‹ Histoire de Charles VIIChapitre 182 sur 340 · Chronique t 1. IV, cli. xxix · texte numérisé non relu

Chronique t 1. IV, cli. xxix

2. « Agnes qusedam cognoniine bella, ad curiam régis venit, Isabellam Rhenali co^jugem ex provinciâ secuta ; abeunte domina , inter ancillas Mariae reginae remansit. » Pie II Commentariy 1. VI. Francfort, 1614, in-fol., p. 1C3.

3. Vallel de YifmWe j Nouvelles recherches sur Agnès Sorel, p. 12.

i. Nous avons vu que Jouvenel des Ursins, dans son Épttre de liiO, fait plusieurs fois allusion aux liabitudes de dévotion du Roi à cette époque. Voir ci-dessus, p. Ht, note 4.

de sa carrière , Charles Vil « menoit moult saincte vie. » Le seul argument qu'on en puisse tirer, c'est que, entre 1435, date de la paix d'Arras (signée le 21 septembre et confirmée par le Roi le 10 décembre), et 1444, époque où le nom d'Agnès Sorel apparaît dans l'histoire, il y eut une période de relations intimes et secrètes , ce que nous ne prétendons pas nier.

Quant à ^neas Sylvius, il faudrait mettre son témoignage d'accord avec Jacques du Clercq et avec les faits. Car si l'on est obligé de reconnaître , conformément à l'assertion du chroniqueur, que la liaison fut postérieure à la paix d'Arras, comment admettre qu'Isabelle aurait pu laisser Agnès à la Cour en quittant la France pour se rendre dans le royaume de Naples? Nous savons en effet que la reine de Sicile s'embarqua à Marseille le 1*' octobre 1435*. Rien ne prouve, d'ailleurs , que l'auteur des Commentaires ait eu en vue ce voyage de Naples : il dit seulement : Al)eunte domina, inter ancUlas Mariœ reginœ remansit ; et par là, il vient, ce nous semble, en aide à l'opinion que nous soutenons. Car d'une part Agnès Sorel n'a pu s'installer à la Cour que postérieurement au retour d'Isabelle *, et d'autre part il est constant qu'Agnès ne faisait point encore partie de la maison de la reine Marie d'Anjou dans les premiers mois de 1444.

Ajoutons que la date de 1435 ne saurait se concilier avec l'âge d'Agnès, qui, d'après les données les plus authentiques, dut naître, non en 1409 ou en 1415, comme l'ont prétendu ses biographes, mais au plus tôt en 4422. Autrement, il faudrait rater des chroniqueurs les passages ofi ils insistent, d'un concert unanime, sur la jeunesse d'Agnès, ses folies de jeunesse qui captivèrent le cœur du Roi, sa mort prématurée à la fleur de la jeunesse, etc *.

1. « Le premier jour d*octobre 1435, se partit de Marseille la reine Isabelle pour aller à Naples et en son royaume. » Notes copiées en tête du livre d'heures du roi René, fiibl. nat., ms. latin 1156 A. — Il est établi parles comptes de Thôtel de la reine de Sicile qu*eUe se trouvait à Tours en juin et juillet 1435; le 16 août, elle était à La Rochelle. Archives nationales, KK 244.

2. La date de naissance d*Agnès ne repose que sur Tautorité très contestable d*une compilation faite au xviii* siècle, où Ton prétend qu'Agnès mourut « âgée seulement de quarante ans. » Histoire de V abbaye de Jumièges, par le prieur Man7e, imprimée dans les Mélanges de la Collection des documents inédits, t. I, p. 419-22. — Les auteurs

Serait-on plus heureux en invoquant les dates de naissance des filles d'Agnès?

