U$ Vigilles du Rog Charles Ylf, t. I, p
6. Vallet de Virivillc, Hitloire de Charles VII. l. 11, \i- 30.
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196 HISTOIRE HE CHAULES Vil. 1422-29
courbé sous le poids de l'adversité, abaddoDiié de toiiB, en proie à un découragement dont rien ne le peut arracher, préférant la mort à une telle vie, abîmé dans la prière et dans les larmes '. Il ne cesse d'implorer le secours de Dieu, faisant faire des prières publiques et de solennelles processions pour fléchir la colère céleste *. Situation vraiment digne d'une respectueuse compassion, et qui a inspiré les lignes suivantes à im écrivain du seizième siècle, plus véridique que Pa^iquier et du Haillan : « Et ne se faut esbahir si Dieu eust pitié de ce pouvre Hoy affligé, auquel la grande vexation et tentation avait tellement enlevé l'espriten Dieu quese trouvant en ceste destresse, l'on le voyoit la nuit se lever de sonlict en chemise, et se mettre à genoux, priant Dieu les larmes aux yeux, recongnoissant . que le secours et ayde ne luy pouvoit venir d'ailleurs que du Dieu fort et du Seigneur des armées qui exalte les humbles et humilie les orgueilleux'. »
Loin de s'exposer à des reproches mérités de la part de La Hire, Charles, on l'a vu plus haut, ne pense qu'aux moyens d'empêcher Orléans desuecomber. Si le vaillant capitaine paraît alors à la Cour, c'est pour y entretenir le Boi des périls de la
t. « Sine spe adjuturii desperatus, oronj anulio, coDsilio et favore destitulus, pecunia eiuliu, servis suis belUgeris denudaïus, in corde niœrens, solus reliclus, inler ai^slUa positus, potius mari quam vJTerc desiderans, Ucriniabiliter loqucbatur, dicens Debili voce : Ad te levavt ocutoi meos, qui habitat in cœlit, it hvavi oculo* meoa in montei unde vtnial auxUium rnihi; ac eliam : Ad Dominum guutn Mbularer elamavi. « Religieni de Dumferlliig, /. e., p. 340.
i. Une Chronique de Tournai, écrite par an coDlemporain, el conservée dam la Bibliothèque de Bourgopie 1 Bruielles (n° 19684) , s'eiprime en ces termes sur l'état moral du Roi à ce momenl : i Dont le Roi estoit moult dolent (du progrès de l'enneiui); mais ce ne lui povoii aidier, à cause que le lieure oe estait point vcnuu eu taquele Dieu le estoil à mettre hors de opprobre el de misère. Et Tait h présumer et i croire que pour aulctms peschiés ou de princes ou de peuples, le ayde de Dieu Tut atlargée, le Roi toujours lui requerranl son avdc el soucconrs, el mandant souventesrois aux collèges des (^iscs caihedrali» de son royaulmc faire processions et exhorter le peuple >i euli amender el prier pour lui el son roiaulme, considérant el ramenant en sa mémoire que les pcfsecucions de guerre, mortalité et Taniine, sont vergues de Dieu à punir les enormitei du peuple on des princes, d (Heeueil det chroniques de Flandre, publié par le chanoine de Smet, t. m, p. 405.) Jouveael, dans son Epilrr aus Etal* de Bloà (juillet 1433), api'ès avoir rappelé les succès remportés depuis la délivrance d'Orléans, ^oule : « Ces choses sontelles venues par les vaillances et vertus des noUes, par les prières des gens d'église? Je CTOï que non. Uais Dieu l'a tiil, et a donné courage à petite compaignie de vvUans hommes ad ce entrepreodro el faire, à la requestc et prière du Roy. >
3. Gnillaunic Pandin, Annales de Botirgogne. Lyon. 1566, in-fol., p. 703.
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situatioD, et travailler de coQcert avec lui à la défense du dernier boulevard de la monarchie '.
