Ms. laUn M18i, f
1. Jacques du Clercq, I. IV. ch. xxix, — Jouvenel des Ursins, dans son épilre de 1139, Tait iilusieni's fois alhi^on sui habllmles de d^votioo du Roi. Ms. Tr. 50!3, C. 6 e( 15 v-,
5. « OrniiKi patienter sastioebat, auillio deslitulus immano cl avaritia suorum depauperatus, s«d spem Ûnnam in Dec euni reposuisse audiviœus, ac ad Denoi singuiariler recurrisse , omlionibus et eleemosynis. » Trattalm de Puêtlâ , dans Procà dr Jeanne d'Arc, 1. m, p- 100.
ovGoot^lc
HISTOIRE DE nifAHLER ^
i -2. Amour du plaisir.
Une autre accusation , bien plus accréditt'c que celle d'im- -iiioralilé, pèse sur l;i jeunesse de Charles VII : oq a dît et répété qu'il chei-clia dans les plaisirs et dans les fêles une diversion à ses malheurs; c'est là une sorte de monnaie courante à l'usage de tous ceux qui oat parlé de ce temps en n'y jetant qu'un coupd'œil superficiel. Sur quoi repose cette accusation? Un historien du temps, assez mal informé des événements de la première partie du règne, fait allusion à ces divertissements; il va même jusqu'à prétendre que Charles s'elTorça de détourner le bAlard d'Orléans de sa rude besogne d'homme de guerre pour le retenir à sa cour ' ; mais l'assertion de l'évêque de Lisieux ne suffit pas pour ((ue, sans preuve plus positive, on puisse admettre un tel fait. Ce n'est point lui, d'ailleurs, qui h donné naissance à la tradition si facilement acceptée par l'histoire; elle nous vient des écrivains du seizième siècle, et la forme pittoresque qu'elle a revêtue n'a pas peu contribué à la répandre. Les enjolivements qu'elle reçut, en passant de bouche en bouche, auraient dd cependant
1, o UuaOa auleni miles fUluruA csscl, audlla ckde quam Francos apud VernoUunr pcrtulis»e memoravimas, slalJni auspicia ostcadil, Cum entm rci, qui lune adbuc juveni^i eral, el, ut bujusinodi «tas darc sidel, conviviis, choreis e( volaplalibus diu noctuque ' salis indulgensct plusquam alite fuissel, cum, utpole una nuliilum d educalum, luuKuni amans, apud se rclinerc in deliciis vflld el, ne a<t arripicnda arma coavolarct, imiiediret alque pivliibcret, id cfflcere non patuit. > Tliomas Basin, I, I, p. M. Le savaol éditeur. H. Quichcrat, en raltaebani à lorl à cette •. singatiirc iMrense * l'interdiction faite au bâtard d'Orléans de s'intituler Mnile do Mortain el de séjourner dans le pays — inleididion qui fut h ronséquence du renvoi du |ti<sident Louret, beau-pére du bâtard. — constate les graves incxadiludes de ritislorien relalirement â la jeunesse et aux premier» faits d'armes de celui qui devait iUnslrer le nom do Dunois. S'il fallait relever toutes les erreurs el tous te» anachronismes commis dans les deux pivraiors Jivres de Tlwnias Basin, la tilclie serait laborieuse. — Quant an mot voluptalibut, qui so trouic plus haut, it n'y Riul point attacher un sens d^favoi'able aux niieurs du jeune prince : l'tvéq e d Lisieux, qui s'étend si com plaisamment sur les désordres de la dernière parti d do Charles VII, n'aurait pas manqué de flétrir ceux de sa Jeunes» s'ils avaien y a, du reste, quelque trace de banquets , de Rtos et de ■ plaisances mondain e.
là le vrai sens de voluplatlbui) dans la vie du jeune roi : ainsi en 1433. m m n do son mariage; ain« en octobre 143i, â Angers, quand il s'y trouva avec la re n and et les princes bretons; ainsi en octobre 1435, à Saumur, lors de la conclusion dn trai avec le duc de Bretainie. Mais, dans les années qui précèdent le si^e d'Orli'a on n n voit aucune trace.
ovGoot^lc
1422-28 ACtusAiroNS contre la jeunesse. 191
suffire pour inspirer à l'iiistoire sérieuse une légitime défiance.
