Monslrelet, t. V, p
dû calmer les plaintes de la diplomatie bourguignonne. Oi\ c'est au contraire pendant ce temps qu'elle se plut à former comme un faisceau de tous ses griefs contre la Couronne. La ducheèse Isabelle fut,chargée d'en porter l'expression au Roi*.
Elle partit du Quesnoy le 9 avril, voyageant en litière, à cause de l'état de sa santé, et arriva le 11 à Laon*, accompagnée du damoiseau de Clèves, son neveu, de mademoiselle d'Étampes, sa nièce, dé la comtesse de Namur% et d'une brillante escorte. Le connétable se porta au-devant d'elle aune lieue de la ville et la conduisit au Roi, qui l'accueillit avec courtoisie. La duchesse prit son logis à l!abbaye de Saint- Martin.
Après la célébration de la fête da Pâques (16 avril), la conférence s'ouvrit. La duchesse traita d'abord la question de la paix entre la France et l'Angleterre ; elle parla ensuite de la situation faite au duc d'Orléans , que le Roi avait refusé de recevoir. Les points litigieux entre le duc de Bourgogne et la Couronne furçnt enfin abordés*. Parmi ces points figurait l'affaire de Montagu , occupé par des Bourguignons et des Picards qui refusaient de rendre cette place sans le congé du duc de Bourgogne : le Roi avait menacé d'y mettre le siège; l'évacuation fut enfin ordonnée. Une autre question paraît avoir été agitée à Laon : celle du mariage du comte du Maine avec Isabelle de Luxembourg, sœur du comte de Saint-Pol.
La duchesse présenta au Conseil un certain nombre de requêtes. Moastrelet nous apprend que fort peu furent agréées. Isabelle fut très froissée de ces refus : « Dont elle ne fut
1. Le 2G mars 1441, Michel Garnier, sccrdUirc, partait de TÉcluse avec des lettres closes de la duchesse pour le Roi. Le 31 mars suivant, Berlrandon de la Broquière fol envoyé par le duc au Dauphin, a pour aucunes matières secrètes, y» Archives du Nord, B 197â, f. 8« v«,et 1978, f. 81.
2. L'itinéraire de la duchesse est donné par Gachard, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, 1. 1, p. 81-82.
3. La comtesse de Namur était cette même Jeanne d'Harcourt que nous avons vu (t. I, p. 23G) figurer au mariage de Charles VII; elle mourut fort âgée en 1449.
4. Pendant ce temps le duc de Bourgogne envoya de nouveaux messages au Roi : le 5 avril, Michel Gamier partait de Mons, porteur de lettre^ closes, avec charge de rapporter la réponse; il fut renvoyé du Quesnoy vers le Roi et le connétable. — Le 16 avril, le doc envoyait du Quesnoy une lettre à sa femme. Archives du Nord, B 1972, f. 84 v<*, 85 et 103 V».
1441 l'expédition de Champagne. 175
poiQt bien contcnlc, dit Monstrelet, et appercut assés elerement, et aussi firent ceulx qui estoient avec elle, que les gouverneurs criceluy Roy n'ayoient mie bien agréable le duc de Bourgongne ne ses besongnes *. » Voyant que sa mission n'aboutirait pas et que le Roi et son entourage étaient décidés à ne point céder à ses instances, elle prit congé du Roi, en le remerciant, dit le chroniqueur, « de Thonneiir et bonne réception qu'il lui avoit faite. » — a Monseigneur, ajouta-t-elle, de '< toutes les requêtes que je vous ai faites, vous ne m'en avez « nulles octroyées ni accordées, ja soit-il que, selon mon avis, « elles fussent assez raisonnables. » — «Belle cousine, réponse dit le Roi assez courtoisement, il nous déplaît que autrement « ne se puisse faire. Car, selon ce que nous ti'ouvons, d'accord « avec notre Conseil auquel nous en avons parlé bien au « long, ces requêtes nous seraient moult préjudiciables à « accorder*. »
Isabelle n'insista pas. Elle fut reconduite par le connétable, qui l'escorta pendant quelque temps. En traversant le Cambrésis, les gens de la duchesse rencontrèrent des gens du Roi qui étaient allés fourrager en Hainaut et revenaient chargés de butin. Les poursuivre et les mettre en déroute fut pour les Bourguignons l'affaire d'un instant. Trois ou quatre Français furent tués; deux autres, faits prisonniers, eurent la tête tranchée, sans autre forme de procès '.
Ceci se passait au Quesnoy, où se trouvait alors le duc de Bourgogne, et ce prince semble n'avoir point été étranger à cet acte de violence. Furieux du résultat de l'entrevue de Laon et de ce que les seigneurs bourguignons , fort excités contre Charles VII, lui avaient rapporté des dispositions^ du Roi et de son entourage , Philippe tint conseil avec ses plus intimes familiers. La conclusion fut qu'il importait de veiller à sa propre sûreté et à celle de ses pays, et de bien garnir ceux-ci
i. Monstrelet, l. V, p. 468*409; Berry, p. 413;Gruel, p. 39!. Cf. Histoire de Bourgogne, t. IV, p. ^9.
t, Moosirelet, t. Vf, p. t.
3. /(/., tlfid., p. S-3; Vincbant, AnnalesduHainauiyi.Wyp. 183-84; Compte rendu de* iéûnees de la Commimon royale d'histoire, 4* série, t. VI, p. 339 et 4UO-401.
4 C'est ce que prétend Mooslrelet, l. Vi, p. 3.
de gens de guerre , car, à la première occasion , il devait s'attendre à ce qu'on lui fît quelque grief ou dommage *.
Dès lors, à la cour de Bourgogne comme à la cour de France, il y eut deux partis en présence : Tun disposé à pousser les choses à l'extrême et ne craignant pas d'en venir, s'il le fallait, à une rupture; l'autre, cherchant à calmer les susceptibilités, à pacifier les querelles, et préoccupé avant tout de maintenir les bons rapports et la concorde*.
Sans s'inquiéter des dispositions hostiles du duc de Bourgogne, Charles VU ne tarda pas à quitter Laon, pour poursuivre le cours de son expédition '.Il lui restait à soumettre les places occupées par l'ennemi au nord-est de Paris , afin d'assurer par là d'une manière définitive la sécurité de sa capitale. Il partit le 28 avril, après avoir pris en -Conseil une résolution importante, sur laquelle nous reviendrons, et se rendit à Cornpiègne en traversant Soissons et Noyon. Les habitants de Gompiègne lui avaient envoyé une députation pour le prier de ne pas quitter la contrée sans avoir pourvu à leur tranquillité. Le roi avait écouté « bénignement » les députés ; il avait promis de « mettre justice sus, comme il avoit fait au^pays de Champagne et ailleurs où il avoit esté ; » ajoutant même « que encores il avoit entencion de leur mieulx faire*. » Le Roi passa plusieurs jours à Gompiègne, occupé à recevoir les députations qui arrivaient de tous côtés '. De là il vint rejoindre ses capitaines, qui faisaient le siège de Greil, et prit aussitôt la direc-
1. Monstrelet, /. c. — Voir, sur ces préparatifs militaires, les comptes conservés aux Archives du Nord, B 197â, f. 85 et suiv. — Eu même temps Chasteaubelin le héraut fut dépéché en Angleterre <t pour aucunes choses secrètes. » Id., ihid., f. 97 v<>.