Monstrelet, t. VT, p
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Mantes, soit entre Chartres et Verneuil, soit entre Sablé et Le Mans. Il ne pouvait fixer une date plus rapprochée, parce qu'il voulait être revenu de son voyage de Tartas, parce qu'il tenait à convoquer à la réunion, avec les princes du sang, les prélats, ûobles et gens notables de son royaume, et les représentants de la « nation de Normandie , » enfin parce qu'il voulait auparavant s'entendre avec les rois d'Espagne et d'Ecosse, ses alliés, afin d'agir de concert avec eux, conformément aux traités qui unissaient ces princes à la couronne.
Mais, dès à présent, le Roi voulait faire connaître son sentiment aux princes, bien assuré qu'ils ne voulaient que son honneur et le bien de sa Couronne. Faisant allusion aux paroles pronoopées par Tarchevêque d'York lors d§s conférences de Gravelines, le Roi déclarait que, pour rien au monde, il n'abandonnerait aux Anglais aucun territoire, si ce n'était pour le tenir en hommage, souveraineté et ressort de la Couronne, comme les autres vassaux de son royaume. Car il ne voulait pas que ce que ses prédécesseurs avaient accru par leur vaillance, leur « bon gouvernement » et l'assistance de leurs sujets, fût ainsi perdu. Le Roi ne pouvait croire, d'ailleurs, que les princes du sang et les vaillants et notables hommes de son royaume y pussent consentir, ni même le souffrir, au cas où il s'y résignerait, eu égard à la noblesse et à l'excellence de la Couronne et Maison de .France. Et pour que chacun pût connaître comment jusqu'ici le Roi avait rempli son devoir en poursuivant la conclusion de la paix, et qu'à l'avenir aucune charge ne lui pût être imputée, il faisait savoir aux princes que, pour qu'il en fût mémoire, il ordonnait d'enregistrer la présente réponse en sa Chambre des comptes.
Le Roi se refusait à écrire de nouveau au duc de Bretagne pour lui demander de se rendre à Nevers. Il ne lui semblait point, d'ailleurs, que ce fût chose raisonnable et convenable que les princes s'assemblassent, pour traiter des affaires du royaume, en son absence ou sans son commandement. Mais, à son retour du voyage de Tartas, il se proposait de les mander près de lui, pour avoir leur aide, conseil et secours, et mettre sur pied la plus nombreuse armée qu'il
pourrait, afin d'entrer en Normandie et de travailler ainsi, soit à une conclusion plus favorable de la paix, soit au recouvrement de sa seigneurie par les armes , avec l'aide de Dieu et appui des princes.
Relativement au fait de la justice , le Roi déclarait qu'il n'avait cessé de choisir les membres de son Parlement parmi les plus sages et les plus habiles ; à la requête du duc de Bourgogne, il avait nommé douze conseillers désignéspar ce prince; jamais il n'avait négligé de faire droit aux requêtes des autres princes, quand elles s'étaient produites en faveur de gens capables de remplir les offices de judicature ; il désirait de tout son pouvoir la bonne administration de la justice et l'abréviation des procès, sans partialité pour personne. Aucune plainte ne lui avait été adressée à cet égard ; néanmoins , il écrirait à son Parlement et à ses autres officiers , et leur ferait les plus expresses recommandations pour que bon droit et prompte justice fussent faits i toutes les parties.
En ce qui concernait les gens de guerre et les désordres dont ils s'étaient rendus coupables, le Roi avait toujours eu les pilleries en horreur ; il n'avait rien épargné pour les faire cesser. Mais ses efforts avaient été paralysés : on lui avait fait « plusieurs traverses » qui l'avaient empêché d'y donner provision. Il était d'ailleurs bien décidé à y porter remède et à chasser « toutes gens inutiles pour la guerre ; » il demandait aux princes de ne point donner asile à ceux qui enfreindraient ses ordonnances. '
Quant à la situation du royaume, le Roi était très déplaisant de la pauvreté de son peuple et voulait de tout son pouvoir le soulager. Déjà, l'année précédente, il s'était transporté en Champagne et y avait fait cesser les pilleries ; il en ferait de même dans les autres parties de son royaume, et ne cesserait d'agir jusqu'à ce que ce résultat ait été obtenu. On s'est plaint de l'excès des impôts : le Roi a plus ménagé les sujets des princes que les siens propres; quand ceux-ci ont eu deux tailles par an à payer, les premiers n'en ont eu qu'une à leur charge ; encore les princes ont-ils pris cette taille à leur profit, ou en ont-ils empêché en bonne partie le recouvrement.