11 faut donc reléguer le mot de La Hire parmi ces fables dont l'histoire sérieuse n'a point à tenir compte. Ne le séparons pas d'ailleurs des circonslances où on le place : c'est la a belle Agnès u que le Bol aurait ainsi mené à la danse, « oubliant par le moyen d'elle toutes les choses nécessaires à son Estât. i> Or, l'on sait maintenant à quoi s'en tenir sur la présence d'Agnès Soret à la cour en 1428 : nous démontrerons plus loin qu'elle n'y parut qu'en 1444.
8 3. Inertie.
U nous semble que le tableau que nous avons présenté plus haut de la situation générale durant les sept premières années du règne de Charles VU, et les détails qu'on vient de lire, nous dispensent de nous arrêter lon^ement au reproche d'indolence et d'inertie formulé contre le Roi. On a pu voir que, sans être dénué de fondement, ce reproche est exagéré, et qu'en tout cas il ne doit point peser uniquement sur la mémoire de Charles VII, Dans cette triste période de notre histoire, « tout le monde, » suivant l'expression pittoresque d'un écrivain du dix-septième siècle, « jouoit avec le Roy Charles VII au Roy dépouillé *. » Après Louvet, dont il a subi l'ascendant, et qui gouverne en maître de 1422 à 1425; après Richemont, qui lui a imposé si rudement son joug et qui dispose de tout pendani deux années
1. Voir le compte fort précicui, dëjl cilë, qui a pour lilrc : Le fait de FadvitatiUmeni el Mtoun lur les Angloli de la ville d'OrUeia. — la Hirc. od l'a vu, y est inenlitHin^ ï plusieurs reprises. En septembre U9S, on le voit se rendre d'Ori^fuis à Chînon près du Roi, el retourner à Orléans. « uù ledit seigneur l'eavoya pour l'ealreteiiement des gens d'ames ilec. > En novembre, il revient à Oiinon, ■ pour remonstrer au dit seigneur et Taire scavoir de Testât de Is dicte ville et d'aucunes places et forteresses d'enviroa, > et il repart avec des Tonds pour le paiemijnt des gens de guerre (pii devaient l'ire employés t k certaine entreprise secrète liiile par le dit La Hire ï rencontre des Anglois. u En mai-juin tii9, il reçoit, pour ses gages et ceu:i des gens de sa compagnie, ifiit t. 10 s. lournols. Compte des dipeniet laite* par Charles Vil pour secourir Orlian» pe$tdtml U àige de iiS8, puUié par M. J. Loiseleur. Orléans, Hertus'ion, 1868, gr. in-8< de
art p.
i. Guf AUad, Histoire généalogique des familles de Bonne, de Crequt, etc. (167S),
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est veau La Trémoilte qui, ca se substituant au connétable, n'a pas tardé à devenir le véritabl<" maître de la France, La Trémoille, après avoir habilement exploité le mécontementet les rancunes du Roi contre le connétable, »'cst imposé à lui ; il s'est rendu nécessaire eu alimentant le trésor royal : du mois de janvier au mois d'août 1428 , il avance des sommes s'élevaot À environ 27,000 livres, et pour lesquelles la châtelleniede Chinon lui est donnée en gage'. Que d'abus ne cachent pas des services aussi chèrement payés ! Sous le voile du dévouement à la chose publique ', le prêteur ne songe qu'à ses propres intérêts : « On a vu aucunes foys, dit Jean Jouveiiel dans son Êpître aux États de Bloîs, prester en ce royaume argent au Roy pour emploier à la chose publique, et que ceulx qui le prestoient y gagnoient le tiers ou le quart en trois ou quatre moys'. " La Trémoille était de ceux dont parle le prélat, « qui amoyent plus leur singulier proffit que Testât de la chose publique, » Charles Vil voyait le mal, mais il se contentait d'en gémir : « Si coognois l'entendemeat du Roy estrc tel, dit encore Jouveuel, que des faultes advenues de 'son temps il en a assez cognoissance,.. Et ne veutx point dire que ce soit la faulte du Roy, car en ma conscience je sçay qu'il a graat pitié de son povre peuple, et l'ay veu et sceu ; et estoit très dolent et desplaisant des manières qu'il véoît tenir à aucuns qui estoient à l'environ de luy, et souventes foys ordonnolt des
\. Lettres du 19 oc(oIh« 11Î8, auxquelles est joint le rAle des sommes nvanc^es pai' La Ti^moiUe (Archives du duc de la Trémoille), Par des lettres du mois d'aoùl, lo Roi avaK abandonné Chinon à La Trémoille, de l'ciprès consentemenl de la Iteinc ; mais La TrMoilk se souviol que Chinon Taisaii partie auparavant du douaire de la duchesse de Gufeone, d|iaase de ïticbemont : alitant le pri^teite iiue la Reine n'avut reçu aucun dédomniagenient, • et alin qu'on ne peust dire qu'il voulsist riens entrcpr^idre o;U préjudice d'elle, D il se Dl donner, par lettres du !9 octobre, la chatellenie de Lusignan. Les lettres sont contresignées par l'arcbev^ue de Reims, le comte de Venddme, les évoques de Sëez (Rouvres) et d'Orléans (Kirfcraichael), le sire de Trêves (Le Hacon), le vicomte de RMhechouart et le seigneur d'Argenton.
