‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 32 sur 367 · X" 9197, f. ÎÎ6 ï · texte numérisé non relu

X" 9197, f. ÎÎ6 ï

H. • Qaoi lettere surreptice, obreptice et pcnilus inciviles fiiorunl et erani, sed per importunilatem impetratc iu scindnluni et malum eiemplum veiyebant. ■ Am'l du Parteinenl, en dale du 30 juillet 1423. X" 9190, f. 248 v".

cément de la PnigDC-au-Pot en Touraîne, qu'il avait fait renfrer en l'obéissance du Roi et qui lui avait d'abord été attribuée '. Le Parlement protesta, et refusa d'enregistrer les lettres. Le Tur, parlant au nom du procureur du Roi, fit entendre ces paroles : Il Autant vaudrait dire que Frotter est pair de France : « qu'il se contente d'ôtre capitaine'! » A l'époque où nous sommes parvenus, un scandale public se produisit, lors de l'entrée solennelle du Roi à Poitiers, où le grand écuyer, qui portait l'épée royale, s'emporta jusqu'à injurier, en présence de son maître, un sergent royal dont il avait eu à se plaindre ', Quelques jours après (il août 1424), s'étant rendu chez le maire de la ville, Maurice Claveurier, il l'apostropha grossièrement au sujet de l'arrestation d'un des hommes de sa compagnie, et il loi aurait fait un mauvais parti sans l'intervention de (îeoffroy de Mareuil, sénéchal de Saintonge*.

A côté des violences du grand écuyer, il faut signaler les malversations du premier ministre.

Le président Louvet était devenu eu quelque sorte plus maître que le Roi, Par son « iraportunité, » par l'art avec lequel il en imposait à son maître', il s'était emparé de toute l'administration des finances. Louvet possédait, avec les pouvoirs les plus étendus, des blanc-seings h discrétion; il avait l'autorisation de traiter, au nom du Roi, avec qui bon lui semblait, soit amis, soit ennemis du royaume, et Dieu sait avec quelle latitude il usait d'une telle omnipotence ' ! Il trafiquait de tout, faisait for-

1. Par coaflscatian sur le Bourguignon Régnier Pot. M., ibid., I. Hê. — Le Roi avaii repris La Prugne-au-Pol, pour en fture don au sii^ île Garoadics (X<> 9197. f. ÏM ï°). Hegnicr.Pot avait pour belle-nile Marie de Preuitly, sœur de MirguerHe, «poiue de Pierre Fralier, morte avant le marUgO de celle-ci (iri., f. UH).

i. X" 9)97, f. îîl. ,

3. Il se nomniaît Jean de Miiy. Fralier, l'apervcvanl au passage, l'apostropha en ces

termes ; • Ribaul, estes vous lA? > El il ajouta, en juranl : « Vous ne mouirei que de mes

« mains! u — x Monseigneur, répondit le sergent, je vous supplie que me vueillei oyr, s

— • Je ne vous orray }i, ribaut, reprit Frolier; je vous feray mourir raauvaisemeal et

• mengier aui diiens. > X" 9197, (. 338 v°; cr. f. 339.

i. Id., ibid. — M faut dire que Jouvenel, dans sa pJaidoierie pour Frotier, s'etTorte d'atUnuer la gravita de ces deui faiU (T. 339).

5. « Par l'importunilé du dit président, et par les choses qu'il nous donnoil entendre... s Ullres du 5 juillet 1*25. Archives, X" 860*, f. 76 v°.

G. ■ A icelui président ayons, par Inadvertance et sens aucune detiberacioD de conseil, baillé et délivre soubx nostre granl seel plusieurs nos Icllre^ |)atenles. par lesquelles

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ger de la monnaie faible de poids, engageait les joyaux de la couronne, et gardait pour lui la meilleure partie de ce qui on revenait'. 11 avait mille livres de peosion par mois*, et en outre le profit de la capitainerie de Saint-André de Villeneuve, près Avignon, qu'il s'était fait donner par lettres du 16 novembre 1422'. Au moment où sa puissance va être ébranlée, les faveurs royales pleuvenl encore sur lui * et sur sa femme, Matheline de la Gave, attacbéc à la personne de la Reine, et pour laquelle Marie d'Anjou paraît avoir éprouvé uq réel attachement*.

