‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 300 sur 367 · L ADMINISTRATION DU ROI DE BOURGES. S · texte numérisé non relu

L ADMINISTRATION DU ROI DE BOURGES. S

quelque favori : c'est ainù que Cliarles VU commençait à mériter '' le titre de Bien servi que lui ont décerûé tes contemporains.

Le Parlement, de 1422 à 1435, continoa de siéger à Poitiers. Nous avons déjà fait connaître la composition de ce corps et montré qu'elle était l'honorabilité de ses membres. Les vacances qui se produisirent amenèrent la nomination de personnages égaux eu valeur à leurs devanciers. L'élection était faite par lea membres de la Cour, conformément aux anciennes ordonnances ; mais ce n'était qu'une simple formalité : on présentait à l'avance le caadidât à l'agrément du Roi , et l'on procédait ensuite au vote, « On employait les plus grands ménagements, dit M. Neuville dans sa thèse sur le Parlement de Poitiers, afin que le choix du Parlement fdt toujours d'accord avec celui du Roi. Si le chancelier se disposait à venir à Poitiers, on ajournait la discussion jusqu'à son arrivée. Quand on prévoyait un dissentiment, on écrivait au Roi, bien poliment, sous forme de supplique, et, en cas de refus, on se résignait à sanctionner, par une élection à contre-cœur, les décisions supérieures. On ne s'y opposait que dans le cas où fhonorabilité de la Cour avait réellement à souffrir d'un mauvais choix <. »

Le Parlement de Poitiers eut de mauvais jours à traverser. M. Neuville constate que le désordre qui régnait dans le royaume paralysait l'action de la justice et assurait aux criminels une telle impunité que les sessions étaient très peu remplies. D'un autre c6té, les frais étaient considérables. Pour procéder à une arrestation, le sèment royal devait être accompagné d'une escorte. Souvent les biens du condamné ne suffisaient pas au paiement de l'amende. La Cour avait à verser des sommes considérables , soit pour commencer une instruction, soit pour couvrir de ses frais tel conseiller dont la maison avait été assignée comme domicile à des témoins. Les conseillers chaînés d'une enquête devaient faire crédit aux plaideurs , et parfois il leur fallait un arrêt pour être payés de leur labeurs

1. le Parlement royal à Poifier», dans la Revue hlttoriqtÊe , t. VI, p. 184.

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OU renibotir»és de leurs avauces. « La procédure coûtait cber au Parlemeut, et elle était souveut périlleuse '. » Qu'où ajoute à ces dépeases habituelles les voyages lucessauts des conseillers vers le Roi, les ambassades eu cour de Rome ou au concile de Bàle pour des affaires du Parlement, et l'on comprendra que souvent les ressources manquassent pour le paiement des gages ordinaires. On vivait aujourlejour ; l'arriéré augmentait sans cesse; dès qu'il rentrait un peu d'argent, on le partageait, et la distribution était faite avec la plus sévère économie. . Tel est le tableau tracé par M. Neuville , qui ajoute : « Les absents, toujours assez nombreux, étaient impitoyablement éliminés, à moins d'une faveur eiceptiounelle *. »

Non seulement le Parlement était pauvre, mais la plupart de ses membres étaient par eux-mêmes dénués de ressources. Un grand nombre d'entre eux avaient quitté Paria à l'improviste, abandonnant maisons et biens pour sauver leur vie : « Quelle pitié, s'écrie l'historien de Charles VII , qui accompagnait son père dans cette fuite, quelle pitié entre autres estoit-ce du dit messire Jehan Juvenel des Ursius, seigneur de Traignel, qui possedoit bien deux mille livres de rente et de /evenu, avoit belles places et maisons en France, Brie et Champagne, et son hostel garni de meubles qui pouvoient bien valoir de quinze à seize mille escus en toutes choses ; ayant une dame de bien et honneuc à femme, et onze enfants, sept fils et quatre filles, et trois gendres, d'avoir tout perdu et sa dicte femme avec ses eofans mis nuds pieds, revcstus de pauvres robbes, comme plusieurs autres'! » La plupart des conseillers avaient ainsi perdu toute leur fortune. Impossible de rien tirer des terres que la plupart possédaient autour de Paris *. Il falliût vivre pourtant : on recourait an casuel. Certains prirent l'habitude de recevoir, à titre d'épices ou de dons, des sommes assez importantes. Cet abus, d'abord toléré, finit par prendre de telles proportions que le Parlement dut intervenir. Le 6 fé-

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