Le premier auteur qui ait articulé le fait est Gilles Corrozet, dans un ouvrage publié en I5S6,et intitulé : Les divers propos ■mémorables des nobles et illustres hommes de la chresteinté. Voici eo quels termes il s'exprime : « La Hire; capitaine françois , estant envoyé de l'armée vers te Roy de France Charles septiesme pour luy reraonstrer les affaires de la guerre et que par faulte de vivres , d'arçent et autres choscd nécessaires . les François avoient perdu quelques villes et batailles contre les Aûglois : le Boy voulant envers luy user de familiarité luy monstra les délicieux appareils de ses plaisirs, les esbatemens les dames et les banquets en qnoy il prenoit sa récréation, luy demandant qu'il luy en sembloit. La Hire librement luy respondit : « Sire je ne vey jamais Prince qui perdist plus joyeusement le sien que vous '. »
Nous retrouvons la même anecdote dans les Recherches delà France, par Etienne Pasquier, qui parurent en 1596 : " Il estoit au milieu de ses afflictions du tout addonué à ses voluptez. faisoit l'amour à une belle Agnes , oubliant par le moyen d'elle toutes les choses nécessaires à son estât : et dit-on que ce brave capitaine La Hire venant un Jour, botté, crotté, battu de pluye et du vent, le saliier pour luy conter quelques exploits de guerre par lay faits, il le trouva au milieu des dames, menant sa maistresse à la danse (je me mocque certes de moy quand j'appelle une simple damoisellc maistressf d'un Boy), lequel demandant à La Hire ce qu'il luy sembloit de ceste belle compagnie, il luy respondit d'une parole brusque et hardie, que jamais il ne s'estoit trouvé Roy qui perdist si joyeusement son Estât comme luy *. »
. 1. Le* diven propo* mémorable* de* nobles et iUutIrea homme* de la chresMalê, édition d'Anvers, 1551, in-lî, fol. 85. L'auleur dil, dans sa dédicace à Anlhoine do Pnl : « J'a; amassé du trésor de plusieurs vohimes te livre de divers propos des personnages illustres, m'asseurani qu'il s'j en pourra trouver parm;; qui n'ont eneores esté escrits ailleurs; lesquels toutcrois je n'ay desdaigné joindre avec les autres, pour les avoir entendus et appris par le récit de grands et prudens personnages apns aucluritf entre les tionunes de lettres et de réputation, t
8. Reckereha de la France, livre VI, cbap. [v. Paaquier a évidemment combiné le récit de CoiToiet arec le passage saivant de Du Haillin {De l'Ettat et tiuxn dm affairt* de fronce, Paris, 1570), reproduit en substance dans YHUloin d« Frtmee an mtme
ovGoot^lc
192 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 142'2-i9
EdGd un écrivain du commcncemeat (iu dix-septième siècle, autour d'une HLitoire manuscHle de la Pucelle d'Orléans, souveut citée, a reproduit cette m^me anecdote '.
Le dernier historien de Charles Vil, en rapportant la substance de cette historiette , constate qu'il n'a pu remoater à sa source «historique et autheullquc u au delà du seizième siècle; mais il ajoute que la tradition « ne s'accorde que trop avec les notions historiques les plus positives qui nous sont parvenues sur l'état moral où vés'était encore, à cette époque, ie roi de France ^ »
Sans nous arrêter pour l"instant à cette « belle A^nès » introduite ici en passant, et à laquelle nous reviendrons plus
lulcui' : 1 II ['sloil liomnic ijnianl ses plalsii's et <|ui n'apprehendoit pas k mal cl la nilnr de son royaume, ^'amusant i faire l'amour à ïa belle j^es, et It faire de beaux parterres cl jardins, ce pcndani i]ue les Anglojs, aven la eraye en la main, se poamienolent par fon roifaume (fol 68 r"). .
1. Il Bricf, le roy Charles VII estoii •'aisj d'une telle trisless« qu'on aroil bien de la peine à le consoler : et pour se divertir ayanl faicl un ballet, lj Hire s'estani trouvé i»)mDie il repetoil te ballet, le lloy demanda à ro rlievalier sons peur ce qui luy en eeniUolI. BapUsIa Egnatins et le rhancdier de l'Itospilal rarcoiuplent que lj Htrc disl qa'oD n'avojl jamais teu ni ouy parler qu'aucun prinrc |tcrd)sl si ipijrcnicnl son Estai que luy. Ce [|ul fui cauM' que le Rnj se i«si>)ul et pri«( à rieur ses alTaires un peu plus qu'auparavani, quoy que les Anglois pni^raserat de jour ii autre. • llâloirf de la Pueellr, Ms. It'. 10118 (anc. suppl. fr. VMlu fuL G. — J'ai cherché en vain, dans le Ut rjfmplû illutlriam rirorum de Hlalicn Egnniio <Venct., 1554, in-l°) et dans divers i<rrib dp rHospilal l'ancedott en question; mais il inipurlc peu de reiionler à la sniircc oi^ Itirhec aurait |>uis<( : l'aulurili^ de res deui auteurs serait ici coinpl^lcincnt nulle.
