Bàrry, p. i
4. Le bot poursuivi est très nettement énoncé dans des lettres patentes du 5 mai1i42 : « Comme , pour l'entretenement de l'armée que présentement menons en nostre paîs de Guîenne, pour tenir la journée entreprinse devant Tailas à rencontre de nos anciens ennemis et adversaires les AngIois,et faire conqueste sur eulx,au recouvrement de nostre seigueurie, et garder que par eulx nostre dit paîs ne soit plus ainsi opprimé ne foulé, comme le temps passé a esté, ne aussi celui de Languedoc, et pour faire cesser plusieurs pilleries, ro- ^es, oppressions et autres maulx que chascun jour se font par plusieurs en nostre paTs de Languedoc... » Fontenieu, 117-118.
fait prisonnier*. De là, il se porta sur Dax. Cette ville, située sur TAdour, et très hiea fortifiée, était le seul rempart que Tenuemi pût opposer sur la frontière méridionale de la Guyenne. Dax une fois pris, les communications par terre avec Baronne se trouvaient interceptées, et, au nord, la roule de Bordeaux était ouverte. Tandis que les énormes canons de Jean Bureau entamaient les murs et que Fon complétait le blocus, divers corps de troupes s'avançaient par TAgenaîs, le Périgord et la Saintonge : Clairac , sur le Lot ; Royan , à l'embouchure de la Gironde, furent pris; Sourzao, situé près àè Mussidaa, fut assiégé par le sire de Pons , un des lieutenants du Roi en Périgord ^
Une véritable panique régnait à Bordeaux. Personne, parmi les Anglais, n'était en mesure de prendre le commandement en l'absence du sénéchal de Guyenne. Ce qui ajoutait aux alarmes de la situation , c'est qu'avec le sénéchal le sceau du duché était tombé aux mains des Français : on craignait qu'ils ne s'en servissent povu* répandre des instructions mensongères. A la nouvelle de la marche de Charles YII sur la Guyenne, Edouard Hull avait été, en toute hâte, envoyé en Angleterre pour faire savoir que Bordeaux était menacé ^ et Ton attendait avec impatience le résultat de sa mission. Tout à coup arrivent des dépêches revêtues du sceau de V aigle ^ c'est-à-dire du sceau privé de Henri VI *. Le messager qui en est porteur a débarqué à Caslillon et est arrivé par terre à Bordeaux ; elles sont aussitôt communiquées au Conseil de Guyenne. Le bruit se répand qu'il ne faut attendre aucun secours, car, en Angleterre, on ne prend nul souci du sort de la contrée. Le
1 . Dans une lettre du 2i août, adressée à Tabbé de Saint-Edmundsbury, le roi d*Anglelerre écrivait que quatre raille habitants ou environ avaient été tués à la prise de Saint-Sever. (Original letter», publiées par sir Henry £Uis, Tbird séries, t I, p. 76; reproduit plus con-ecleraent par M. Stevenson, Letters and Papers^ etc., t. Il, p. i65.) Il en faut rabattre des quatre cmqmèmes, diaprés Monstrelet, qui parle de huit cents morts.
3. Berry, p. 420 et suiv.; Monstrelet, t. VI, p. 54; Miguel del Vernis, p. 597 ; Joumai de Bekynton, dans Officiai Correspondence, U II, p. 187. Cf. Ribadieu, Histoire de U conquête de la Guyenne^ p. 132.
3. G*est ce qui ressort de la lettre de Henri VI à ses ambassadeurs Roos et Bekyntim, en date du 23 juin 1442. Officiai Correspondence, i. H, p. 180.
4. Voir sur ce sceau les notes de sir H. Nicolas , dans son édition du Jottnud de Bekynton, donnée en 1828, p. 113 et 129-130.
peuple , se croyant abandonné, s'assemble tumultueusement : une sédition est imminente ; Témolion se propage aux environs de la ville.
Sur ces entrefaites arrivent à Bordeaux (16 juillet), deux envoyés du roi d'Angleterre : Robert Roos, chevalier, écuyer tranchant de Henri VI, et Thomas Bekynton, son secrétaire; ils sont accompagnés par Jean de Batute, conseiller du comte d'Armagnac. Les deux envoyés trouvent la ville pleine de rumeurs, le -peuple en proie au plus violent désespoir : « En huit jours, lit-on dans le rapport adressé par eux à leur maître, toute la contrée s'est soulevée, et les barons etgentilhommes ont fait comme les autres *. » La dépêche trace de la situation le tableau le plus alarmant.
L'archevêque de Bordeaux , Pey Berland , prit alors une initiative qui ranima les courages. Dans une grande assemblée tenue à l'église Saint- André (18 juillet), il donna lecture des lettres du roi d'Angleterre qu'on venait de recevoir, en les traduisant en langue vulgaire. Ces lettres annonçaient l'envoi d'un prompt secours et l'ouverture de négociations pour le mariage du roi avec une fille du comte d'Armagnac. L'arche-* vêque , dans une chaleureuse allocution , insista sur la sollicitude du Roi pour la conservation de la ville, le salut des habitants, la protection de leurs intérêts , et exhorta vivement à employer tous les moyens pour la défense de la cité *. Les travaux furent repris comme par enchantement : l'activité déployée fut telle que, six jours après, les envoyés de Henri VI pouvaient écrire à leur maître : « La ville est désormais de toutes parts si bien munie et si puissante, que, à notre avis, les habitants sont dignes des plus grands éloges '. »
Les États décidèrent que Pey Berland se rendrait en Angleterre pour exposer au roi la situation critique" du pays et presser l'envoi des secours. L'archevêque s'embarqua le 25 juillet, suivi jusqu'à son navire par le maire, les jurats et tous les notables de la ville.
1. Lettre do %A juillet. Offidal Corregpùndence, t. H, p. 187. S« Même source, p, 188-S9.