DE ' PONTOISE
Charles VII quitte le Bourbonnais ; il se prépare à entrer en Normandie. — La situation de la Champagne Toblige à se diriger vers l'Est.— Ravages et courses incessantes des gens de guerre. — Le Roi à Troyes ; à Bar-su^r-Aube : Procès et exécution d'Alexandre bâtard de Bourbon ; à Langres, à Vaucouleurs : traité avec le seigneur de Commercy ; à Châlons: sentence arbitrale entre le roi René et le comte de Vaudemont. — Séjour à Laon : soumission du comte de Saint-Pol ; visite de la duchesse de Bourgc^ne ; ses requêtes ne sont point ac> cueillies ; mécontentement du duc Philippe. ~~ Le Roi continue sa campagne. — Prise de Creil. — Siège de Pontoise : Talbot ravitaille la ville ; expédition du duc d'York ; le Roi bat en retraite; danger qu'il court à Poissy; énergie qu'il déploie pour la poursuite des opérations ; il s'établit à ConQans et préside aux travaux du siège ; la place est emportée d'assaut. — Bravoure du Roi ; sa clémence ; récompenses données aux plus vaillants.
La Praguerie était terminée. Avant de quitter le Bourbonnais, le Roi pourvut à la sécurité de ses provinces méridionales. Dès le S juillet, le gouvernement du Languedoc, confié naguères (avril 1439) au Dauphin, avait été remis aux mains de Charles d'Anjou, comte du Maine'; Tanguy du Chastel, resté à Técart depuis de longues années dans sa châtellenie de Beaucaire, fut nommé lieutenant du comte du Maine, avec la charge de général-conseiller sur le fait des finances '. En
i. Nomination de Charles d'Anjou , comte du Maine et de Mortain, comme lieutenantgénéral et gouverneur en Languedoc et Guyenne au-delà de la Dordogne, avec vingtquatre mille livres de gages. Vidimus aux Archives, K 67, n« 25; texte publié par D. Vaissete, t. W, Preuves , col. 459.
î. Le 4 août 1440, par lettres données à Saint-Pourçain , le comte du Maine désignait Tanguy du Chastel comme son lieutenant (Ms. fr. 26067, n» 4130 ; cf. D. Vais-' sete, t. IV, p. 495; t. V, p. 2 et 5). — La nomination de Tanguy comme général des finances résulte des leltres de Charles VII du 15 décembre 1440 (Chartes royales ^ XV, n* 134). Tanguy avait conservé le titre de conseiller et chambellan, et, par lettres du 28 juillet 1428, une pension de mille livres par mois lui avait été octroyée (Cabinet des Utr«6, 684).
partant de Charlieu , d'où il avait envoyé prendre possession des villes que , sur divers points , le duc de Bourbon détenait encore*, le Roi se rendit à Saint-Pourçain. Les habitants de cette ville avaient participé à la rébellion ; le gouvernement de la cité leur fut enlevé et remis aux gens du Roi. Charles VII visita successivement Souvigny, Saint-Pierre-le-Moutier, où il installa une nouvelle garnison avec un capitaine désigné par lui, enfin La Charité, qu'il réduisit en son obéissance et où il mit bonne gardée Quand il fut assuré que son autorité était partout respectée, il prit le chemin du Bcrry. Le 26 août il était à Bourges. *
On se souvient que Charles VIJ avait convoqué dans cette ville une réunion plénière des États généraux , qui devait se tenir le 15 février. Le Roi y trouva encore un certain nombre de députés qui , conformément à ses instructions , étaient demeurés à leur poste, attendant sa venue. En outre, une grande assemblée du clergé , à laquelle devaient prendre part des ambassadeurs du Pape ot des pères de Bâle , avait été convoquée à Bourges pour statuer sur les affaires de TÉglise. Nous reviendrons plus loin sur ces réunions; bornons-nous à dire qu'elles retinrent le Roi pendant près d'un mois.
Il avait hâte,, pour tant, de reprendre la lutte contre les Anglais, et il avait convoqué ses gens do guerre à Orléans'. Profitant des troubles survenus dans le royaume, Tennemi avait assiégé Harfleur. Aussitôt arrivé à Orléans, Charles VII tint un cons^^il où fut arrêtée la marche des opérations. Une lettre, écrite à ce moment par Gaucourt*, nous donne à ce sujet d'intéressants détails : « Le Roy entretient son armée et meine avecques luy environ quatorze cens lances, sans ceulx de frontière, et en envoyé huit cens pour secourir Harefleu ; et vont à Ilaretleu La Hyre, Monseigneur de Penevessac (Pa-
1. (Volaient Loches en Touraine, Sancerre et Sainçoins en Berry, Corbeil et Brie- Comle-Robert dans nie-de-France.
?. Berry, p. 412.