Charlotte, dit-on, naquit en 1434; Marie en 1436, « peu de jours après le mariage du Dauphin *; » Jeanne en 1445. Mais si Ton convient que « la date précise des naissances n'a pour base aucun document historique', » pourquoi, en l'absence de toutes preuves, s'appuyer sur des dates impossibles, qui ne reposent que sur les conjectures d'un écrivain sans autorité' et ne résistent pas à un examen sérieux des faits? Il n'est pas possible de maintenir, sur ce seul fondement, un système conjectural et qui est en opposition avec les témoignages les plus formels. Gomment admettre, en effet, que Charlotte, qu'on fait naître en 1434 (date dont l'impossibilité est reconnue et à laquelle on veut substituer celle de 1436, tout aussi problématique), ne se soit mariée qu'à vingt-sept ans, et ait été surprise et poignardée par son mari, en flagrant délit d'adultère, à l'âge de qîiarante-<ieux ans? Pourquoi donner à Charlotte l'ordre de primogéniture plutôt qu'à Marie, quand les notions enregistrées par l'histoire donnent tout lieu de croire que Marie était l'aînée? Peut-on sérieusement présenter cette date de juin 1436 comme celle de la naissance de Marie, quand les lettres de Charles VII du 28 octobre 1438 constatent qu'elle était alors « en âge de marier, » ce qui veut dire que, loin d'avoir vingt-deux ans, ainsi qu'on le prétend, elle ne devait être âgée que de quatorze à quinze ans ?

contemporains parlent tous de son extrême jeunesse au moment de sa mort: fn flore ju-

ventutU vitam finivit, dit Thomas Basin. — « Icelle Agnès mourut moult jeune^ •

écrit Jacques du Clercq.— Jean Cliartier dit que a entre les belles c^estoit là plus jeune et la plus belle du monde. » — Enfin Jacques Millet, dans Tépitaphe qu'il composa, emploie les expressions suivantes :

0 mots, sœva nimis qui jam juvenilibus annii Abslullit a terris, membra sereoa suis I

Enfin, il faut faire observer que Geoffroy Soreau, oncle. d'Agnès, mourut en 1503, et que son plus jeune frère, André, naquit enliSi.

1 . Delort, Essai critique sur l'histoire de Charles VU, d'Agnès Sorelle et de Jeanne d'Arc (Paris, 1824, in-S»), p. 57 ; reproduit par M. Vallet, Nouvelles recherches, p. 17.

3. M Vallet cherche à relever Tautorité de Delort en parlant de ses « commimications très privilégiées, » et de son intimité avec Tabbé Lespine; il est bien forcé toutefois de convenir que le livre de Delort est a dépourvu d'une saine critique, » et que < Thistoire et le roman s'y mêlent trop souvent. » Histoire de Charles VU, t. Ill, p. 13, note 3.

Rien n'autorise donc à opposer, comme on a ^oulu le faire, une fin de non-recevoir à la date de 1444, et à prétendre qu'il y eut une période de liaison occulte, « marquée nécessairement au coin du désintéressement, » qui dura de 1435 à 1444 *.

Estr-ce à dire qu'il faille se retrancher d'une manière absolue dans la date de 1444, et ne point faire remonter la liaison du Roi avec Agnès à une époque antérieure à son installation à la Cour? Nous ne le pensons pas. Mais, avant de recueillir les données qui jetteront quelque lumière sur ce point , nous devons constater que le problème de l'influence politique d'Agnès nous paraît à peu près résolu, et que la tradition qui la montre arrachant Charles à sa torpeur et le rappelant à ses devoirs de Roi, a tous les caractères d'une véritable fable.

Il est un point que nous croyons avoir établi d'une manière à peu près indubitable, malgré les assertions contraires et toutes gratuites de certains historiens : c'est que la jeunesse de Charles VII fut pure, et que, par conséquent, sa vie ne fut pas, ainsi qu'on l'a dit', « une longue carrière d'immoralité. » Comment l'homme fait tomba-t-il dans les désordres que le jeune homme n'avait point connus? C'est là un problème difficile à résoudre: L'histoire nous apprend que si le Roi et la Reine avaient, en général, un logis séparé, que si Marie d'Anjou ne suivait pas habituellement le Roi dans ses expéditions et dans ses déplacements , la bonne harmonie ne cessa cependant de régner entre les époux. La naissance de nombreux enfants'*, les constantes libéralités de Charles VII à l'égard de son épouse, sont là pour l'attester. Mais si l'intimité put exister au début, le temps amena peu à peu un refroidissement qui, sans dégénérer en rupture, se traduisit, d'abord par l'indifiérence , puis par le délaissement. Il n'en était point encore ainsi dans les années qui suivirent la paix d'Arras , et qui furent signalées par de nouvelles naissances*. En 1441, la Reine est dans l'ouest avec le Roi ; pendant la campagne de

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