‹ Histoire de Charles VIIChapitre 135 sur 340 · Canat, p. AU · texte numérisé non relu

Canat, p. AU

*J- Lettre en date du 20 novembre, visée dans les Comptes. Archives du Nord, B 1972, f.l20.

•208 HISTOIRE Dp CHARLES VII. 1441

Le comte de Dunois avait été chargé de sonder le Roi relativement à rassemblée que les princes se proposaient de tenir*. Le duc de Bourgogne fut bientôt informé que le Roi n'y mettait point d'obstacle. Le duc d'Orléans revint le trouver à Rethel le 7 décembre,, en compagnie de Dunois. Il fut convenu que celui-ci retournerait en toute diligence vers le Roi, pour lui dire le w bon vouloir » des deux ducs « au bien de lui et de sa seigneurie, » et lui expliquer le motif du voyage du duc de Bourgogne ; Dunois devait en même temps faire connaître au Roi les dispositions favorables des deux princes au sujet du mariage de Charles d'Anjou avec Marie de Gueldres^ et lui annoncer que le duc de Gueldres y avait donné son consentement ^ En même temps un messager fut dépêché au duc de Bretagne pour le mettre au courant de la situation'.

Le duc d'Orléans était de retour à Blois le 14 décembre. Nous avons une lettre qu'il adressa ce jour-là au Roi. En lui transmettant les lettres qu'il avait reçues du duc de Bourgogne et du chancelier Rolin , il s'informait de son « bon plaisir. » Devait-il se rendre directement à La Charité ? Devait-il auparavant se rendre à la Cour? Le duc se déclarait prêt à suivre les

ordres qui lui seraient donnés *.

1 . Cela résulte des instnicUoDs données à Nevers par les princes à leui*s ambassadeurs, instructions publiées dans les Preuves de la Chronique âe Mathieu d'Escouchj, p. 59.

2. Instructions à Robert de Saveuses. Preuves de la Chronique de Mathieu d^Escouchtjy p. 35.

3. Chastcaubelin le héraut part de Rethel le 9 décembre pour porter des lettres closes au duc de Bretagne, « touchant certaines matières secrètes ; » il vacque durant cinquante jours. Archives du Nord, B 1975, f. 58 v<».

i. Voici le texte de cette lettre :

«c Mon très redoublé et souverain seigneur, je me recommande tousjours tant et si très humblement comme je puis à vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir, mon très redoubté seigneur, que Jehan d'Amancier m'a envoyées les lettres que beau frère de Bourgogne et son chancellier m*ont escriptes, lesquelles présentement je vous envoyé, affin que puissiez veoir le contenu dMcelles ; vous suppliant qu'il vous plaise me faire savoir bien au long comment vostre bon plaisir sera que je face, et se je tireray mon chemin droit à la Charité, ou se voulez que je passe par vous; et s'il est ainsi que je doye par vous passer, me faire savoir vers quel temps je me y trouveray; et on cas que vouldrez que je tiengne Taultre chemin, il vous plaise me mander vostre bon plaisir, et comment, en ensuivant icellui, me auray à gouverner. En moy tousjours mandant et conmiandant vos bons plaisirs et commandcmens, pour les accompln* de tout mon pouvoir, comme raison est et tenu y suis, à l'aide de Nostre Seigneur, qui, mon très redoubté et souverain <eigncur, vous ait en sa sainte garde et vous doint bonne vie et longue. Escripl ou

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Parti de Rethel le 9 décembre , le duc de Bourgogne arriva le 21 à Dijon ; il s'empressa d^envoyer des ambassadeurs au dac d'Orléans et au Bol. Déjà il ayait un ambassadeur accrédité près du Dauphin '.

Les ambassadeurs bourguignons étaient Jean Jouflâroy, doyen de Vei^, et Dreux , seigneur de Humières ; ils reçurent leurs instructions le 24 décembre. La première partie était relative an mariage du comte du Maine avec Marie de Gueldres et au voyage que le duc entreprenait dans ses pays de Bourgogne, afin de pourvoir à leur sûreté. Malgré les assurances données à Hesdin par le chancelier et Jean d'Aulon au sujet des incursions des gens de guerre , ceux-ci étaient entrés dans ses possessions, y avaient longtemps séjourné, et s'y étaient rendus coupables d'innombrables excès, « faisant tous explois de

guerre que mortels ennemis peuvent faire en pays de conqueste, » et proférant publiquement des paroles injurieuses contre le duc et ses gens , ce dont le duc était « très desplaisant, et non sans cause. » Le duc faisoit connaître ces faits au Roi, tant pour s'excuser de n'avoir point répondu plus tôt relativement à l'affaire du mariage , que pour l'informer de la vérité ; il n entendait d^ailleurs, pour le moment, faire aucune autre requêté ou poursuite , afin qu'on ne pût dire qu'il voulait par là empêcher ou ret^der le mariage projeté ; mais il se réservait, en temps et en lieu convenables, d'adresser au Roi de « plus amples remontrances ^ complaintes et doléances » sur les torts et griefs qui lui avaient été faits, en plusieurs et diverses manières, depuis le traité d'Arras, au mépris de ce traité^ espérant que bonnes et dues réparations lui en seraient faites ainsi qu'il appartenait.

