LE VOYAGE DE TARTAS ET LA CAMPAGNE DE GUYENNE
La capitulation de Tarlas; siluatioa de la Guyepnc — Le Hoi, continuant son rôle de juiticier, se rend dans les provinces de l'ouest : il force les capitaines qui ravageaient ces provinces à reconnaître son autorité. — Charles VII à Limoges; le duc d'Orléans vient faire sa soumission — Charles VII à Toulouse ; il entre en campagne et va tenir la c journée i de Tartas. — Expédition en Guyenne : prise de Saint-Sever et do Dax. — Situation de Bordeaux; terreur des Anglais. — Le Roi se dirige vers Bordeaux ; il soumet toute la contrée sur son passage. — Siège de la Réole; prise de Dax; Saint-Sever perdu et reconquis; réaction en faveur des Anglais. — Charles VU quitte la Guyenne et va s'installer à llontauban. — Négociations entre l'Angleterre et le comte d'Armagnac pour le mariage d'une fille du comte avec Henri VI ; les succès de la cause royale viennent entraver et finalement faire échouer ces négociations.— Plan d'une nouvelle campagne en Guyenne, avec le concours de La Castiile; délivrance de la comtesse de Commingcs ; le Roi impose sa loi aux grands seigneurs du midi. — Le roi Hené et sa femme viennent trouver le Roi et la Reine à Tou> louse ; retour dans les provinces du centre.
En 1437, Charles VII avait, en personne, dirigé' la campagne contre Rodrigue de Villandrando et fait le siège de Montereau. En 1440, il avait triomphé de la Praguerie. En 1441, il avait pacifié la Champagne, et, après un long siège, chassé les Anglais de Pontoise. L'année 1442 devait être signalée par une expédition en Guyenne qui, si -elle ne porta point un coup mortel à la domination étrangère, ne laissa pas que de Tébranler et prépara les voies à la conquête de 1451.
Le comte de Huntingdon, lieutenant général de Henri VI \
1. 11 avait éié nommé, par lettres du 27 mars 1439, lieutenant en Guyenne pour six ans. Brequigny, 33, 1'. 09.
était venu, à la iin d'août 1440*, mettre le siège devant Tartas, qui appartenait à Charles, seigneur d'Albret. Après une longue et vaillante résistance , les défenseurs de la place avaient été forcés de capituler : par un traité passé entre les commissaires délégués par le sénéchal de Guyenne, Thomas Rampston, et le comte de Huntingdon , et les représentants du sire d'Albret , traité contenant des stipulations très préjudiciables aux intérêts de la France^, Tartas avait été livré à l'ennemi. A la vérité, le pacte était conditionnel : une journée avait été assignée; chacune des parties pouvait y paraître en armes; si l'avantage restait aux Français-, la capitulation se trouvait annulée.
Il était d'une haute importance politique d'obtenir ce résultat. L'occupation définitive de Tartas aurait entraîné la perte de tout ce que les Français possédaient encore dans le sud de la Guyenne et placé les seigneurs du pays sous la dépendance de l'Angleterre. Par lettres signées de sa main, Charles VII fit savoir au sire d'Albret qu'il tiendrait en personne la « journée de Tartas , » à la tête de la plus nombreuse armée qu'il pourrait réunir^. Nous avons vu quelfe ténacité le Roi apporta dans l'exécution de ce dessein, qu'aucune considération ne put lui faire abandonner.
La situation du midi exigeait, d'aillpurs, sa présence. La diplomatie des princes, toujours active et entreprenante, avait tendu ses fils de ce côté aussi bien que dans le nord : sur
1. La date est établie par un document qui se ti'ouve dans Delpit (Hecueil de documents, etc., p. 258-59) et qui doit être d*aoùt ou de septembre 1441 , car nous voyons les ambassadeurs qui y sont mentionnés rendus à leur destination , en Angleterre , au mots de novembre suivant (Proceedings and ordinances, t. V, p. 161). — M. Vallet se trompe (t. Il, p. 437) en plaçant le siège 4c Tartas en 1441. Cf. Monstrelet, t. VI, p. 24, et Oiartier, t. 11, p. 10.
t. Le texte se trouve dans Doat, vol. 217, t\ 102. Cf. traduction française, f. 113. Far ce traité, auquel Thomas Rampston donna son approbation à la date du 20 janvier 1441 , il était stipulé, d*accord avec le vicomte de Lomagne, qui avait donné son assentiment, que Charles, Vm des fils du sire d*Albret, serait mis sous la tutelle de six seigneurs appartenant au parti anglais , et qu*à son défaut le vicomte de Tartas , son fils aîné , serait livré ^n otage ; qu'une trêve de vingt ans régnerait entre le roi d* AngleteiTe et le sire d'Albret, et que, en garantie, plusieurs places seraient remises de part et d*autre; enOn que lè vicomte de Tartas donnerait son assentiment au traité et déli« vreratt son scellé.
3. Monstrelet, t. VI, p. 25 ; Preuves de la Chronique de Math. d'Escouchy, p. 45.
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rinitiative des ducs de Bretagne, d'Orléans et d'Alençon*, tous trois proches parents du comte d* Armagnac ', des négociations étaient à la veille de s'ouvrir pour le mariage de Henri VI avec une fille de ce puissant seigneur. Nous avons un sauf-conduit, en date du 28 juin 1441 , délivré par le roi d'Angleterre à des ambassadeurs du comte d'Armagnac, pour se rendre à sa Cour'. D'autre part, le 8 juillet de cette même année, un traité d'alliance était passé par le comte d'Armagnac avec le duc de Bourbon et le comte de Montpensier *. Charles VII n'ignorait point, sans doute, que, dès le mois de juillet 1437, des négociations avaient été entamées par le gouvernement anglais avec le comte d'Armagnac et le sire d'Albret'; aux termes d'un projet de traité, rédigé à ce moment, ces deux seigneurs devaient s'engager à ne laisser commettre , de la part de leurs sujets, aucun acte d'hostilité contre le roi d'Angleterre, et à rappeler ceux de leurs vassaux qui servaient sous la bannière de Charles VIP. En ce qui concerne le sire d'Albret, l'affaire n'eut point de suite : l'attitude hostile des Anglais , les faveurs dont.il ne cessa d'être l'objet de la part du Roi, le prouvent sufQsamment ^. Quant au comte d'Armagnac, il garda une
1 . C'est ce qui ressort d'une lettre émanant du principal conseiller du comte d'Âjtnagnac, qui fut adressée, à la date du 15 septembre 1442, aux envoyés de Henri VI , Ross et Bekynton. Voir Officiai Correspondence of Thomas Bekynton, t. II, appendix, p. 206.
2. Le comte d*Ârmagnac avait épousé, en premières noces. Blanche de Bretagne, s<»ir du duc Jean IV ; sa sœur Bonne fat la seconde femme de Charles , duc d^Orléans ; sa fille Bfarie avait épousé en 1437 le duc d'Alençon.