2. Vallet de Viriville, llitliùn <lr Ouatru Vil. i. Il, p. 3S. En ISTiO, dans l'atlidc Lv HnE de ta Soupt-Or. biographie généralf, le m^me auteur s'exprimait ainsi : a La fome de celte anecdote et les détails peuvent l'Ire aiiorryphes, mais le fond n'uRVe rien que de vraisemblable et de li'ès-eonfomic â ce que noits mk«k de Chàiles VII et de La H'ut. •. ~ Va sogacc histoiien (LevesqtK, La Franre ion* le* rimi premirri l'aloi», I. IV. p. 74} constatait pourtant, au xvin* silxie, que > ee rérit n'est |ias conlirmi! par les auteurs rontempunùns; e et, d^ le commencement dn \\n* sjklc, Scipion Dnplcix, dans son llisloirr j/êHéralt lïe t'raniv (Paiis, lGil-98r 3 ïol. in-M., t. I, p. 198), s'eipiiinail en ces termes : % Mais ce qui luy esioil ^diis dur, estotl le continuel mescontenleinent lie ses siibjets rentre luy ; et inosnie r^imme ineïprisant ses alTanTs, il s'adonnoit à ramour de la belle Agnes. Tadie qni llaistril cnrore k nom de Charles Vil en la commun^ créance du peuple francois, eon^istrée l'oiume certaine vi<rîlé ati\ HislorieDS de noslrc temps qui oui escrîl de ce règne. Connne c'est mon style de puiser an\ originaux, ei n'alléguer pour aulheur un nouvd escrirain, j"ay rerlwrché so^cusement ce qu'en ont iiiarqui' les aiu-iens. Alain Cbartier secrétaire du Roy <lisei Bcrry) n'en dit un seul mut, Monstrelct (c'est-i-dire son continuateur) n'en parle que par occasion sur la fin de son
r^e L'histoire de saini Denys Taile par l'historiographe de France l'excuse tout à fail
en ces termes... Quoy qu'il en soit, ce chapperon est demeuré sur la teste de Chailes, qu'il ne tenait compte de ses allures perdant le temps et le sens, après celte fËmme ei ses jardins. ■
ovGoot^lc
tard, cherchons si Charles VII a pu s'oublier de la sorte, duraot ses malheurs, dans les ballets et les fêtes', La pénurie des docaments historiques pour.cette époque rendra notre t&che difficile ; nous ne désespérons pas cependant de jeter quelque lumière sur ce problème.
Eu parlant des jojeux divertissements auxquels se livrait le jeune Boi, l'histoire a parlé aussi du dénuement auquel il se trouva réduit, sans s'apercevoir de la contradiction qui existe , .entre ces deux faits. Ou a vu que, pendant sa régence, Charles déployait un luxe vraiment royal. Mais les lourdes charges qui pesaient sur son trésor l'obligèrent enfln à modérer ses dépenses, et il en vint bientôt à tous les expédients pour se procurer les ressources nécessaires. En mars 1422, à la veille de son mariage, nous voyons le Dauphin empninter au ducd'Orléans les tapisseries de Blois*. Les fournisseurs de la Cour ne peuvent être soldés, et refusent de servir à crédit '. Le 24 juin 1422, Charles reconnaît devoir au chapitre de Boui^es, pour fourniture de poisson d'étang, plus de quatre mille livres parisis, qui ne furent payées qu'en 1440*. Le ly février 1423, il engage son grand diamant le miroir ', et d'autres joyaux
1. Hxai Taiiide Charles Vn, donné par lut en 1855 à la Nouvelle Mographle générale (I. IX, col. 835), M. Vallel s'exprinuil cd ces lenam : t Charles VII, sans ressort et sans énenpe, et bien que de plus en plus éprouvé par les coups répétés de Tinfortune, ptlut sous le deslin. FilUe, insouciant au bord du précipice, il passait sa vie de château ea cfajlteau, et de Jardin en jardin, ivre en même temps de frivolilés et réduit ù la détresse; conllant son srepire à une série inépuisable de parasites, de favoris, et son sort 1 ta nitalilé. >