La seconde partie des instructions avait trait à la mission des ambassadeurs près du duc d'Orléans. Ils devaient d'abord communiquer leurs instructions au duc , puis revenir près de

dustel de Blo», le xnn« jour de décembre. Vostre très hamble et très obéissant parent, snkipet et lervitevr, le doc d*0rleaas, etc. — Charles. -- Lebots. — A mon très redoobcé et soayeraiB seigneur monseigneur le Roy. v — Original, Ms. fr. 10238, f. 16. 1. Da {•' décembre au 19 mai, Louis de Maniraes (et non Mareme)^ ëcoyer tranchant dt due, fat employé dans une mission près du Dauphin. Ganat, l. c, p. 416; Archives du Nord, B 1975, f. 52 ▼•.

celui-ci , après avoir exposé au Roi ce dont ils avaient chai^^e , pour lui rendre compte du résultat de leur ambassade, et, conformément à ce qui avait été convenu à Rethel , rester près de sa personne, afin d'assister aux conférences qui se tiendraient entre le duc et les envoyas du Roi *.

Un chevaucheur accompagnait les ambassadeurs, avec mission de tenir le duc de Bourgogne au courant des incidents qui pourraient se produire *. '

Charles VII était alors à Saumur. C'est là que le comte de Dunois était venu' le sonder relativement aux projets des deux ducs. Il semblait utile à ces princes, avait-il dit, de s'entretenir avec le Roi tant au sujet du mariage du comte du Maine que d'autres affaires touchant le bien du Roi et de sa seigneurie *, Le Roi mit l'affaire en délibération dans ^on Conseil, et ne tarda pas à donner une réponse favorable. Peu après il envoya son chancelier et Louis de Beaumont au duc d'Orléans pour confirmer ce qu'il avait dit à Dunois sur le « bon vouloir » doQt il était animé et sur son désir de voir s'accomplir le mariage projeté. Les deux ambassadeurs devaient en même temps faire savoir au duc d'Orléans que le Roi avait pris envers le seigneur d'Albret l'engagement de se présenter en armes devant la ville de Tartas, conformément à la capitulation faite avec les Anglais, et que le jour fixé était le 1^ mai. Le Roi ne pouvait séjourner longuement dans ses provinces du centre, car, pour rien au liiODde, il ne voulait manquer à tenir la « journée » de Tartas; il était donc nécessaire que le duc de Bourgogne avançât sa venue , et que le duc d'Orléans donnât à cet égard une prompte réponse au Roi. Aussitôt avisé,

1 . Noas avons publié le texte de ces instructions dans les Preuves de notre édition de Mathieu d*Escouchy, p. 29-35.

2. Ce clievaucheur, nommé Jean Coq, fut employé à cette mission pendant quarante jours commençant le 24 décembre. Les deux ambassadeurs partirent ce même jour et revinrent près du duc le 29 janvier. Archives du Nord, B 1975, f. 52 et 59 r>.

3. Le 24 décembre 1441 , le comte de Dunois donnait quittance de 100 écus d*or, i lui payés pour avoir été , par ordre du duc d'Orléans , trouver le Roi à Saumur. Original, Catalogue Joursanvault, n* 142 bis; Catalogue Lebefy n« 5696 (t. III, p. 129), actoèl* lement à la Bibliothèque de Rouen.

4. Documents reproduits dans les Preuves de la Chronique de Mathieu d^EsGOUtkif^ p. 35 et 38.

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celui-ci se rendrait à Bourges , pour être à proximité du lieu où se réuniraient les princes.

Dès que le duc d'Orléans eut reçu la réponse du Roi , il envoya des messages dans toutes les directions : au Roi pour le prier d^écrire au duc de Bretagne afin qu'il hâtât sa venue; au duc de Bretagne pour le presser de se mettre en route ; au duc de Bourgogne pour Tinformer de la communication du Roi et le prier de se trouver le 28 janvier à Nevers. Enfin, tout en chargeant Philippe de prévenir le duc de Bourbon, il lui adressa directement une convocation.

Robert de Saveuses , que Charles d'Orléans députait au duc Philippe , avait charge de lui faire savoir que son maître arriverait lui-même à Nevers le 28 janvier, en compagnie du duc d'Alençon et du comte de Vendôme, et qu'il amènerait avec lui le chancelier de France et Louis de Beaumont ; il devait en même temps le prévenir que , en présence des bonnes dispositions dont le Roi faisait preuve , il avait paru préférable de ne point donner suite à la mission dont le doyen de Vergy et le seigneur de Humières avaient été investis : ceux-ci allaient donc revenir, en la compagnie du duc d'Orléans , sans s'être rendus à la Cour*.

Charles VII venait de quitter Saumur quand il reçut le message du duc d'Orléans lui annonçant que la réunion des princes était fixée au 28 janvier et lui demandant d'écrire au duc de Bretagne. Déjà il avait prévenu celui-ci par un de ses écuyers, Roland de Carné , alors en mission à la Cour. De Bressuire, où il se trouvait le 19 janvier, Charles VII envoya au duc une nouvelle lettre pour le presser de venir, ou tout au moins de se faire représenter, soit par son fils , le comte de Montfort, muni de ses pleins pouvoirs , soit par les plus notables d'entre ses conseillers. Le sire de Gaucourt fut chargé de porter cette lettre et de remettre en même temps au duc un sauf- conduit*.

i. lostrncCimis à Robert de Saveuses, /. c, p. 37.