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Aussi a-t-il fallu que le Roi se créât d'autres ressources que celles qui lui seraient venues des pays des princes , pour subvenir aux frais de la guerre et à ses autres dépenses. Quoi qu'on ait pu dire, les aides ont été imposées par les princes et avec leur consentement. Pour les tailles, le Roi a convoqué les priaces quand il Ta pu , ou les a avisés. Et pourtant , dans la situation critique où est son royaume, dont les ennemis occupent une grande partie et détruisent le surplus , le Roi aurait pu, de son autorité privée, lever des tailles, ce qui est interdit à tout autre sans son consentement. Point n'est besoin pour cela d'assembler les États, car ce n'est que charge et dépense pour le pauvre peuple, qui doit encore payer les frais de voyage des députés. Plusieurs seigneurs ont demandé qu'on cessât de faire de telles convocations , et ont consenti que des commissions pour lever les tailles fussent données par le Roi , selon son bon plaisir.
Le Roi ne s'était jamais occupé d'aucune matière importante sans en avoir donné connaissance aux princes, ou à la plupart d'entre eux; il ne comptait point procéder autrement, car il entendait les maintenir dans leurs prérogatives et dans leur autorité. Il comptait que les princes se conduiraient de même à son égard, aussi bien que leurs sujets, comme ils étaient ' tenus de le faire.
Quant aux membres de son Conseil, il les avait choisis parmi les plus notables du royaume , sans s'inquiéter des divisions qui avaient existé dans le passé , divisions qlill a tenu et qu'il tient pour oubliées.
Le Roi déclarait d'ailleurs prendre en très bon gré les remontrances des princes, convaincu qu'elles étaient faites en bonne intention.
Arrivant aux griefs particuliers de chacun , le Roi répondait article par article aux plaintes formulées.
Aucune terre n'a été enlevée au duc d'Orléans. Ce dont il se plaint a été fait au temps du feu Roi. Mais il peut être tranquille. Le Roi sait qu'il a été longtemps prisonnier, qu'il a beaucoup souffert; aussi peut-il compter sur l'assistance financière du Roi et du royaume ; que les princes en fiassent au-
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tant en ce qui concerne leurs terres et seigneuries, et lui prêtent pour cela leur concours.
Le duc d'Alençon a déjà été en partie désintéressé relativement à la prise de possession de Niort par le Roi, et ne tardera pas à l'être entièrement ; quant à sa lieutenance et à sa pension , lorsqu'il se conduira ainsi qu'il le doit faire , le Roi le traitera comme son parent et sujet, en se souvenant de la proximité du lignage et des services que lui et les siens ont rendus au Roi et au royaume. Si le Roi n'a pas toujours agi ainsi à son égard, la faute en est à lui.
Le duc de Bourbon a si bien été payé de sa pension, que, sur les quatorze mille quatre cents francs de la présente année, le Roi a donné Tordre de lui payer neuf mille francs , somme que ses gens n'ont point voulu recevoir à Bressuire, au mois de janvier dernier. Le Roi s'étonne donc qu'il puisse réclamer à ce sujet.
Le comte de Vendôme n'a point été mis hors de l'hôtel du Roi : c'est lui-même qui en est sorti ; quand il se conduira conformément à son devoir , le Roi fera ce qu'il appartiendra.
Le Roi veut bien continuer au comte de Nevers le paiement de sa pension , malgré les charges énormes imposées par la guerre; mais il n'entend point que le comte laisse ravager la Champagne par ses garnisons du Rethelois, et il espère avoir* prompte satisfaction au sujet de ces pilleries. En ce qui touche le grenier à sel d'Arcis- sur- Aube, la Chambre des comptes prononcera.
Le Roi ne doit rien au sire de la Trémoille. Il fera faire une enquête à la Chambre des comptes « pour savoir tout ce qu'il a eu de lui, contre raison, durant le temps qu'il a été, contre son gré , en sa compagnie , et depuis. » Il fera aussi examiner ce qu'il a eu et pris, « par voies obliques et induement, d des habitants de Limoges et d'autres lieux. Celte enquête faite , si le Roi lui doit quelque chose , il le fera payer. Quant à la pension de neuf mille francs qu'il réclame, les pensions ne sont point des héritages ; elles sont données à volonté , par la faveur du prince , à ceux qui les méritent. Le Roi s'est montré, sous ce rapport, autant quil l'a pu.
très libéral à l'égard des princes du sang et autres qui ont perdu leur fortune à son service, aussi bien qu'à l'égard de ceux qui se sont employés de leurs personnes aux grandes af* faires de l'État.
