, visité le duc de Boui^ogne ', et l'avait eatre- ■ tenu de la paix avec la France. 11 lui avait dit qu'en se rendant ; en Provence près de sa mère , il devait s'arrêter à la cour de ■] France, et lui avait demandé qu'elles étaient ses intentions, afin 'j de les faire connaître au Roi. Philippe avait déclaré qu'il n'avait a jamais cessé d'être favorable à la paix générale du royaume,', mais qu'il n'y voulait travailler que de concert avec le nd'J d'Angleterre; qu'il savait que Henri VI, le régent Bedford « les membres du Conseil étaient très désireux de cette paix ; qud pour lui, ses sentiments n'avaient pas varié, et qu'il ne tien! drait point à lui qu'on n'en vtot à un accord.
Après avoir rendu visite au Roi ', le duc René avait envoyAl un de ses conseillers au duc de Boui^ogue, pour lui faire part i des bonnes dispositions de Charles VII et solliciter un sauf- ; conduit pour le chancelier de {•'rance, le bAtard d'Orléans, et ' Christophe d'Harcourt, afin qu'ils pussent se rendre près de lui. Mais Philippe avait refusé de délivrer le sauf-conduit, dé-
I. C'étaient ChrUlopbe d'Harcourt, Jean de Lëvis, seigocur de Vauverl, et Houtjoie, roi d'armes de France. Voir, sur les personnages qui assistèrent à celle ttle, Sâlnt- Remj. qui en a donné ((. Il, p. 187-^97} une reUCion délaillée. En outre, plnsienn dames françaises élaient [i : la dame de Vauveri (Isabelle de Chartres , nièce du chancelier, mariée i Philippe de Léris), la dame de Gauraurt et la dime de Bai4iaian.
i. Le duc élail alorsâ Véielay. Itinéraire, dant Canal, p. tSB, et Archives dn Nord , B 1918, l. 138 V et 111. — AussilAt après le départ du duc de Bar, Philippe enraya Cbarles de Montnwrency vers le comte^de Ricbemont, ■ pour cei-talnes choses secrètes qu'il lui a enchargées. » Archives du Nord, B 1918, f. 90.
3. René passa le H novembre par Màcon, venant de Bourgogne, et se rendant à Lyon, vers le Roi, 8 pour tiviicler de la paii. î ./oumai de ye/ion Denis, bourgroitie Maçon, dansCuat, U I, p. 237-38. J. Donis constate que la viUo lui donna one botte de ïin, huit torches de cire et sii livres de confitures. — Le U novembre , un cbevincheur était envoyé par le duc de Bourgogne à son chancelier, n quelque part qu'il Tusl, afin de le Taire venir devers lui haslivement. a Arclûves du Mord, fi. 1918, l 139.
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1434 LE CONGRÈS d'arhas. 5Q7
clarant qu'il ae voulait rien faire sans le concours du gûuvetncment anglais, et qu'il attendrait le résultat de la conférence projetée à Calais , au sujet de laquelle il a^ait reQU une lettre du roi d'Angleterre, avant d'accepter aucune « journée particulière. »
Les choses eu étaient là quand eut lieu la réunion de Ghambéry. Le duc de Bar y était venu sur l'avis du Roi , et en compagnie des ambassadeurs de France , dans le but de sonder le duc de Savoie relativement à la reprise des négociations , sous ses auspices, en quelque lieu de son pays de Bresse. Celte ouverture avait précédé l'arrivée du duc de Bourgogne '. Amédée VIII ût part aussitôt de la proposition à son iieveu , qui répondit, comme il l'aYait fait antérieurement au duc René , qu'il s'occuperait volontiers de la paix; qu'il savait que le roi d'Angleterre , le régent et leur conseil étaient dans les marnes dispositions, et qu'il était prêt à entrer en négociations si le roi d'Angleterre y consentait. Le duc ajouta qu'il était disposé à faire une démarche auprès de celui-ci, afin de renseigner à cet égard le duc de Savoie.