2. Le texte de la lettre a été donné dans les Preuves de la Chronique de MaUtieu fEtoouchy, p. 3S-40. On remarquera le passage suivant : « Et pour ce que bien vouldrioDs et desirons raceompUssement dudit mariage et que volentiers vous verrions tous ensemble, serions bien joyeux, se possible vous estoit, que venissiez par devers nous BOUS accompaigner à leur dicte venue. >

Le duc de Bretagne, n'étant point instruit du changement survenu dans les projets des princes , fut très surpris à la réception de la missive royale. Au lieu de répondre à Tiavitation du Roi et de se mettre en route , il écrivit (27 janvier) au duc d'Orléans pour lui faire part de ses perplexités : a Je ne puis aucunement connaître, disait- il, l'intention de monseigneur le Roi sur notre assemblée; mais il me semble qu'il y a mutation de termes et autre latin ^ comme par ses lettres vous pourrez le voir à plein. » Il se tenait, d'ailleurs, prêt à partir, et déclarait qu'il ne ferait rien sans le concours des princes, priant qu'on agît de même à son égard K

Cependant le duo de Bourgogne, après avoir séjourné à Dijon du 4 au 24 janvier *, arriva à Nevers à la date indiquée *. Le lendemain 29 , Jean Jouflfroy et Dreux de Humières lui présen^ tèrent leur rapport *. Bientôt furent réunis , autour du duc , le duc et la duchesse d'Orléans *, le duc et l\ duchesse de Bourbon, le duc d'Alençon, le comte de Vendôme, le comte d'Eu, le comte de Nevers et le comte de Montfort. Le Roi était représenté par deux ambassadeurs, le chancelier Regnault de Chartres et Louis de Beaumont, seigneur de Valons.

Les conférences ne tardèrent point à s'ouvrir. Les ambassadeurs déclarèrent tout d'abord que le Roi était satisfait de la réunion des princes et qu'il avait écrit au duc de Bretagne pour que ce prince se joignît à eux ; ils parlèrent ensuite du mariage du comte du Maine avec mademoiselle de Gueldres et des résultats favorables que ce mariage devait avoir pour tout

i. Preuves de la Chronique de Mathieu d^Escouchy, p. 4041.

2. Itinéraire, dans Canal, p. 491. — Le 22 janvier, le doc fit partir an cheYaucheur, avec des lettres closes pour le duc de Savoie , « touchant certaines matières secrètes. > Archives du Nord, B 1975, f. 60 v«.

3. Le 28, avant de quitter Decize pour se rendre à Nevers, le duc envoya an cfcevaacbeiir porter des lettres closes au duc de Bourbon, c touchans la venue de mondit seigneur i Nevers, en luy signiHiant le petit logiz estant audit lieu pour la proucbaine assemblée qui y devoit estre. » Archives du Nord, B 1975, f. 61 .

4. Le 29, le duc envoya son huissier d'armes, Jean Vignier, au sire de la Trémoille, c quelque part qu'il soit, touchans aucunes choses secrètes. » Archives du Nord, 1975, f. 61 vo.

5. Le 30, le due envoya Jean Coq, chevaucheur de Técurie, à Pontenay et «Heurs, « pour rapporter nouvelles certaines de la venee de raonseigneur d'Orlem à Nevm. i Id,, ibid.

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le royaume ; ils annoncèrent que le Roi devait se rendre en personne à Tarte^s, afin de tenir la « journée » fixée au l^^* mai, et que, dans ce but, il partirait, en compagnie du Dauphin, dans les premiers jours de mars; que toutefois, s'il voyait les choses en bon train, il viendrait volontiers s'installer à Bourges, à proximité des princes; mais qu'il faudrait que ce pût être à bref délai , de façon à ne point retarder son voyage , auquel rien ne le ferait manquer.

Les princes demandèrent alors aux ambassadeurs de leur faire connaître quels étaient les désirs du Roi et du comte du Maine relativement au mariage projeté , et de s'expliquer sur ce qu'ils avaient voulu dire en parlant des biens qui devaient en résulter pour le royaume.

Les ambassadeurs firent connaître les bases sur lesquelles ils avaient mission de traiter : \^ un million deux cent mille ridders devraient être payés comptant ; 2® sur les quatre cent mille écus d'or formant le montant du rachat des villes de la Somme , conformément au traité d'Arras , cent mille écus d'or seraient déduits, du consentement du duc de Bourgogne, « pour convertir en l'avancement du mariage; » 3® le duc de Bourgogne abandonnerait ce dont le roi de Sicile lui était encore redevable sur ses pays de Bar et de Lorraine , en vertu du traité passé pour sa libération, savoir en principal une somme d'environ quatre-vingt-six mille écus; 4^ enfin les comtés d'Âuxerre et de Gien-sur-Loire seraient donnés au comte du Maine.

Les princes s'étant récriés sur l'exagération de telles demandes, les ambassadeurs réduisirent finalement leurs prétentions à une somme de cent mille ridders et à Tabandon des comtés d'Auxerre et de Gien.

