Voir D. Vaissete, t. IV, p
3. Monsirelel, t. V, p. 387-90 ; Berry, p. 402-403; Charlier, t. 1, p. 249 ;Gruel, p. 387. Les Anglais apprirent à Gâtais, par Jean de Luxembourg, l'dchcc considérable qu'ils veoaieot de subir. Proceetlings and Ordinances, t. V, p. 384.
4. Sainl-Germain fut pris , grâce à la trahison d*un religieux de Sainte-Geneviève , au mois de janvier (/oMrno/ d'un bourgeois de Paris, p. 344; Monstreict, t. V, p. 351) ; Gerberoy fut pris d'emblée vers la même époque (Monsirelel, t. V, p. 351) ; pour Lillebonne, voir lettres de Henri VI du 19 mars 1439, dans Beaurepaire, Les États de Xormandie, p. 69.
5. La date est fixée par des lettres du Dauphin : il était le 29 juillet à Lavaur qnand il apprit le débarquement de Huntingdon. D. Vaissete, t. IV, p. 492.
gens de guerre furent convoqués à Albi pour le 20 septembre ; par lettres du 13 octobre, le comte de Poix, le sire d*Albret et le vicomte de Lomagne furent Institués capitaines généraux. Le second prit le commandement de l'armée qui devait opérer en Guyenne. Le comte de Penthièvre fut envoyé en Périgord, et mit le siège devant Thenon. Ces vigoureuses démonstrations suffirent à protéger le Midi contre l'ennemi du dehors ; mais l'ennemi du dedans — nous voulons parler des routiers — continua plus que jamais à désoler la contrée \
Charles VII avait suivi d'un œil attentif les événements militaires accomplis devant Meaux, et il se trouvait à Paris quand , après le succès , le connétable y reparut. Il fut décidé que Richement, assisté du duc d'Alençon et du maréchal de Lohéac, conduirait l'armée en Normandie*. Le connétable s'avança vers la basse Normandie et vint mettre le siège devant Avranches. Mais, mal secondé par les capitaines et dénué d'artillerie , il fut contraint de battre en retraite ^ Déjà la Praguerie se préparait, et les bandes indisciplinées qu'on avait dirigées sur la Normandie faisaient preuve d'une insubordination qui paralysait toutes les opérations militaires.
Nous raconterons plus loin cet épisode de la Praguerie, où apparut avec éclat l'initiative personnelle du Roi. Profitant de la guerre civile, les Anglais mirent le siège devant Harflèur. Aussitôt que Charles VII eut triomphé des princes révoltés, il prit des mesures pour secourir la place, que le capitaine, Jean d'Estouteville, défendait vaillamment depuis quatre mois. Le comte d'Eu, Dunois, Gaucourt, le bâtard de Bourbon et La Hire partirent à la tête de quatre mille combattants. On gagna la Picardie , où l'armée se grossit d'un bon nombre d'auxiliaires , et Ton s'avança par le pays de Gaux. Mais la prise de l'un des chefs, Gaucourt, tombé dans une embuscade*, l'insuccès d'une
1. D. Vaissete, t. IV, p. 492-93, et Preuves, col. 450 et suiv.; Stevenson, t. Il, p. 439 ; Lettres du Dauphin des 5,6, 13, 16 octobre ; Lettres du Roi des 9 octobre (relatives au siège de Thenon), 12, 13 octobre (sept lettres); lîisl. généal. du P. Anselme, t. III, p. 423.
2. Chartier, t. 1, p. 250-52; Berry, p. 405; Gruel, p. 389-90.
3. a A grant deshonneur, » dit Je Journal d'un bourgeois de Paris (p. 351). Le siège d*Âvranches fut levé le 23 décembre. Ms. fr. 26066, n» 3920.
4. Gaucourt fut fait prisonnier vers le 10 octobre. Ms. fr. 26067, n<> 4142.
première attaque contre les Anglais, et par-dessus tout le manque de vivres, firent échouer Fentreprise. Le comte d'Eu dut battre en retraite, et Harfleur capitula*. La reddition de cette ville entraîna celle de Montivilliers.
