Berry, p. 373-7i
5. La iMtre de Hoalin de Hascon du 30 septembre conlnne tes détails donnés i cet éfard par G. Gruel, p. 363.
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lui son entrée à Saumur. A une lieue de la ville, il trouva la reine de Sicile et le duc de Bretagne, qui s'étaient portés à sa rencontre. Le Roi embrassa le duc par deux fois, et les princes se firent « la plus grande chère du monde '. » Charles logea au château, où, le letdemain, Jean Vi vint l'entreteair des graves afTaires qui restaient à résoudre. Le vendredi S, vers dix heures, le Boi entendit ses deux messes. Le duc y assistait, et l'on Fut vivement ému de le voir porter au Roi l'ofl^'ande et la paix *. Un nouveau conseil fut ensuite tenu, où il y eut, d'après un témoin oculaire, '< de beaux et notables parleis, à l'onneur et prouffit du Roy et de son royaume *. » Les 5 et 6 octobre , on tint deux conseils par jour. Ce qui n'empêcha pas les divertissements et les fêtes. Le 4, dans l'après-midi, le Roi eut la visite de Madame de Guyenne, logée avec son mari à l'abbaye de Saint-Florent, à quelque distance de la ville. Le comte de Glermont et plusieurs autres seigneurs allèrent à sa rencontre, et elle lut reçue dans la cour du château par la reine de Sicile. Ce fut entre les deux princesses un assaut de politesses, aucune ne voulant passer la première ; enfin elles se dirigèrent, en marchant de front, vers la grande salle, où le Roi, s'avançant jusqu'à la porte d'entrée, fit à la duchesse l'accueil le plus gracieux. Après fCvoir devisé longuement avee le Koi, Madame de Guyenne se retira, reconduite avec le même cérémonial qu'à l'arrivée. Le lendemain , Charles VU lui rendit sa visite à l'abbaye de Saint-Florent, où, pour célébrer la venue du Roi, il y eut des danses et des chants ^
Cette fête de Saint-Florent fit un peu diversion aux sombres pensées qui devaient agiter l'esprit du Roi, quand il comparait à l'entrevue de Saumur celle que, quatre ans auparavant, il avait eu à Sablé avec le duc de Bretagne. Quel chemin parcouru du 8 mai 1421 au 7 octobre 142S1 On était alors an lendemain d'une brillante victoire, et l'on se croyait assuré de chasser les Anglais de la Normandie; le duc de Bretagne
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n'hésitait point à prendre l'engî^einent de n chérir et d*hODi>rep » le jeune Régent, de œ lui complaire en toutes manières » comme il y était tenu, et de « lui donner, aide, confort et secours, sans rien épargner. » Mais la fortune a tourné ; les mauvais jours sont revenus; après des échecs successifs, il a fallu, pour ainsi dire, renoncer à la lutte. A.ussi les alliés mesurent maintenant leurs prétentions à la faiblesse de la royauté : ils demandent tout, parce qu'ils savent qu'on est impuissant à leur rien refuser. Les traités signés à Saumur jettent une triste lueur sur la situation.
Le premier est une lettre patente du duo de Bretagne, en date du 7 octobre, dans laquelle il expose : qu'il est venu vers le Roi à cause des «nécessités »où celui-ci, se trouvait et qu'il lui avait exposées, soit par ses lettres, soit par ses ambassadeurs, se confiant à lui « comme à son plus proche ; » que le Roi lui a dit et fait dire qu'il voulait dorénavant, en ses affaires personnelles et en ce qui concernait le royaume, se laisser gouverner par lui et suivant son conseil ; qu'il a appelé l'attention du Roi sur certains points qui lui paraissent « nécessaires et proQtables » pour sou bien et celui de sa seigneurie, et qu'il lui a conseillé, entre autres choses, de « se mettre en son devoir pour réduire et rallier à lui ceux de son sang, » et principalement le duc de Boulogne, par le moyen duquel, si c'était le plaisir de Dieu que le Roi le « rédmslt à son aide, » beaucoup de pays pourraient rentrer dans l'obéissance ; que, pour arriver à faire au duc de Bourgogne des offres convenables, on devait prendre pour base les articles rédigés par le duc de Savoie (en décembre 1424) et adoptés en principe par le Roi k Ghinon, et que, si quelque difficulté survenait, le Roi voulût bien s'en remettre au duc de Savoie et à lui; que, d'autre part, pour remplir son devoir envers Dieu et sa conscience, il était bon que lé Roi fit des offres raisonnables aux Anglais, afin que la guerre pût être suspendue, et qu'il s'en rapportât, à cet égard, à l'avis du duc de Bretagne ; qu'il lui plût également d'abandonner au duc le gouvernement des finances dans les pays de Languedoil, « pour les- faire employer au ifait de la guerre, pour le bien de lui et de twn royaimie, » sauf en
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ce qui serait réservé au Roi pour aon état et qu'il devrait tellement restreindre que le surplus sulTit à ■ maintenir la guerre; » car, disait le duc, « le dit maintien et l'expnlsioit de ses ennemis, avec le recouvrement de sa seigneurie, est son plus grand et haut état ; » que deux généraux des fiaances devraieni être nomméç, l'un par le Roi, l'autre par le duc, lesquels ne pourraient rien faire sans un accord mutuel, et que, en cas de contestation, ils s'en rapporteraient au duc ou au connétable en son absence ; qu'euSn les Boancea ainsi ordonaées pour le fait de la guerre seraient levées et perçues par un trésorier général, qui les distribuerait de la manière susdite.