Quant aux « grands biens » qui, selon eux, devaient résulter du mariage, les ambassadeurs déclarèrent qu'il s'en suivrait « l'amitié et appaisement des seigneurs du sang royal l'un avec l'autre , et leur réunion avec le Roi, » sans vouloir entrer dans plus d'explications sur les « autres grands biens » qui vraisemblablement découleraient de cette alliance.

Après avoir entendu l'exposé des ambassadeurs et les explî-

cations fournies par eux, les princes firent donner leur réponse.

Sur le premier point, savoir rassemblée qu'ils tenaient à Nevers, les princes déclaraient qu'ils étaient si proches parents du Roi, que ses intérêts les touchaient de si près, qu'il leur était bien permis de se réunir « et d'être et convenir ensemble » quand bon leur semblait , tant pour le bien du Boi et de la chose publique que pour ce qui les concernait personnellement ; que toutefois , puisque le Roi se déclarait content de leur assemblée, ils en étaient joyeux et satisfaits.

Sur le second point, relatif au mariage projeté, les princes déclaraient voir ce mariage d'un œil favorable. Les convenances y étaient en ce qui touchait aux personnes; mais les demandes produites leur semblaient excessives. Madame Catherine de France, mariée à monseigneur de Gharolais, n^en avait point eu autant ; de même feu mademoiselle Catherine de Bourgogne qui, mariée au roi Louis de Sicile, frère àlné de monsei- i gneur Charles et chef de l'hôtel d'Anjou , n'avait point apporté de terre en dot ; de même madame la princesse de Yiane et i madame la duchesse d'Orléans, nièces de monseigneur de Bourgogne, et pourtant si hautement mariées. D'ailleurs les comtés de Gien et d'Auxerre appartenaient à monseigneur le comte d'Étampes, le premier par héritage, le second par don et transport, et l'on ne pouvait en disposer sans son consentement. Au surplus, si monseigneur de Bourgogne avait trouvé son neveu le duc de Gueldres bien disposé à cette alliance, il ne savait point encore d'une manière formelle à quoi s'en tenir à cet égard, et il ignorait ce qu'il voudrait donner en mariage à sa fille.

Les princes déclaraient en outre que le duc de Bretagne n'étant point encore arrivé, ils ne voulaient, sur cette matière comme sur toute autre, rien conclure sans sa participation.

Les termes un peu vagues dont s'étaient servis les ambassadeurs de France donnèrent lieu à des critiques assez vives. Il était pourtant expédient, voire même nécessaire, disait-on, de s'expliquer et de faire connaître « la bonne volonté et disposition du Roi » d'une façon plus nette. On ajoutait que, quand le duc de Bretagne serait présent, les princes en conféreraient avec

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lui, et que tous ensemble aviseraient « à ce que leur sembleroit à déclarer et à dire , remonstrer, conseiller et requérir au Roy, pour le bien de luy et de son royaume, » et qu'ils lui notifieraient leurs résolutions en même temps que la réponse relative au mariage , afin que toutes choses fussent réglées à la fois.

Les princes soulevèrent ensuite la question de la paix générale. L'époque déterminée pour la tenue d'une conférence approchait. Ne voulant point, d'une part, qu'un bienfait si important que celui de la paix fût retardé, dissimulé ou mis en oubli; jaloux, d'autre part, de témoigner du « grand désir et affection » qu'ils avaient au bien du Roi et de sa seigneurie , et voulant dégager leur responsabilité, les princes firent à ce siget aux ambassadeurs une communication spéciale.

Ils insistaient sur ce qui avait été tenté en vue de la paix , sur les difficultés soulevées au sujet du lieu de réunion des conférences, que le roi d'Angleterre n'avait point consenti à changer; ils demandaient que leurs remontrances fussent transmises au Roi, en lui faisant observer que ce serait grande pitié qu'un si grand bien que la conclusion de la paix fût compromis par un dissentiment de si minime importance, et en réclamant une solution avant qu'il ne prît le chemin de Tartas.

Les ambassadeurs furent vivement interpellés sur plusieurs points. Les princes « se donnoient grant merveille » de ce que le Roi avait écrit au duc de Bretagne de se rendre « par devers lui, 2> bien que les ambassadeurs leur eussent affirmé que le Roi avait consenti à la venue de ce prince à Nevers et lui avait envoyé le seigneur de Gaucourt pour lui faire connaître son assentiment. Us se plaignaient de la « novelleté » dont le duc d'Alençon avait été victime : on lui avait, sans le prévenir, enlevé la ville de Niort , qu'il tenait en gage pour vingt-deux mille cinq cents écus par lui prêtés au Roi, et cela sans lui rendre son argent et au mépris de l'engagement de ne rien faire au préjudice des princes pendant leur assemblée.

En conclusion, les princes chargeaient le chancelier et Louis de Beaumont de communiquer au Roi leurs demandes et récla-

mations, en le priant de vouloir bien y faire droit, et tout d'abord d'écrire au duo de Bretagne pour lui mander de venir à Nevers , et de faire au duc d'AIençon remise de la ville de Niort ou restitution des sommes avancées.

Il fut décidé que , « pour savoir le bon plaisir du Roi , » le comte de Dunois retournerait près de lui, en compagnie de ses ambassadeurs.