S. ( Lequel congnoissant et veani le granl besoing que en avions, et pour la grant afi^iion qu'il a eu el a au hien de nous et de nostrc seigneurie et à la deSense d'icelle— • Lettres du !9 octobre 1138. — La Trémoille, prêteur au Roi, empruntait de son cùtj : le 31 juin (129, à Loches, il reconnaît devoir 1,500 écus d'or i Robert Le Maçon et à Etienne Remari, dit Moreau, et s'engage à les leur rembourser dans le délai de sii ntois, Orig. BÎgné, Arclilves du duc de la Trémoille.
3, Us. ft', Î701. f. * V.
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choses dont riens ne se faisoit '. « La Trémoille avait en effet pris un tel ascendant que , selon l'expression d'un contemporain, personne n'osait même le contredire '. Mais il faut reconoattre que l'insouciance du Roi, son absence d'énergie, laissaien,t la porte ouverte à bien des abus : ce n'était plus le prince que nous avons vn, au début de sa régence, si ardent et si résolu. Le passage suivant des Remontrances sur la réforme du royaume adressées à Charles VII par Jean Jouvenel , montre bien le changement quh s'est opéré : « J'ay mémoire que l'evesque de Clermont, à l'issue de Paris, fut prins par un seigneur de ce royaume pour avoir argent ; mais vous mesmes en personne vous mistes eu chemin et le delivrastes '. Depuis fut prins par deux fois ; mEtis avant qu'il eschappast fakit qu'il baillast argent, sans ce que eu feissiés oncques diligence, ne feissiés faire *. » — «Ne ay-je pas veu, dit ailleurs le prélat dans les mêmes Remontrances, prendre vos chanceilliers diverses foys, c'est assavoir l'evesque de Clermont, le seigneur de Trêves ', tuer, prendre les plus prochains de vous? Ne oncques je n'ay sceu que justice en fut faicte. Oncques tirannies si horribles ne détestables ne furent faictes ou Royaume que ilz ont esté en votre temps; et tout s'en est aie par dissimulacions, abolissions et remissions. Et aucunes foys les plus coulpables aprez estoient au plus prez de vous ', » — «Vous savez, disait encore Jean Jouvenel à. Charles VII dans son ÈpUre aux États d'Orléans, que par phisieurs fois et en divers lieux de vostre royaume vous avez fait assembler voz trois estas avant votre sacre , par lesquelz vous ont esté moDstrées les tiraonies et oppressions cruelles que souflVoit vostre peuple, et promettiez de y mettre remède...; mais rien ne s'en faisoit. Et si levoit-on l'argent et estoit exposé en
Il CuusiDot, GnU des nobla , p. 401.
3. AUusioD lu siège d« Sully par le Uau|riiin, en lt<8. Lu Trémoille j icnait enferoié Martin Gouge. Voir ci-dessus, 1, 1, p. 119.
i. Ms. fr. S701, r. 109.
5. Allusion au m^mc fait efi l'cnlèveiticnt de Robert Le Maton, seigneur de TrèTe;i par les alSd^s de Giac.