Amédée VIII se décida à écrire lui-même au régent Bedford, et remit sa lettre à un conseiller et chambellan du duc, Girard Bolin , qui se chargea de la porter. Philippe Qt part de cette ouveriure à son chancelier et à son Conseil en Bourgogne, en leur donnant ordre de communiquer ces faits, « en toute diligence, » au Conseil anglais, et de s'informer s'il était d'avis de convenir d'une « journée » avec le duc de Savoie et le duc de Bar. Le duc recommandait à ses gens de lui donner prompte réponse et de lui transmettre leur opinion à ce sujet, car, disaitTil, le duc de Savoie l'avait fort pressé d'accepter une « journée, - et il avait déclaré ne vouloir rien faire sans connaître le bon plaisir et la volonté du roi d'Angleterre.
Dans ses instructions à Girard Rolin , datées de Chalon-sur-
I. Le duc de Boui^gae n'aniva i Cltanitiër} <\ue le 7 février 1134; mais il n'avait cessé d'élre en retaiions avec Sun odcJc de Savoie : le 1" dfcendire 1133, un chevaucheur part de Dijon pour aller à fiourg, et de là à Ctiambéry vers le duc Amédée; le 6 décembre, le duc de Savoie est à Dijon ptÈs du duc; dans le même mois, un trom- |ieUe du duc de Savoie apparie au duc certaines nouvelles de la part de son tnaStre. Archives du Nord, B 1948, f. 110 v°, 230 v, 234.
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SaôBe le t8 février 1434 , Philippe le chargeait de faire savoir à son Conseil qu'il lui Bemblait bon el expédient que le roi d'Angleterre se montr&t favorable à la paix et qu'il entr&t dans les vues du duc de Savoie, pourvu qu'en continuant ce qui avait été fait, sur l'initiative du Pape, par le cardinal de Sainte-Croix, celui-ci fût sollicité de prendre part à la conférence au nom du Saint-Père, et qu'on conviât également les Pères du concile de Bile à s'y faire représenter. Le duc , tout en insistant sur les dispositions favorables à la paix dont le roi d'Angleterre et lui étaient animés, exprimait la crainte qu'en raison de l'attitude de ses < ennemis , » el de leurs • manières coustumièrement mauvaises et perverses, » l'efTet ne fût point aussi immédiat qu'il le désirait, et il recommandait de préparer les opérations militaires de la saison prochaine, d'autant que ses « ennemis » se disposaient à lui faire très forte guerre; il ordonnait en même temps d'insister auprès du Conseil anglais pour qu'on formât une armée d'au moins quatre mille combattants, et qu'on lui donn&t l'assistance Qnancière qui lui était indispensable '.
Le duc de Bourgogne avait profité de son séjour à la cour de Savoie pour signer (12 février 1434) un traité d'aUiaace avec le duc son oncle contre Charles , duc de Bourbon, qui , depuis la mort de son père, refusait de faire hommage aux deux princes des terres qu'il possédait dans leurs états *.
Nous avons vu que Philippe avait l'intention de faire intervenir le concile de Bâle dans les négociations qui venaient d'être acceptées en principe. Vers le mois d'août 1433, une ambassade du Concile, à la tête de laquelle se trouvait l'évêque de Wexio, était venue le trouver, et avait tout particulièrement insisté près de lui en faveur de la paix, le sollicitant de députer à B&le des ambassadeurs chargés de travailler à ce résultat, et d'écrire au roi d'Angleterre pour que celui-ci en fit autant. Le duc y avait consenti : la paix était pour lui une
1. Hkloire de Bourgogne, t. IV, preuve», p. cxxxvu el sdIt, — La ItUre de ctfanm , donnée le même janr pu \e dnc à ses ambassadeurs , est dans Hartene el Darand, Amptluima eolUeOo, I. flll, col. 634.