Dunois avait pour instructions de faire connaître en détail toutes les observations échangées entre les princes et les ambassadeurs. Il devait insister sur l'urgence d'une solution relativement aux deux points concernant les ducs de Bretagne et d'Alençon, afin que les princes, s'étant concertés, pussent envoyer vers le Roi soit à Bourges, soit ailleurs, pour traiter la question du mariage et les autres matières touchant si grandement au bien du Roi et du royaume K

Le Roi fit donner réponse au comte de Dunois par son chancelier. S'il avait mis Niort en sa main, c'était à cause des intelligences que les habitants entretenaient avec les places anglaises situées au-delà de la Charente et pour remédier aux graves inconvénients qui pouvaient en résulter pendant son voyage de Guyenne. Au surplus le Roi, très au regret de ' ne pouvoir faire mieux pour le moment, donnerait satisfaction au duc d'Alençon de la manière suivante : six mille écus lui seraient comptés immédiatement à Bourges; avant le 15 août, il recevrait, soit à Angers, soit à Tours, dix mille écus , et le reste lui serait payé à la Toussaint , avec les arrérages depuis la prise de possession.

Quant à sa lettre au duc de Bretagne , le Roi l'avait écrite <c en toute bonne intention, » et dans la forme qui lui avait paru la plus pressante ; de plus , Gaucourt avait , de vive voix , dit au duc que le Roi le priait très instamment de se rendre à La Charité ou à Nevers auprès des princes. Le Roi désirait fort la venue du duc; elle lui semblait nécessaire; mais quant à le mander présentement , cela ne lui paraissait pas convenable.

i. Instructions données par les princes au bâtard d*0rléans. Preuves de la Chnmtqut de Mathieu d^Béeouchy, p. il-i3.

Au surplus , le temps ne le peraiettait pas : le duc , étant en Basse-Bretagne, ne pouvait se trouver à Nevers avant la fin de mars ou la mi-*avril. Or, le Roi s'était engagé à être devant Tartas le 1®^ mai, et rien au monde ne le ferait manquer à raccomplissement de sa promesse. Bi donc sa venue à Bourges semblait nécessaire aux princes, il convenait qu'il en fût informé à Poitiers avant le 10 février, afin de se trouver le 20 à Bourges et de pouvoir , vers le \'^ mars , prendre le chemin de la Guyenne.

Le Roi , d'ailleurs , avait pu constater, par le rapport de ses ambassadeurs, que, tant que le duc de Bretagne serait absent, les princes n'étaient point très désireux de le voir se transporter & Bourges. Aussi était-il décidé à prendre son chemin vers le midi « le plus droit qu'il pourrait. » Il n'entreprenait ce voyage que par le motif indiqué à l'avance et qui touchait si grandement à son honneur et au bien du royaume; les princes pouvaient être persuadés que, s'Âl lui avait été possible de l'ajourner, il l'eût fait volontiers et se fût rendu à Bourges, « pour entendre et besogner à toutes choses dont il eût été conseillé par les princes, à son bien et au bien du royaume , par toutes voies à lui possibles et raisonnables. »

Le Roi faisait savoir que son intention était , dès qu'il serait revenu de la journée de Tartas, de se rendre dans ses provinces du centre, à Bourges ou ailleurs; en attendant, il était enchanté de voir les princes, et tous ceux qui voudraient se joindre à eux , s'assembler à Nevers ou ailleurs ; une fois de retour, il écrirait volontiers au duc de Bretagne d'y venir, car il désirait fort la venue du duc et estimait que sa présence était nécessaire. Et si tous les princes, ou quelques-uns d'entre eux , voulaient venir le trouver, il les recevrait très volontiers et de cœur joyeux , en tout honneur et bonne chère , et écouterait <c débonnairement » les conseils qu'ils voudraient lui donner par l'oi^ane de leurs ambassadeurs. « En quoy, » lit-on dans le texte de la réponse , « il veult user et faire tout ce qui lui sera possible et de raison, comme il doit, et tellement que Dieu et tout le monde pourra connaître qu'il est enclin à

vouloir tout bien, et ce qui sera à Thonneur et bien de son royaume et de sa couronne. »

Le Roi priait les princes d'avoir, en son absence, ses pays, serviteurs et sujets pour recommandés , tant au sujet de la résistance à opposer à Tennemi que des entreprises qui pourraient être faites par d'autres, car il avait en eux parfaite confiance.

Le dernier point traité était la question de la paix avec FÂngleterre. Le Roi avait toujours été disposé à s'en occuper par toutes voies licites et convenables ; il exposait les motifs pour lesquels il ne lui semblait pas possible de poursuivre les négociations, et demandait qu'au moins la conférence projetée fût reculée du 1®' mai au l*' septembre ou au 1«' octobre. D'ici là le Roi serait de retour, il aurait pu voir les princes, s'entendre avec, eux ou avec leurs ambassadeurs , et prendre un parti.

Joignant les actes aux paroles , le Roi prit immédiatement le chemin du midi : le 4 février il était à Saint-Jean-d'Angely ; le 10 , il s'installait à Saintes.