(Jiiant à Tanguy du Chastcl, qui vient d'échanger son tilpe de maréchal des guerres du Dauphin contre celui de grand maître d'hôtel du Roi °, il en est arrivé à abnser étrangement de la situation prépondérante qu'il avait acquise par son

k'csI fait donner cl atlribticr par nous de nwull gnndcs, excessives et di^sraisoniutite» puissances, tant sur le lait de aoi finances que autremeni; entre lesqut^les. comme bien nous recordons, lui est cnmiaisG la lolaln admiaistraeioa de toutes noz Onances, qneltes qu'elles soient (du Languedoc el du Dauphini<), par tel et si ample pouvoir qu'il en puel liiire et disposer cmimc bon luy semblera... Et qui plus est, a obtenu de nous paîs$anre générale pour traictîer el du tout conduire el accorder en nostre nom toutes manièrps d'alliances avecques queteconques personnes que bon lui semblera, tant amis que ennemis de nous et de nostre rojaume. Lesquelles lettres, avec autres plusieurs, seellilcs en blanc de nostre dit grant seel, il a eoip(uiëes. » H^mes lettres. Archives, X'', 8604, 1. 16 v°.

1. Il avait reçu successivement en g»ge un des jojraux de la couronne, un rermnillel, un collier garai de diamants et de perles, le grand diamant, la perle de Navarre. R^ ponsedeLouvet aux lettres dais aofit, dans Le Grand, vol, V],r. 5-8. — Voir sur les « grans l^ultes, crûmes cl abus b commis par 1' a enorlemenl i du président, des lettres de ri^iBission données à l'un de ses clercs, en juin iU!>. Archives, SI 177, pièce 16.

2. lettres du 9 d^embre US3, vis<^s dans le Cinquième compte île Guillaume Charritr. Cabinet des Ulres. BST*.

3. « Conflans à plain des gians biyaullé, proudommie, sounisance, et bonne diligence > de son conseiller el chambellan, et en considération des grands et notables services par lui rendus. L'ordonnance est donnée i li relation du chancelier Gouge. Pièces origintde», \-ol. 1763 : LODïCT.

1. Nous ne mentionnerons que pour niénmlrc les lellres du (î octobre tiJi, autorisant Louvet 1 Taire transporter en Bretagne deui cents pipes de vin, pour donner à certains nobles ou autres' du pa)'s, ou pour eu disposer à son plaisir, car ces lellres se rattachent i une mission remplie par lui mi Bretagne; mais le 3 janvier 1435, il donne quittance d'une somme de 500 livres, donnée par le Roi. Pièce» originatei, 1763 : Louvet.

5. Lettres du 30 février 14S5 : a Considérant les grans, notables el proufOtabtes services que nostre amé el féal chevalier, conseiller el chambellan Jehan l.ovel, semeur de Mirandol, nous a faiz, longuement lïil continucitcmeat, el espérons que Tare lo temps __ advenir, el aussi que nosire bien amée Matheline de h Gave, sa femme, a bit en servant et estant ou service de nosire 1res chièrc el Ires aniée compalgne la Itoyac, nous i icellc Matheline avons donn£ el donnons de grâce espcciale par ces pcesentes la somme de mille livres tournois, pour lui aidier à deUVayer de la despence que Tero lui convendra pour le fait de sa gesine et aussi pour avoir une robe à sa relevée. « (/.oc. cil.)

6. Il est ainsi qualilté dans des lettres du Hoi en dale du âO avril 14:23. Archives de Grenoble, B aW3 bii. f. 237.

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dévouement et par rancienceté de ses services. Lui, le sauveur du Dauphin dans la ouit du 29 mai 1418 ; lui qui, sur le pont de Montereau, avait arraché le jeune Charles au conflit sanglant où sa vie pouvait être compromise; lui le preux chevalier qui depuis trente années a fait ses preuves de vaillance et defidélité.il s'oublie jusqu'à détouraer l'argent destiné à la solde des troupes, pour l'employer en achat de vaisselle, de joyaux et de pierreries ' ! Au plus fort de la pénurie du trésor, il fait porter de douze cents livres à deux mille cinq cents écus d'or la rente annuelle dont il jouissait depuis 1416 sur les revenus du grenier à sel de Beaucaire ^. On a même prétendu, mais sans preuve, qu'il avait osé assassiner, en plein conseil, un de ses collègues, le comte Dauphin d' Auvergne'. Mais si cette accusation est dénuée de fondement, Tanguy du Chastel n'a pas moins mérité, de concert avec Louvet et avec l'évèque de LaoQ, Guillaume de Champeaux ', cette flétrissure, sortie de la plume d'un grave auteur du temps : « Par ces trois hommes, qui tous fïireiit renommez de vie honteust; et dethontieste, fust à ce temps te Roy gouverné el ses finances, dont lui et ses subjeclz souffrirent moult d'oppressions'. » Pourtant, dans ce triumvirat qui se compose de Louvet, du Chastel et Frotier —

1. Voir Cousinot, Gule dM noble*, p. 189-90, el Journal d'un bourgeoii de Paris, p. IW. Tanguy avait reçu en février 10,250 livres,, et par lettres dn 25 mars U23. il recul encore 11,500 livres (D. Moricc, t. II, col. 112*).

