CHAPITRE III
aOUVERNEHENT DD OOHHÉTABI^ DX RIOHEMONT ET ARRIVÉE DE LA TRËHOILLE AU POUVOIR
Réunion d'ËUU giniraiii 1 Poitiers. — L> Cour i Mehun-Mir-Yftrre ; le comte d* Foli
et ses Osscons; la our^. .— Ve^aifc ilMaioudun : ruiidci-vous milllslre. — Le Roi i Hontlu^n el t Poitiers. — RéToution île looi dons et nominilion d'un conieil de gouvornement. — FiTeur du lira de Oiio, qui ae urdg pas t deronir pramlsr «tatiubellsn ; hsots hit* d* ce personnage; ri»alil*»à li C™r. — Querelle du marichBl de Biverae avec le sire d'Arpijon, d'une part, du sire do Culanl avec lu sire de Llgnières, de l'autre. — Apparition de Le Ti4- ■noille ; il s une allercaiion arec (îiac, et la retire t Sully. — Oiac est crM comte d'Auierr«. " Situation précaire do Charles VI], au milieu do cas riialitéa el de ees conaits. — Voyage de Hontluson; arrivée du connâlible ; dfpart du comte de Folx. — Le connélable se uisit de Oise, et le fait enrermer i Dun-le-Roi. — Lettre de Richemont aux habitants de Lyon su sujet de celte arreilatlon ; il fait mettre à mort le sire de Glae. — La connétable place auprès du Roi le seigneur de Chelangon, i litre de premier chambellan ; Le Camus de Beaulleu dcTlaut premier écuycr, et l'ampare de la faveur royale. — La Trémollle reparaît i la Cour, oD il représente l'inHuence du eonnilable. — Richemoni, au reu>ur de aon expédition an Bretagne, [ail aeaaisinar Le Uamui de Beaulisu; il Impose La Trdmollla au Roi, qui oe l'accepte qu'é conlrc~c(Bur. — Périrait de La Trémoillc. — Anardiie dans lu gquvornsment : arrealation du chancelier par le comte de Clermonl ; Martin Gouge n'abtjent sa misa en tiberlé qu'au prix d'une ranfon. — La Trémoille maître du gouvernemeni. — Coalilion du connélable et des comtes de Clermonl et de Fardiac conlro lui ; tes princes prennent les armée. — L'hiver de 1137-1*28 se passe en négociation* el an préparalirs miltlairei. — Diaposilions du Roi i l'égard du connétable; symptAmos da retour vers sasaidana conseillera. — Enlérement de La Trémoilla à Gcnjals; il se libère moyenaanl ran;on. — Le Bol occupe Chinon, réaidenca 'de la duchesse de Guyenne; réunion datais dans celle villa. — Les conilas de Clermonl ' et de Pardisc s'installent k Bourges; le connétable est mis dans l'impossibilllé de les joindre. — Le Roi marche sur Bourges et torcelei princes é la soumission. — Conditions
Ëlals généraux de lout le royaume lenua i Chinon. — Caracière imposant de celte asseni' btée; requêtes des députés; réponses laites au nom du Roi. — Siluatlon de Charles Vil au lendemain de la réunion des Ëlals : de plus en plus accablé par la fortune adverae, il place en Dieu aeul aa oonBanc*.
Les États généraux avaient été convoqués à Poitiers pour le 1°'* octobre 142S, et la convocation avait été adressée à la
fois aux pays de Languedoil et de LaDguedoc. Mais la session ne commeaça que le 16 octobre, et elle fut scindée : les États de Languedoc se réunirent le mois suivant à Mehunsur-Yèvre; ceux de Langucdoit s'ouvrirent à Poitiers, en présence du Roi, de la reine de Sicile, du connétable, des comtes de Glermont, de Vendôme, d'Ëtampes, de Koix, de Comminges et d'Harcourt, du sire d'Albret et d'un grand nombre de seigneurs d'un rang élevé. Les séances eurent lien, deux fois par jour, dans le château de Poitiers ; la clôture fut faite le 20 octobre par le chancelier, en présence du Roi', Pendant cette réunion, Charles VII rendit » par manière de loy, édit, constitution, pragmatique sanction, n une ordonnance {IS octobre) portant révocation de tous dons, cessions, transports, aliénations, etc., faits au temps de sa régence et depuis, et déclarant de nulle valeur les aliénations qui pourraient être faites dans l'avenir'. Malgré ces précautions, la règle devait souffrir plus' d'une exception.
La Cour se transporta le 23 octobre de Poitiers à Mehunsur-Yèvre, pour la réunion des États de Languedoc, fixée au 1" novembre. En dépit des promesses du connétable, les « pilleries et'roberies » des gens de guerre ne cessaient point : des plaintes se produisirent avec véhémence au sein de l'assemblée. Les députés des bonnes villes déclarèrent qu'ils aideraient volontiers le Roi, mais à la condition qu'on se mît en mesure de remédier à ces graves abus, qui faisaient le désespoir du peuple et la ruine du royaume. Un des membres du grand conseil, Hugues de Comberel, évêque de Poitiers, prit la parole, et insista vivement dans ce sens. En entendant cette énei^ique protestation , le sire de Giac eut peine ii se contenir; quand il fut dans la chambre du Roi, il s'écria, « en reniant Dieu, » que, si on le croyait, on jetterait à la rivière Comberel et tous ceux qui avaient été de son avis. Une telle violence de langage excita, dans l'entourage même de Charles VII, de vifs murmures '.