On peut deviner avec quels sentiments les princes accueillirent les déclarations royales. Le premier mouvement fut sans doute celui de la colère : comme son père à Montereau , le duc Philippe dut porter la main à la poignée de son épée. Mais Charles VU n'était plus le faible roi de Bourges , contre lequel une coalition était chose facile. Les princes continuèrent à récriminer ; ils n'osèrent point agir.

Le sire de Gaucourt, porteur d'une lettre du Roi, était venu à Nevers en compagnie du comte de Dunois. Les princes lui remirent un nouveau mémoire. Ils insistaient sur la tenue d'une conférence avec les Anglais, à la date du 1«' mai, entre Calais et Gravelines , si l'on ne pouvait obtenir une prolongation , — prolongation que , d'ailleurs , le duc d'Orléans et la duchesse de Bourgogne ne demanderaient qu'au cas où il n'y aurait pas mutation de lieu ; ils demandaient qu'avant de partir pour Tartas le Roi laissât des pouvoirs pour les ducs d'Orléans et de Bretagne , la duchesse de Bourgogne et tels autres seigneurs de son sang et de son Conseil qu'il voudrait dé-

signer. Les princes témoignaient , en outre , leur vif déplaisir du procédé dont le Roi usait à l'égard du duc d'Alençon.

Tandis que Gaucourt retournait vers le Roi, le duc de Bourgogne faisait partir (14 février) Jean de Vauldrey, pour demander au duc de Bretagne de joindre ses ambassadeurs à ceux que les princes se proposaient d'envoyer au Roi *. Quelques jours après (24 février), il lui écrivit de nouveau*.

Un mois fut employé , au milieu des fêtes et des divertissements inséparables de toute réunion princière', à dresser la longue liste des remontrances et des griefs des princes. C'est à la date du 12 mars que, la rédaction étant achevée, une ambassade^ fut chargée d'aller présenter au Roi le mémoire rédigé à Nevers •.

Les princes faisaient d'abord l'historique de ce qui s'était passé depuis l'ouverture de leur assemblée , en rappelant l'exposé présenté au nom du Roi par le chancelier et Louis de Beaumont, les réponses faites à cet exposé, la mission donnée au comte de Dunois, les déclarations rapportées par le comte et par Gaucourt; ils reproduisaient les observations que ce dernier avait été chargé de transmettre , et insistaient de nouveau sur le grave préjudice causé au duc d'Alençon.

Les princes abordaient ensuite l'appréciation de la situation générale du royaume.

Il n'y a point de justice, et il est urgent que le Roi apporte

1. Jean de Vauldrey, ëcuyer tranchant du duc, partit de Nevers le 14 février et revint près de son maître le 4 avril. Archives du Nord, B 1975, f. 54. Cf. Canat, p. 416, et Preuves de la Chronique de Mathieu d'Eseouchy, p. 90.

2. Deuxième compte de Pierre BladeUn, dans Canat, L c. — Le 18 février, il avait été question d*envoyer le doyen de Verg^ et Dreux de Humières au Roi, c pour certaines grandes affaires secrètes. » Il est probable que le duc ayant été avisé à ce moment du départ du Roi, retarda le départ de Tambassade.

3. c Et y fit on moult grant feste, joustes, banquetz et divers festimens les ungs avec les aultres. » Olivier de la Marche, t. I, p. 250.

4. Cette ambassade se composait de Jean JouAboy et de Dreux de Humières. Ils partirent le 12 mars, accompagnés de Fuzil le poursuivant et de Ghasteaubelin le héraut; celui-d avait charge de revenir aussitôt que les ambassadeurs seraient arrivés à destination ; les deux ambassadeurs furent employés à cette mission jusqu'au 25 mai. Archives duNord,B1975, f. 52et63.

5. Ce mémoire porte la date du 9 mars. Archives de la Côte-d'Or, B 11905. — Je Tai publié en 1864, d'après une minute conservée à la Bibliothèque nationale (Collection de Bourgogne, 91), dans les Preuves de la Chronique de Mathieu d'Escouchy, p. 52-91.

un remède à cet état de choses , en faisant bonne et vraie justice et en réprimant les ai)us.

Les désordres des gens de guerre sont arrivés & un tel point qu*au temps passé on ne vit jamais rien de semblable; il semble que le royaume soit une seigneurie abandonnée et que chacun y ait loi de mal faire ; à tout prix , il faut couper court à ces désordres. Une organisation méthodique, une solde régulièrement payée , voilà le remède : on devra licencier ou punir ceux qui ne voudront point se soumettre.

Les impôts sont ruineux : les sujets du Roi souffrent tellement que le royaume demeure en grande partie inhabité et qu'il deviendrait un désert si Ton n*y mettait un prompt remède. Les tailles sont imposées sans le concours des Etats, ainsi que cela devrait être et que les prédécesseurs du Roi avaient coutume de le faire. Le Roi doit cesser de pressurer ainsi ses sujets ; il ne doit point exiger d'eux plus qu'ils ne peuvent donner.