2. Vallel de Viriville, t. I. p. 381, et dans la BibtMhiqm de l'École des charleii. l. Vin , p. 136.
3. En avril I4il, Pierre Enjorran, boucher de Bourges, suspendit sps roumilures. Archives, KK, 50, f. 6 v (voir e\lr, dans Chartier, t. m, p. 316).— Le 1" avril UÎ3, le Roi ordonne de pa^fer la somme de 3,300 livres pour être emptoifée « is prests qui ont esté ordonnés eslre raiz aui mardiaus servans fbostel dudil seigneur, tant de blez, vins, aveines, comme de boucbej'ic, pûollailleiie et autres choses nécessaires pour l'hoslel dudîs seigneur. * RK, 50, fol. 87 v°. — Le 8 janviei' U25, le Roi ordonne de pajer 1,000 I. à an mari^and d'Avignon auquel il devait 1.9U écus d'or pour draps d'or, soie et laine, et diverses étoffes, o voulans, dil-il, les bons raarchans frequentans nostre rojaume et par especial ceux qui volontiers et de bonne foy nous ont baillé leurs marchandises, estre conteniez et pajei entièremeni. • Fonlanieu, 113-tli.
*. Voir Arehives, RK, 50, fol. 87 v; cf. Rajnal, HUloire du Beny, 1. 111, part. i. p. 6, d'après les Archives du Cher.
5. Voir Catalogue Jounanvault, n° 779. — n Item a eu le grand diamant,.., lequel hii fut baillé depuis près de trois ans (à la lin de Hfi par conséquent) pour la somme de quatre mil escus, qu'il lli délivrer pour certains marchands en plu^eurs parties par le
ovGoot^lc
194 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1422^29
sont ainsi mis eu gage. Moyeanant ces expédients et l'abandon de certains domaines ou revenus, le président Louvet et d'autres courtisans fouraisseat le moyen de subvenir aux dépenses de l'État ' ; mais, d'uoe part les libéralités du prince, qui ne connaissent point des bornes nécessaires ' ; de l'autre, les dilapidations et les exigences de ses serviteurs, ajoutent encore à sa détresse.
Quelques faits montreront où en était réduit le trésor royal. En avril 1423, c'est un des queiîx (cuisiniers) du roi qui prête, la somme nécessaire pour un payement urgent'. Le 26 juin de la même année, Charles VII donne 60 livres à un de ses serviteurs, eu dédommagement de ce qu'il a longtemps exercé son ofOce sans recevoir de gages *; à la naissance du daupbin ■Louis (3 juillet 1423), on diffère pendant plusieurs mois le payement de quarante livres pour le rachat des vases d'aiv^ot qui ont servi au baptême '. Le 12 juin 1426, une ordonnance, en prononçant la révocation de tous dons et mandements précédemment accordés, supprime pendant un' an les gages de la plupart des officiers royaux '. Nous avons vu plus haut les habitants de Tours, voulant faire un don à la Reine, se préoccuper de ses besoins les plus ui^ents et lui faire un présent de linge'. L'année 1428 et les premiers mois de 1429 marquent le plus haut point de la pénurie du trésor. C'est le
commandenieiil et pour la D^cessilf el besoing du Ri>)i. > — i Au temps où ledit minûr et perte fureot IwUei. lil-on plus loin, la n^essilé esloit telle ea Tait d'ufent gue on n'j IrouTOit nul remède, et se railtail ajder de ce qui estoit pour subvenir te fait du Ro). > Réponse du président Louvet aui demanden tailcs an nom du Rot (16 aoOt U!5), dans Le Grand, vol. VI, r. 5-8.
1. On TOil par tes lettres du 5 juillet U3S el la réponse dn IG aoQI, que Louvet avait été un des principaux prêteurs,
9. Aui termes des lettres du Î8 fiivrier 1123, c'est pour donner de la vaisselle d'or et des joyiui à diverses personnes que le miroir est engagé. — Il faut faire remarquer que ces dons ne recevaient pas toujours d'eiéculion, et n'étaient soldas parfois qu'après deux ou trois ans et plus. Voir le P. Anselme, t. III, p. 817; Clairambauli, 136, p. SÎ65, et Ï05, p. 8179; Ms. fr, 20888, pièce 15.