Le duc déclare ensuite que Le Roi a eu ces articles et requêtes pour agréables , et qu'il a promis et juré de les tenir fermement et en parole de Roi, sans venir à rencontre. En conséquence le duc, voyant le « bon vouloir » du Roi , et considérant les offres, octrois et promesses susdites, n promet en parole de prince de secourir le Roi contre les Anglais ses ennemis, et de l'aider à les expulser de son royaume, « à notre pouvoir, ditil, tout au mieux que faire le pourrons, nous tenant mon dit seigneur le Roi et accomplissant de sa part les points dessusdits. »
Enfin le duc constate que le Roi et ceux de son sang, savoir les comtes de Clermont, de Poix et de Vendôme, le sire d'Albret, le comte de Comminges et le sire d'Orval, ont promis de l'assister contre les Anglais, s'ils voulaient lui faire la guerre, et aussi contre ses ennemis Olivier et Jean de Blois, et leurs complices '.
A son tour le Roi, reproduisant textuellement les lettres du duc, déclare en avoir le contenu pour agréable, et jure et promet, en parole de Roi, qu'en tout ce qui le touche il l'observera, et qu'il aidera le duc contre les Anglais et contre les Penthièvre, moyennant l'accomplissement des choses promises '.
t. D. Morice, l. n, col. 1180-8!.
t. Itl,, ibUl. Le 15 octobre, le conseil de ville de Tours recevait une letlre de 11 reine de Sicile, apportée par le apiUiioe Alain Haussart, qui eiposa que le Roi venait de conclure on mité arec )e duc de Bretagne ; que le duc avait prtté sennenl f de serrir le
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Pareille déclaration et pareil serment furent faits dans des lettres du même jour, signées par le comte de Clermont, le comte de Foix, le comte de Vendôme, le sire d'Albret, le comte de Commin^es et le sire d'Orval '.
Charles VII, après afoir reçu l'hommage du duc de Breta^e, (pii jura de lui être « Ttai et loyal sujet, » et de le servir « de corps et de chevance *, » quitta Saumur. Il fut accompagné jusqu'à une lieue de la ville par le duc de Bretagne et ses deux frères. Les Noëls qui avaient retenti à ses oreilles, k l'occasioa du traité', n'avaient pour lui rien de réjouissant, et ce n'est point sans de sombres pressentiments qu'il s'acheminait sur une route où ii était contraint de mesurer son pas sur celui de sonvassal, etoù aucun de ses actes ne devait plus être ni libre, ni spontané. Nous croyons n'avoir pas été trop loin en prononçant le mot d'abdication. Désormais la réalité comme la responsabilité du pouvoir passent aux mains du connétable de Richeraont et de ses créatures, instruments d'un parti dont le duc de Bretagne est le bras, et dont le duc de Bourgogne va devenir la tête, s'il lui plaît d'accepter le rôle qu'on lui réserve.
Ro]i noEtre aire et ioj emploier de Cfirps , de biens et de toute sa puîssajKO i lui aider à résister et avoir victoire contre les A[%lois ses eonemis et loui antres ses milveillans ; * que le Roi aviûl Tait serment au duc • de lui aider de sa puissance contre les Anglois et autres ses malveillans, coiume le comte de PainUiièrre, ses frères et autres; d enfin que le duc avait pris l'engagement que le duc de Bourgogne suivrait son eiemple. La reine de Sicile fusait dire en outre à ses boas vassaux : ■ Et sont les choses bien appoinctiés ; et briervement, ou le plaisir Dieu, seront nos seigneurs de France à boa accort et union. ï Regittra du délibéTatlont, ID, t. 55.