Le Roi devrait appeler les princes du sang à participer aux grandes affaires de son royaume, comme ses prédécesseurs Tout toujours fait ; il sera donc requis de les convoquer désormais , et, en cela comme en autre chose, de leur attribuer l'autorité et les prérogatives auxquelles ils ont droit. Le Roi sera également requis de choisir, pour Texpédition des affaires, des gens notables , craignant Dieu et bien renommés de prud'homie , sages , experts , et étrangers aux divisions qui ont régné dans le royaume; on lui demandera, en outre, d'avoir ces conseillers en nombre suffisant, sans laisser la direction des affaires à un , deux ou trois seulement , comme cela a été fait plusieurs fois., et de s'appuyer principalement sur les princes et seigneurs de son sang, pour tout régler, de concert avec eux, au bien de son royaume.

En faisant ces remontrances , les princes sont mus par l'amour naturel qu'ils portent au Roi, par l'obligation qu'ils ont envers lui à cause des pairies, terres et seigneuries qu'ils tiennent dans le royaume, par leur intérêt personnel, car, après le Roi et le Dauphin, il n'est personne à qui la chose importe plus qu'à eux; enfin par la grande pitié

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qu'ils ont du pauvre peuple et de la désolation qui est au royaume.

Les princes passaient ensuite à Texamen de leurs griefs particuliers.

Pour le duc d'Orléans, en faisant valoir ses anciens services et les infortunes qu'il avait subies, on demandait une provision convenable et la restitution de toutes ses terres et seigneuries.

Pour le duc d'Alençon , on exposait qu'il avait été ruiné par sa lourde rançon et par la perte de ses seigneuries , de telle sorte qu'il n'avait pas de quoi vivre ; et pourtant le Roi l'avait traité avec rigueur, détenant ses places , lui enlevant sa lieutenance générale, supprimant sa pension. On demandait pour ce prince justice et réparation de tous les torts qui lui avaient été faits ; on insistait sur ce point, en faisant observer que les Anglais lui avaient fait de grandes offres, et que, bien qu'assurément il n'eût que de bonnes intentions, en raison de sa pauvreté et de la manière dont le Roi le traitait, il pourrait se laisser entraîner à des actes qui tourneraient au préjudice du Roi et auraient de très fâcheuses conséquences.

Pour le duc de Bourbon, on rappelait les grands services rendus , soit par lui, soit par son père, mort prisonnier en Angleterre ; et pourtant il avait vu sa pension réduite. On en demandait le maintien intégral.

Pour le comte de Vendôme, on faisait valoir son long emprisonnement, la rançon qu'il avait eue à payer, la destruction de ses terres, la constante loyauté dont il avait fait preuve dans le service du Roi; et cependant il avait été éloigné du Roi et de son hôtel; les pensions et les biens qu'il avait reçus lui avaient été enlevés. On demandait qu'il fût rétabli dans sa charge de grand maître de l'hôtel et réintégré dans ses pensions et biens.

Pour le comte de Nevers, on invoquait les services rendus par son père et par lui, services qui lui avaient valu une pension de six mille livres et le profit des greniers à sel dans ses seigneuries; or, on avait récemment mis empêchement à la jouissance du grenier d'Arcis-sur-Aube, et il n'avait pu encore obtenir le paiement de sa pension pour l'année présente.

222 HISTOIRE DE CHARLES Yll. 1442

Les princes se faisaient également les interprètes des réclamations du sire de la Trémoille , qui avait rendu au Roi de si « grands et bons services, » et qui, depuis son « partement » de rhôtel royal , s'était vu retirer les places qui lui avaient été baillées en garde et avait été privé en outre d'une partie des sommes dont il devait jouir sa vie durant.

Les griefs personnels du duc de Bourgogne étaient enfin énumérés.

Le duc ne demandait au Roi ni office ni pension; il désirait seulement que le traité fait entre le Roi et lui fui strictement observé , comme le Roi s'y était engagé. Or ce traité n'était point encore exécuté dans son entier, et sur un grand nombre de points il avait été et était chaque jour violé , au grand préjudice du duc. Ses seigneuries étaient ravagées, ses sujets ruinés ; les gens d'armes du roi ne craignaient pas de vivre sur ses terres et de s'emparer de ses places, en commettant d'innombrables excès, en tenant à son égard le langage le plus injurieux. Jusque-là le duc s'était abstenu de faire aucunes oc sommations, requêtes et poursuites, » ne voulant en rien compromettre les négociations entamées pour la paix générale du royaume; il s'abstenait pour le même motif d'en faire « autre poursuite, » espérant que le Roi se déciderait à « entendre par effet » à cette paix générale. Mais il déclarait se réserver la faculté de produire, en temps et lieu, ses « humbles requêtes et supplications, » avec la confiance que le Roi y donnerait une juste provision, comme aussi de poursuivre toutes réparations, conformément au traité, lequel traité il restait d'ailleurs prêt à observer, « et au surplus, ajoutait-il, être et demeurer toujours en l'amour et bonne grâce du Roi. »

Les princes parlaient ensuite du mariage du comte du Maine avec Marie de Gueldres ; ils demandaient un délai , exprimant l'espoir que l'affaire aurait une solution favorable, et aussi que, par l'influence du comte du Maine , le Roi donnerait provision aux choses sus énoncées, lesquelles étaient toutes «pour le bien de lui et de son royaume, » tellement et si complètement, que les princes, et en particulier le duc de Bourgogne, seraient d'autant plus enclins à l'accomplissement de ce mariage.