On fut plus heureux sur un autre point de la Normandie , où le Roi avait envoyé Saintrailles et Brezé. Louviers fut occupé' et Couches pris d'assauts De Louviers, où se concentrèrent les forces royales , on tint Tennemi en échec et on lui causa de perpétuelles alarmes*. En l'absence du duc d'York, qui venait (2 juillet 1440) de reprendre la lieutenance générale devenue vacante', le Conseil anglais fit appel aux notables, et tint deux assemblées, l'une à Pont-de-l' Arche , l'autre à Rouen, pour combiner les mesures à prendre*.
La situation de l'Ile-de-France préoccupait toujours le Roi. Les Anglais ne cessaient d'y tenir la campagne et Talbot pouvait aller librement d'une garnison à l'autre. Pourtant les troupes qui gardaient Mantes furent battues par les Bretons du connétable. Mais ce qui était encore plus funeste aux Français que les courses des ennemis, c'étaient les excès des gens de guerre de leur parti, lesquels, selon la remarque d'un auteur du temps, étaient pires que des Sarrasins. La sécurité des habitants, l'honneur des femmes, la vie des petits enfants, étaient à la merci de cette soldatesque sans frein'. Au mois de
i. Monstrelet, t. V, p. 419-24; Chartier, l. ï, p. 239-240; Berry, p. 412; Thomas &asin, t. I, p. 133 ; Gruel, p. 390; Les Cronicques de Normendie, p. 86-88. Voici cornment un Anglais appréciait cet événement dans une lettre intime : <( AIso Freynchmen and Pykardes, a gret nowmbre, kome to Arfleet for to arescuyd it ; and our Lords wyth there small pusaunce manly bytte tliem , ad pytte them to flyte, and , blyssyd be our Lord , bave take the seide cite of Ârflet ; the qwych is a great juell to ail Englond and in especiall toour cuntre. s The Paston Letters, éd. by James Gairdner. London,1872, t. I, p. 40.
2. Vers le mois d'octobre, par Saintrailles , qui avait pour lieutenants Salazar et Antoine de Cbabannes. La ville était désemparée : ils la « remparerent et fortifièrent au mieuh quMlz peurent. s Chartier, t. II, p. 7 ; Berry, p. 412.
3. Par Pierre de Brezé, secondé par Floquet et Jean de Brezé. Chartier et Berry, /. c.
4. Th. Basin, t. I, p. 133-135. Cf. lettres de Henri VI du 10 décembre. Archives, K 66, n« 159.
5. Le comte de Warwick était mort le 30 avril 1439. Le duc eut soin de faire ses conditions et de bien mettre sa responsabilité à couvert. Voir le texte des demandes présentées par lui au gouvernement anglais, dans Stevenson, t. II, p. [585-591].
6. La première réunion eut lieu le 30 novembre. Voir les lettres du 10 décembre, et Beaarepaire, /. c, p. 73.
7. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 355 et 358-59 ; cf. Chartier, t. II, p. 14-15.
décembre 1440 , Saint-Germain-en-Laye fut repris par le connétable*. Le mois suivant, Charles VII se dirigea vers la Champagne? , où il réduisit un grand nombre de places et mit un terme à Tanarchie qui régnait dans les garnisons ^ Puis il se porta sur Compiègne et Senlis, soumit plusieurs forteresses sur son passage et fît (19 mai) assiéger Creil, qui n'opposa pas une longue résistance^ Enfin, au commencement de juin, l'armée royale arriva sous les murs de Pontoise. La réduction de Saint-Germain avait préparé les voies à l'attaque de cette importante place. Au même moment Beaumont-le-Roger et Beaumesnil tombaient au pouvoir des Française
Le siège de Pontoise présentait de sérieuses difficultés ; il fut long, pénible, interrompu à diverses reprises par les retours incessants de l'ennemi. Enfin deux terribles assauts triomphèrent de la résistance des assiégés : l'Ile-de-France fut enfin délivrée à tout jamais du joug étranger*.