1. Voiries détails et les sources plus loin , au cha|ii<re mi.
S. ChàTleê royala. XIV, n» 35.
3. Coneinot, p. 331; Discours de Jcao Jouvenel des Ursins, Ms. fr. îlftl, I. 4a.
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Après la tenue de ces deux sessions d'États, la Cour s'établit à Mehun. La reine de Sicile, qui ue devait pas quitter sou gendre jusqu'à la fin de juillet 1427, y représentait l'influence du duc de Bretagne et du connétable. Sauf un voyage à Issoudun et à Montlu^on, (du 29 janvier au 24 avril 1426), et un autre voyage à Poitiers et à Saumur (mai-juin), le Roi résida pendant toute l'année à Mehun ou à Bonites. Essayons de nous rendre compte de ce qu'est devenue à ce moment l'autorité royale.
Au premier rang des conseillers du trône, après la reine de Sicile et le connétable, figurent les comtes de Glermont, de Vendôme et de Foix. Ce dernier surtout paraît exercer un grand ascendant. L'évëque de Laon, Guillaume de Champeaux, et le sire de Giac sont avec lui les personnages les plus influents. Ce qui frappe tout d'abord quand, à l'aide des actes, on cherche à se rendre compte de ce qui se passe à la Cour, c'est l'Apreté avec laquelle chacun s'efforce d'exploiter la situation à son profit. N'est-ce point l'étemelle histoire des pouvoirs qui se succèdent? On trace à l'avance, à grand fracas, un programme de réforme, on promet de faire ceeser les abus dénoncés et Qétrisjusque-là avec véhémence : le lendemain, les promesses sont oubliées et les abus plus criants que jamais. L'arrivée ' aux affaires du connétable devait être le signal d'une ère nouvelle; son programme comprenait trois points ; la paix avec.le duc de Boui^ogne, le rétablissement de l'ordre dans le gouvernement, la réforme de l'armée'. La paix, on verra plus loin comment il y travailla; le gouvernement et l'armée, l'étude des documents nous montre qu'on s'en préoccupa fort peu : les belles paroles qui avaient retenti k cet égard restèrent à l'état de lettre morte. L'arrivée du comte de Foix , accompagné de son ft-ère le comte de Comminges, du sire d'Albret, de Guillaume d'Albret, seigneur d'Orval, du comte d'Astarac et
1. La reino de Sidle, dans sa lettre iiix Ljonnais en date da 28 juin 1125, indique bien le but qne l'an deraît atteindre, grâce an concours du connéuble : « Pourreoir aux choses nécessaires au reterement de ce rojaume et union des sagneun dn sauc de mondit seigneur, meltiv ^s justice, el D)Ier toutes roberiea et pilleriea. > Rame du lyonaait, 1859, p. 333.
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de tant d'autres seigneurs du midi , n'avait procuré aucun des avantages qu'on attendait : les Gascons devinrent bientôt aussi redoutés des populations que les Écossais, et ne firent que « manger le pays ', » Le gouvernement royal paya très cher leur concours, et n'aboutit qu'à appauvrir le trésor et <t ruiner les provinces du Centre. Quand on parcourt toutes ces ordonnances portant mandat de paiement, on se demande comment il était possible de faire face à de pareilles exigences. Le comte de Foix touche deux mille livres tournois par mois, soit une pension annuelle de vingt-quatre mille livres *, et il n'est familier ou protégé du comte qui, sur sa recommandation^ ne soit abondamment pourvu '. Le comte de Oomminges a cinq cents livres par mois, soit six mille livres par- an, plus une pension de deux mille livres*. Le sire d'Albret touche douze mille livres pour Ja garde de ses châteaux de Guienne '. Si du chapitre des pensions — où Qgurent naturellement tous les conseillers de la couronne, — nous passions à celui des dons, la liste serait longue et tristement éloquente. Le chancelier Martin Gouge touche, à plusieurs reprises, des sommes s'élevant à quatre raille six cents livres'; le sire de Giac, des sommes formant un total de six mille cinq cents livres'; le comte d'Astarac a deux mille livres^; la reine de Sicile, trois mille; l'évêque de Laon, mille d'abord, puis deux mille'; le comte
1. C'esl l'expressian doni se sert Cousinot le chancelier, dans sa Gatt df* nobltn {p. 199).
S. Lettres du 9 DOvembre t4!5. r retut en outre un don de 3,000 livres, par lettres du 3 décembre, sur les 13,000 livras supplémeulaires accordées par tes Étais de Mehun.
3. 1,000 I. t. àl'évéque de Lodève, membre du Conseil de Languedoc (10 DOvembre); 1,000 I. à Artaut, sire de Lucé (4 décembre); 1,000 1. it Jean Rogier de Comniiages, seigneur de Terride (Ll décembre); 600 1. à Perolon ïsalguier (1" et 3 décembre): 1001. à Gaston de Canmont, seignear de Lauzun(tO décembre); 600 J. àl'évéqucde Pamiers (9S décembre); 1001. à Jean de Navailles, écujer d'écurie du comte <!0 janvier U!6).
t. Lettres du 9 novembre 1435, Par lettres du 30 décembre 1435, il rei'Ut en outre 4,000 livres.