Toutes ces choses devaient être dites et « remontrées » au Roi, c< en la plus grande révérence et humilité » et dans « le plus doux et gracieux langage, » de façon à ce qu'il n*ait cause de le mal prendre, mais au contraire de Taccueillir tout en bien.

Le duc de Bretagne devait présenter ses requêtes par l'organe de ses ambassadeurs, et les envoyés des princes devaient appuyer ces requêtes si le duc le désirait.

Dans le cas où le Dauphin n'aurait point été près de son père , les ambassadeurs avaient charge d'aller le trouver, de lui remettre les lettres des princes , et de lui présenter leurs requêtes, en le priant de s'employer près du Roi pour qu'elles fussent agréées.

Les ambassadeurs devaient demander réponse sur toutes choses et réclamer une prompte expédition, car les princes comptaient se réunir de nouveau à Nevers après les fêtes de Pâques , et ils étaient très désireux de connaître le bon plaisir du Roi.

Deux jours avant le départ des ambassadeurs, tous les princes avaient juré solennellement d'observer le traité d'Arras*. Ils ne tardèrent point à se séparer, en se' donnant rendez-vous à Nevers aussitôt après réception de la réponse du Roi^

Charles Vil était à Limoges, où il avait rassemblé son armée '. C'est là qu'il reçut les ambassadeurs des princes , et

1. U y a aux archives de la Gôte^'Or quatre actes, en date du 10 mars iU2, portant les signatures du duc d*Orléans, du duc de Bourbon, du duc d*A]ençon et du comte de Vendôme (ce dernier acte sans date). Archives de la Gôte-d*Or, B 11904. Le 17 mars, Willequin Parmentier partait de Chalon « après monseigneur le duc de Bourbon, jusques à MascoD , pour le fait de certain scellé concernant le traictié de la paix ; > il revint près du duc de Bouiigogne, à Dijon, le 6 avril. Archives du Nord, B 1975, f. 65 vo.

2. Le duc de Bourgogne partit le 13 ou le 14 mars; il était le 15 à Âutun (Itinéraire, dans Canat, p. 491). Le 13 il envoyait, de Nevers, son pannetier Bernard de Gère aux comtes de Foix et de Gomminges (Archives du Nord, B 1975, f. 56). — Le duc attendait la duchesse Isabelle, qui ne tarda point à le rejoindre à Ghalon.

3. Il y séjourna du !«' au 26 mars. Le moine de Saint-Martial, que bous avons cité plus haut, mentionne rentrée de Charles VII, avec la date fautive du !•' mai, et fait allusion en ces termes i cette ambassade, c Et ibi tenuit magnum consilium suum, ubi aplicoerunt multi ambaciatores plurimorum dominorum, principum et ducum; ut videlicet domini Aurelianensis, domini ducis Burgundie et domini ducis Borbonensis et domini ducis deAlanson, et multi alii ibi venerunt, quod tediosum esset audire. » Chroniques de Sont-Martial de Limoges, p. 213-14.

qu*il leur fit donner en sa présence , par Tévêque de Glermont, la mémorable réponse dont Monstrelet nous fournit le texte dans sa Chronique *.

Sans revenir sur les points déjà traités, soit dans les communications faites en son nom , soit dans les déclarations de ses ambassadeurs ou du sire de Gaucourt, le Roi reprenait, article par article, les requêtes des princes.-

Relativement à la paix avec l'Angleterre, le Roi déclarait qu'il n'avait cessé de la désirer et d'y tendre par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, de façon à s'en tenir pour bien acquitté envers Dieu et le monde. Il avait, lors du congrès d'Arras, fait des offres très laides et plus amples qu'il ne l'aurait dû; ces offres avaient été rejetées. Depuis, à la requête des ducs d'Orléans et de Bretagne , et avec l'agrément du duc de Bourgogne, en dehors duquel, malgré les ouvertures des Anglais, il n'avait rien voulu faire , il avait envoyé vers le duc de Bretagne ses c< ambassadeurs solennels, » avec pleins pouvoirs pour fixer le lieu de la conférence à laquelle devait prendre part le duc d'Orléans, et dont le projet fut abandonné. Plus tard, quand, sur l'initiative du duc d'Orléans et de la duchesse de Bourgogne , il avait été décidé de tenir une conférence entre Calais et Gravelines, le Roi, pour complaire au duc d'Orléans et faciliter sa libération , y avait envoyé ses ambassadeurs , bien que le lieu de la réunion fût très lointain et en pays ennemi. Depuis la conférence de Gravelines , il n'avait cessé de se conformer à ce que la duchesse de Bourgogne avait stipulé pour la poursuite des négociations. Il avait réuni ses Trois États d'abord à Orléans , puis à Bourges ; c'est uniquement à cause de <x certaines divisions » survenues alors, qu'il n'avait pu se rendre à cette dernière assemblée ; mais il avait envoyé ses ambassadeurs à la « journée » du l*** mai 1440, oà les Anglais n'avaient point paru, et à celle du 1*' mai 1441, où il n'était venu d'Angleterre qu'un simple clejc. Le Roi était.prêt encore à envoyer ses ambassadeurs à une nouvelle «journée, » qui se tiendrait à la date du 25 octobre , sôit entre Pontoise et

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