Le duc de Bourgogne donne à entendre que le traité d'Arras n'a point été exécuté dans certaines de ses clauses et même qu'en un grand nombre d'articles il a été violé. Le Roi a toujours désiré et voulu avoir avec le duc de Bourgogne paix, amour et bon accord. Pour cela, il n'a rien épargné, et s'est montré fidèle observateur du traité; il agira de même dans l'avenir. Pour mieux en favoriser l'accomplissement, il a bien voulu consentir au mariage de sa fille avec le comte de Charolais. Si quelque clause du traité n'a pas reçu encore son exécution, c'est que les grandes affaires qui ont absorbé le Roi ne lui ont point permis de le faire, ainsi qu'il l'eût voulu; mais il a l'intention d'y pourvoir au mieux et le plus promptement possible, de telle façon que le duc devra être content. Si des attentats directs au traité ont été commis , le Roir l'ignore. Il ne voudrait pas que la moindre infraction se produisît de, sa part. Il aurait bien , lui aussi , des plaintes à faire ; mais il s'en abstient pour le moment.
On a parlé des « roberies et graves oppressions ». dont les gens de guerre du Roi se seraient, à diverses reprises, rendus coupables à l'égard des pays du duc. Mais cela a été au mépris des défenses édictées par le Roi et à sa très grande déplaisance. Dès que les faits allégués ont été portés à sa connaissance , il a envoyé le connétable pour faire évacuer les contrées occupées, et cette évacuation a eu lieu à bref délai; car le Roi veut protéger les pays du duc autant et plus que les siens propres. On ne devrait point produire de semblables griefs, car, sous ce rapport , le Roi aurait , s'il le voulait , de justes motifs de plainte. Les gens d'armes du duc de Bourgogne n'ont-ils pas sans cesse passé et repassé sur les terres du Roi, en y faisant de. grands maux '/ Faut-U rappeler le secours donné au comte de.Vaudemont ? Et dernièrement» lors du voyage du, duc et.de la duchesse de Bourgogne , le pays de Langres et tous les environs n'ont-ils pas été dévastés et détruits, les jxens et officiers
du Roi .saisis et rançonnés pour de grosses sommes, sans que, malgré toutes les poursuites, aucune réparation ait été faite? N'a-t-on pas , par deux fois , fait abattre la place de Montagu appartenant à un sujet du Roi, pillé d'autres places, emprisonné les fils et les neveux de Jacques et d'Antoine de Chabannes, saisi deux jeunes filles en bas âge, confisqué ce qui appartenait à ces deux capitaines, alors employés au service du Roi? Le Roi demandait qu'une réparation immédiate fût faite à ce sujet.
Relativement au mariage du comte du Maine , le Roi déclarait que , puisqu'on ne voulait point donner les terres dont il avait été question , son beau-frère n'était pas disposé à traiter sans possessions territoriales.
Enfin , en réponse à une réclamation présentée au nom du duc de Bretagne , le Roi consentait à donner main levée de certains biens saisis, sans toutefois porter préjudice à un arrêt du Parlement rendu contre le duc, et « non obstant, disait-il, que, en Bretagne , on ne fait l'obéissance qu'on doit ni qu'on a fait du temps passé. »
Telle était cette réponse, « singulièrement habile, et d'autant plus accablante qu'elle était plus douce et plus modérée *. » La féodalité apanagère put constater qu'elle avait trouvé son maître. Durant leur séjour à la Cour, les ambassadeurs des princes purent être édifiés sur les dispositions du Roi et de son entourage. Si Charles VII avait obéi au sentiment des plus grands personnages de sa Maison et de son grand Conseil , il n'eût point usé de tels ménagements à l'égard des princes. Ce n'étaient, autour de lui, que rapports défavorables sur leurs agissements coupables, sur les démarches qu'ils faisaient pour attirer à leur parti les nobles, les gens d'église et le peuple, afin de réformer le gouvernement, et d'inaugurer un régime nouveau , au mépris de l'autorité royale , avec le concours des États généraux. Mais Charles VII se refusait à croire que les princes voulussent sérieusement attenter à la majesté royale ;