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Monstrelet, t. VI, p

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Glocester n^avait point paru ; on lui avait annoncé pour la fin d'avril la venue du duc d'York, et à la Saint- Jean le nouveau lieutenant-général n'était point arrivé. Le Conseil envoyait en Angleterre messages sur messages *. Il fit part successivement de la prise de Creil , « Tune des notables places et passages de France; » de l'intention où étaient les Français d'assiéger Pontoise ; de la marche de 1' « adversaire principal » et de son fîls, qui étaient devant la ville « à grande puissance de gens, merveilleusement fournis de toutes ordonnances et habillements de guerre. » En même temps , il se plaignait amèrement de l'abandon où il était laissé : « Nous sommes, disait-il, comme la nef gettée en la mer de divers vens, sans recteur, sans conduiseur, sans gouvernail, sans trep, sans voile, flottant, chancelant et voguant entre les ondes tempestueuses, loing de port de sçilut et de secours humain ^. » Tout ce qu'on pouvait faire, en attendant la venue du duc d'York, était d'envoyer Talbot au secours de la place assiégée. Mais Talbot eut beau invoquer la gravité des circonstances et donner des ordres au nom du roi, les capitaines anglais se montraient peu disposés à répondre à son appel.

Sans se laisser arrêter par cet isolement, et avec une indomptable énergie, Talbot s'occupa de former un convoi de vivres et de munitions'. Destiné d'abord à protéger Creil, ce convoi se trouva prêt quand on eut à marcher au secours de Pontoise. Le vaillant capitaine assigna Vernon comme rendez-vous à ses gens*, et ne tarda point à paraître à la tête de quatre mille com-

1. Le 13 mai, partait de Rouen Viliiers, poursuivant d'armes, chargé d'une lettre close du cardinal de Luxembourg pour Henri VI; il revint, retourna une seconde fois en Ânglet€iTe, et fut ainsi employé jusqu'au 18 aoûL Ms. fr. 26069, n» 4471.

2. Vo.rla curieuse lettre du conseil anglais à Henri VI, dans Stevenson, t. H, p. [603] et suiv.

3. Dès le 17 mai, Talbot s'occupait à réunir à Pont-de-l' Arche tout ce qui était nécessaire pour secourir Creil ; il élait donc en mesure de marcher sur Pontoise. {Quittances, 77, Ms. fr. 26068, n" 4346, 48, 51. Cf. 4294,95, 98, 345, 361. Montres, XU, n« 1520; Xm, n«« 1521-23; Ms. fr. 26467, n» 49.) — Un autre rendez-vous fut donné à Ponl- Audemcr, par lettres de Henri VI, à k louz Angluys et autres gens d'armes et de trait..., et à touz ct:uU qui nouvellement sont venuz d'Angleterre. » (Mandement du 27 mai, ms. Xr. 26472, n» 75).

4. Il était le 20 juin à Vernon, d'où il envoya le poursuivant Bonne Advcnture porter des lellres closes au cardinal de Luxembourg et aux membres du conseil. Ms. fr. 26068, n«4310.

battants. Logé à Ennery *, Talbot s'y reposa pendant deux nutts, et se présentia devant la bastille Saint-Martin, dont la construction était à peine achevée. Averti de son arrivée, le connétable avait fait disposer ses troupes pour l'attaque ; il était au moment de leur faire franchir le pont conduisant à la bastille , quand le Roi intervint. Si le connétable, lors de la Praguerie, s'était souvenu du roi Richard, cette fois Charles VII se souvint du roi Jean. A aucun prix il ne voulait livrer bataille aux Anglais : défense fut faite que personne ne bougeât*. 11 n'y eut donc que de légères escarmouches. Talbot, informé par les assiégés que l'accès de la place était libre vers l'ouest et estimant avec raison que les Français, groupés pour la plupart sur la rive opposée, n'auraient pas le temps d'intercepter sa marche, s'avança vers Pontoise. Protégé dans son mouvement tournant par deux mille archers, il n'eut point de peine à faire entrer un convoi de vivres. Puis il s'établit à un kilomètre de la ville et remplaça les gens de la garnison par quinze cents hommes sous les ordres de Scales et de Falconbridge. Satisfait d'avoir pu accomplir, sans coup férir, cette double opération, Talbot se retira daûs la nuit du 24 juin, et reprit le chemin de la Normandie '.

Pour empêcher le ravitaillement, il eût fallu pouvoir compléter l'investissement de la place à l'ouest et au nord. Charles VII en sentait l'importance et voulut tenter l'entreprise. Elle réussit tout d'abord ; mais on reconnut bien vite l'impossibilité de maintenir le blocus. La ligne d'investissement eût été d'une telle étendue, que, en cas d'attaque, on n'aiu*ait pu se porter secours d'un point à un autre. Le Roi se borna à faire construire, dans la forêt de Gompiègne, une grande bastille, qui devait être ^.menée par eau, et placée du

1. Monstrelet (t. VI, p. 10) dit: « Chevcrin, assés près dudit lieu de Pontoise, » et M. Doaet d*Ârcq met en note: « Ghauvry, arr. de Pontoise. v Mais Chauvry est un hameau de la commune de Montmorency, et il suffit de jeter les yeux sur une carte pour reconnaître rimpossibUité de cette identiGcalion. Nous voyons qu'il faut y substituer celle (TEnnery, qui est sur la rive droite de TOise, tout près de Pontoise.

2. « Et le Roy lui dit qu*il avoit conclu que point ne seroient combattus, et ainsi ne le furent point. » Gruel, p. 393.

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