Jean Chartier, t. I, p
2. Lettres des généraux des finances du 15 juillet 1436. Ms. fr. 26061 (Quittances, 70), n<» 2884.
ufgentes qui Toccupaient, il se transporterait à Paris, « pour visiter et consoler ses bons et loyaux sujets habitant en cette ville, y rétablir et remettre sa Cour de Parlement et siège royal, et donner ordre au fait de sa justice et à tout le reste , au bien de sa dite ville et de tout son royaume. » Les Parisiens n'ayant pas craint de demander au Roi « d'entendre à la totale expulsion de ses ennemis de son royaume, » Charles yil leur donna pleine satisfaction, en déclarant que c'était bien « la chose mondaine qu'il avait le plus à cœur, et qu'il s'y voulait employer, de corps et de biens , de toute sa puissance, tant et si avant que, à l'aide de Notre-Seigneur et de ses bons et loyaux sujets, il remettrait son royaume en bonne paix et tranquillité*. » Le Roi agréa la plupart des requêtes des Parisiens^ sauf en ce- qui concernait la résidence royale. Les souvenirs de sa régence étaient demeurés trop vivaces pour qu'il se décidât à aller s'installer à Paris. Il montra même peu d'empressement à faire le voyagé annoncé : malgré les nouvelles instances dont il fut l'objet dans le courant de l'année*, il ne l'entreprit qu'à la fin de 1437.
A la réception de l'ambassade parisienne succéda le mariage du Dauphin.
Après bien des lenteurs, bien des hésitations, le roi d'Ecosse avait fini par consentir au départ de sa fille. Les derniers arrangements furent pris au commencement de février 1436. Un grand banquet fut donné à Perth; les ambassadeurs de France prirent place à la table royale; puis le roi et la reine firent venir la jeune princesse , et , en présence des ambassadeurs, « lui dirent plusieurs beaux mots et notables , en luy remonstrant l'honneur que le Roy de France luy faisoit et l'honneur du prince avec lequel elle devoit estre pro-
1. Inslructiuns données aux ambassadeurs de Tëvéque, de l'université, et des habitants de Paris, dans Du Boulay, Historia universilatis Parisiensis, t. V, 436-37; Réponse du Roi aux requêtes des Parisiens, dans Felibien, Histoire de Paris y t. V, p. 269-70. — Dès le 28 mai , le chapitre de la cathédrale , voulant remercier Dieu du bon accueil qu'avait reçu du Roi l'ambassade parisienne, ordonnait une procession solennelle pour le 30. Archives, Registres capitulaires ^ LL 217, f. 108.
2. Une autre ambassade vint, à la fm d'octobre, trouver le Roi à Amboise. Chronique (TAlençon, dans Du Chesne, 48, f. 103 v*».
1436 CHARLES VII jusqu'à LA PRAGUERIE. 35
posée, et en la inhortant de bien faire*. » Les ambassadeurs prirent alors congé. « Pour l'honneur du Roy de France, » Jacques P' ordonna à Regnault Girard d*embrasser la reine; a laquelle,, dit l'ambassadeur, de sa grâce et humilité, me baysa, que je repute le plus grant honneur que oncqués m'advint. » Regnault partit le 15 février pour Dumbarton, comblé de présents , ayant été défrayé de toutes seâ dépenses depuis le jour de son arrivée en Ecosse. Avant de s'embarquer, il envoya au roi un beau mulet, que, suivant le conseil du comte de Vendôme, il avait fait venir à cette intention de La Rochelle. Cet animal était alors, paraît-il , inconnu en Ecosse^, et Jacques fut très joyeux du cadeau. L'ambassadeur offrit à la reine trois tonneaux pleins de châtaignes, de poires et de pommes, et six pipes de vin.
Jacques conduisit lui-même sa fille à Dumbarton. Au moment de mettre à la voile, il revint pour présider à l'embarquement et l'embrasser une dernière fois. Le départ s'effectua le 27 mars; la flotte se composait de vingt navires. La traversée fut des plus heureuses'^. On parvint à éviter les vaisseaux anglais qui croisaient sur les côtes de Bretagne*, et la princesse débarqua le 17 avril, dans un petit port de l'île de Ré, nommé La Palisse'. Le lendemain,