». Lelli'es du 6 ocinbre 1J21. — Le 30 ivril U23, le Koi avait donné il Du Chastel el à Louvel tme somme de mille écus d'or, à partager cnliï eiii. Cinquième compte de GuiUmme Clwrritr. Cabinet des litres , 6«5.

3. Le fait est all^u* dans les Regislrei da Parlement de Pans, à la dale du 3 mars ti25 : « Ce jour vindrcnt nouvelles de ta mort du conte l>aupliin d'Auvei^e, que on disoit avoir est^ lue par Tanguy du Cliastcl, en ung conseil tenu, présent to Dauphin, el de ce avoit le duc de Bedfurd receu Icilres du duc de Drelaigne (ïisans meacÏDD de ce, ainsi que disaient ccuK qui avoient veu et Icu lesdictcs lettres, •» Archives, X'> Um, f. :jl7. Or, fiénuA qui, les 32 mars et H juin suivants, contres^ait des lettres du Roi, ne mourut que le SS juillet U36, et conllDua jusque-là de siéger dans le cunseil.

t. Nous parloi'ons plus loin de ce personnage.

5. Cousinol, p. 190. — Dès 1*20, il avait commenci! le cours de ses tristes exploits : on voit dans les comptes de Blois qu'il s'élail emparé induemcnl d'un baril el d"un doubteau de barillet déposés en garde par le comto de Vei'tus, à Beaugency, chet un vnmmé Willcmol, et qu'on n'avait jamais pu les j'ecouvrer. Lakirde, Duc» de Bourgognr-. I. IIJ, p. 283. — Ces ba-Us. faits de bois rares ou de matières précieuses, étaient placés à table sur les di'essoirs, el Femiaient à cleF. Labuiilc, Glottoin fronçait du moyen dge, p. 158.

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près desquels il faut placer, à un raog inférieur, le bailli d'Avaugour, l'évéque de Laon et le premier physicien Gadart, — c'est peut-être Tanguy qui est encore le moins coupable. Tout au moiDB rachète-t^il ses torts par un incomparable dévouement : nous le verrons bientôt, plaçant l'intérêt de son maître audessus de toute considération personnelle, faire généreusement le sacrifice du pouvoir.

Nous avons dit que le ban et l'arrière-ban avaient été convoqués pour le tS mai 1424. I>epuis quelque temps le Roi prenait des informations sur la situation du royaume; il avait de divers côtés des espions qui le tenaient au courant de l'état des esprits et des chances favorables qui pouvaient se présenter. Au mois d'avril, un cordelier, mêlé à un complot qui avait pour but de livrer la Bourgogne à la France, fut présenté à Charles Vil. Le Roi venait d'assister à la réunion d'Ëtats tenue à Selles, oi!i il avait recommandé aux nobles d'Auvergne et de Languedoc d'être prêts à marcher, car il voulait se mettre en campagne vers le 10 mai. 11 interrogea le religieux, et lui demanda s'il y avait en Bourgogne beaucoup de gens de gueiTe ; il s'informa des dispositions de divers seigneurs, et fit connaître l'intention où il était de diriger bientôt son armée sur Reims, puis, de là, sur la Normandie, « parce que bon nombre de gens des bonnes villes estoient venus à lui en habits dissimulés pour l'assurer que, quand il lui plairoit de venir à culx, it seroit bien rcceu, et lui rendroient obéissance *. » Des lettres, en date du 2 juin, révèlent encore, chez le Roi, Ja volonté de prendre part aux opérations militaires : elles portent don de 200 francs à un de ses serviteurs, en récompense de ses services , et « aussi pour soy monter et armer pour noua servir au veage et armée que entendons faire en brief sur noz ennemis et rebelles*. »

Un nouvel effort allait donc être tenté. Mais Charles, tenu systématiquement à l'écart par ses conseillers, qui voulaient ménager la personne i-oyale *, ne devait pas y prendre part. Cette

1. OdelU de ChampdirKii, ou lapetiU relue à Dijon, aprêt \a mort de Charlt» VI, par M. LaviroUe. Mimoiret de l'Académie dr Dijon, î' sfrk. I. 11, p. UT-t6fl.

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