Les Anglais sentirent bien qu'un coup mortel était porté à leur puissance, et qu'elle ne se relèverait point de tant d'échecs successifs. Dès le mois de juin, le Conseil de Henri VI, écrivant en Angleterre , poussait un cri de détresse et prédisait une ruine prochaine®. En même temps, un des plus habiles capitaines enrôlés au service de l'Angleterre adressait à Henri VI une curieuse lettre où, à travers les plaintes personnelles et les réclamations intéressées, on peut constater la mauvaise direction imprimée aux affaires et l'ébranlement de la domina-
t. Voir.Gruel, p. 391.
2. Voir sur ce voyage' de Champagne, si fécond en imporlanU résultats, Beri7, p. «2-13 ; Chartier, t. II, p. 12-13 ; Monstrelet, t. V, p. 457-70 ; t. VI, p. 1-3.
3. Creil fut pris d'assaut le 24 mai et les Anglais évacuèrent la place le 24 juin. Berry, p. 413 ; Chartier, 1. 1, p. 15-17 ; Monstrelet, t. IV, p. 6; Gruel, p. 391 ; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 359-60.
4. Avril-mai. Voir Chartier, t. II, p. 17; cf. Beaurepaire, /. c. p. 76. Vere le même temps Damazan, sur la frontière de la Guyenne, tombait au pouvoir des Français (lettres de Charles VII du 4 avril).
5. Voir sur cet événement, que nous racontei ons plus loin tout au long, Berry, p. 413-417; Chartier, t. II, p. 20-27 ; Monstrelet, t. VI, p. 6-24 ; Thomas Basin, t. I, p. 139-47 ; Gruel, p. 391-93.
6. « Vous escrivons de rechyef en extrême nécessité, et signifions notre maladie prouchaine de mort ou exil, et, au regard de votre seigneurie, très près de totale perdicion. » Stevenson, 1. II, p. [604].
iion anglaise*. De son côté, un personnage bien placé pour tout observer, insistait sur la corruption qui régnait parmi le peuple, et voyait là un fàcKeux symptôme de décadence".
Le Conseil privé d'Angleterre avait cm trouver un remède à cet état de choses en renonçant à confier à des étrangers la direction du gouvernement. Avec le duc dTork, un Conseil, composé uniquement d'Anglais, vint s'installer à Rouen'. Un Anglais, Thomas Hoo, remplaça le chîincelier Louis de Luxembourg*. Tout en poursuivant la lutte en Guyenne, où le comte de Huntingdon fit (juillet 1441) le siège de TaHas, oii entretenait toujours de chimériques desseins de paix, on cherchait à se faire des amis parmi les princes du sang', on renouait des relations avec la Cour de Bourgogne. Le gouvernement de Henri VI ne désespérait pas de trouver dans une nouvelle Pragtierne des chances plus favorables.
C'était là, en effet, le seul espoir qui restât aux: Anglais. Il fallut toute la vigilance de Charles VII pour prévenir une sem-
1. Pétition de François de Surienne, dit TArragonnais, en date du 26 mai 1441. ProceedingSf etc. , t. V, p. 147-50.
2. « Se ne fust la vextu et la grâce de nostre prince, je cuide que noz besongnes se portassent bien estroit y si ; car, par mon seremenl, injustice et autres pecliiez sont yllec à grant habonance. J'ay eu grant pitié à prendre congië de Mgr le lieulenant (York) le jour de son partemeot de Rouan, et je lui adverti de Tinjustice qui reiioit en Tobeissancc du Roy, et des vices et péchez qui esloient parmy le peuple de nostre nation, n Lettre de Carter, roi d'armes, au chancelier d'Angleterre, Caen, 21 juillet 1441 (et non 1447). 'Ms. fr. 4054, f. 43; cf. Stevenson, t. I, p. 192-93.
.3. On voit dans les articles rédigés pai* ordre du duc d*York, en date du 29 septembre 1440, qu*il devait y avoir en France un conseil anglais composé de John FasloK, sir Wiilrarti Oldhalle et sir William ap Thomas , « and others or hys discrète councclle. » Le duc demandait en outre qu*on envoyât en Normandie les évéques de Lincoln, de Norwich, de Salisbury, le vicomte de Beaumonl, lord Hungcrford, lord Fanhop. sir Raoul Roulellcr, sir John Stourtom et sir John Popham (Stevenson, t. II. p. [585-80]). Le 11 mai, sirLewys John fut désigné pour faire partie du Conseil en Normandie, avec une mission spéciale iProceeding», t. V, p. 142-43).