1. Original, Archives de la CAte d'Or, B 11929. — Le (eile est dans Gnichenon, t. D, p. S8B.
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nécessité, et il avait hAte de mettre uq terme aux'iourds sacrifices qu'entraînait pour lui l'aHiaDce anglaise.
Philippe n'avait pas tardé à désigner des ambassadeurs, à la tête desquels étaient l'archevêque de Rouen, les évoques de Coutances, d'Auxerre, de Ghalon et de Nevers. Dans les instractions, en date du 1" septembre i433, qu'il leur avait données, il déclarait persister dans ses intentions favorables à la paix générale , malgré l'insuccès des négociations poursuivies sous les auspices du cardinal de Sainte-Croix, la violation des trêves par ses adversaires , et les autres torts qu'ils s'étaient donnés ; il demandait que le Concile désignât un cardinal ou un notable prélat pour négocier, de concert avec le cardinal de Sainte-Croix, légat du pape, et avec le duc de Savoie; il proposait même que les conférences fussent tenues à la cour de Savoie; ses ambassadeurs avaient ordre de se concerter pour toutes choses avec ceux du duc de Savoie; et de se conformer entièrement à leurs conseils '.
Le concile de B&lc avait été convoqué pour travailler à la pacification générale en même temps qu'à la réforme de l'Église ; il se regardait comme investi de la mission d'amener un rapprochement entre la France et l'Angleterre. Dès l'année 1433, des démarches avaient été faites par le Concile auprès de la cour d'Ai^leterre* ; peu après la réunion de Ghaml>éry, des ambassadeurs furent envoyés à Charles VII et à Henri VI. Au mois de ma^l434,les Pères écrivirent au Roi , et une ambassade, composée du cardinal de Chypre, de l'archevêque d'Âuch (Philippe de Lévis}, de l'évêque de Glascow, de l'abbé de Saint-Honorat et de Gilles Carlier fut députée vers lui pour le solliciter de faire la paix: on a la réponse, conçue dans les termes les plus favorables, qui fut faite aux ambassadeurs du Concile au nom de Charles VTI. L'archevêque de Vienne porta la parole, en réponse à Gilles Carlier, qui avait parlé au nom du Concile. Le Roi voulait la paix avec tous ses adversaires ; plus intéressé
1. Anhires de b^Cdte d'Or, B 1161&; CoUeclian de Bourgogitc , 70, r. 6-8 v° et 90, p. 33S-14. — Voir r/(Wofre du Conetie de Jean de Segovie, dans Monumenla. I. Il, p. «.
!. Voir le document ciU plus loin.
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que persoDue à la pacification du royaume, il avait déjâi fait quatre tentatives pour y parvenir : !a première par l'entremise du duc de. Savoie; la seconde par l'entremise du duc dp Bretagne; la troisième lors de son sacre; la quatrième sous les auspices du cardinal de Sainte-Croix, Le Roi i^tait heureux de voir les ducs de Bretagne et de Bourgogne, de concert avec le cardinal de Cliypre et le duc de Savoie, joindre leurs efforts pour procurer la paix. Il s'offrait à accepter et à mettre à exécution tout ce que décideraient les Pères réunis h Bàle *'. II ât connaître lui-même au Concile ses dispositions favorables par une lettre en date du 10 juin '.
Le roi d'Angleterre reçut de son cûté une semblable ouverture , el , par une lettre du 3 juin 1434 , il désigna des ambassadeurs pour se rendre à B&le, et s'y occuper, non seulement d'une façon générale de ta réforme de l'Église universelle et de la concorde entre les princes, mais spécialement d'une paix perpétuelle ou d'une trêve à conclure avec son adversaire de France*. Ces pouvoirs furent renouvelés les 10 juillet 1434 et 10 février 143S\
Cependant Philippe le Bon avait quitta la Boui^ogne, au commencement d'avril 1434 , pour se rendre en Flandre. Sur son chemin ', et tandis que la duchesse de Bourgogne et le conseil de Dijon entamaient avec le duc de Bourbon des négociations particulières qui devaient se poursuivre durant toute l'année*,