4. Louis de Luxembourg, évéquc de Therouanne , chancelier de France , parait n'avoir plus eu, à partir de ce moment, qu'une chai'ge honorifique; nommé archevêque de Rouen en 1436 (24 octobre) et cardinal en 1441, il devait aller mourir (1442) en Angleterre, à Ely, dont il avait le titre épiscopal.
5. Parmi les sauf-conduits délivrés le 23 mai par la chancellerie anglaise, on remarque ceux qui furent donnés à Charles, duc de Bourbon, à Bernard (sic) d'Arm.-ignac , vicomte de Lomagne, à Jean, duc d'Alencon, h Georges, seigneur de la Tréraoille, à Jean Jouvenel, évéque de Beauvais, à Guillaume de Champeaux, évéque de Laon, et à trois serviteurs du duc d'Orléans (Rymer, t. Y, part, i, p. 108); le 19 juin, nouveaux sauf-conduits àdes sei-viteurs du duc d'Alençon (Brcquigny, vol. 82, fol. 127, 131 v» et suiv.) ; le 28, saufconduit donné aux ambassadeurs du comte d'Armagnac (((/., ibld.j f. 135) ; le 5 septembre, sauf-^onduit pour la suite du duc de Bretagne (D. Moreic, t. II, col. 1349).
blable éventualité. La première moitié de Tannée 1442 fut employée à déjouer les intrigues des princes. Après avoir fait preuve eji cela d'une grande habileté, Charles VII ne se montra pas inférieur dans la direction des opérations militaires. La démonstration connue sous le nom de « journée de Tartas , » en même temps qu'elle fit apparaître aux ennemis la redoutable puissance de la royauté , obligea les grands vassaux à se tenir dans une! prudente réserve. Exact au rendez-vous donné aux Anglais (14 juin 1442) et auquel ceux-ci se gardèrent bien de paraître, Charles VII sut tirer parti de ses avantages. Après avoir occupé Tartas, il marcha sur Saint-Sever, qui fut pris d'assaut (25 juin), sur Dax, qui se rendit au bout de quatre semaines (3 avril), et fit si bien que, dans le courant du mois de juillet, tout le pays des Landes, sauf BayQnne, était en son pouvoir*.
On lira plus loin les détails relatifs à cette expédition. Bornons-nous à dire ici que, de Dax, l'armée française remonta vers TAgenais , soumit Tonneins et Marmande , et alla assiéger La Réole, qui capitula le 7 octobre. Le château nécessita un siège en règle,, qui se prolpngea jusqu'au 7 décembre. En octobre, tout TAgenais , ainsi que les places situées sur les rives de la Garonne, étaient occupés par les Française Pourtant Charles VII ne crut pas devoir pousser plus loin sa conquête. Les Anglais, secondés avec vigueur par les populations, reprenaient l'offensive. L'hiver, d'ailleurs, était venu. Satisfait des résultats obtenus, le Roi laissa l'amiral de Coëtivy à La Réole, et se retira à Montauban, où il passa le reste de Fhiver.
Cependant, au Nord, les Anglais étaient dans un complet désarroi. Au mois de janvier, le chancelier Thomas Hoo se rendit en Angleterre ; Talbot l'y suivit le mois suivant. Il revint en juin avec deux mille hommes'. En avril, une tentative peu sérieuse fut faite dans le pays Chartrain et laBeauce*, et Gisors
1. Berry, p. 420; Monstrelet, t. VI, p. 53; Gruel, p. dQZ; Journal de Bekynton^ publié par sir Harris Nicolas (18i2) et plus correctement à la suite de VOfficial Correspondance of Thomas Bekynton (1872). Cf. Ribadieu, Histoire de la conquêtede la Guyenne, p. 131 et suiv.
^. Berry, p. 421-22; Monstrelet, t. VI, p. 55-57 ; Gruel, p. 395; Journal de Bekynton, passim.