CHARLES VII DANS L'EXERCICE DU POUVOIR
JUSQU'A LA PRAGUERIE ,
Charles VII à Tours; mort de la reine Isabeau; naissance d*un fils; députation des Parisiens. — Arrivée de la dauphine Marguerite d'Ecosse; cérémonie du mariage; formation de la maison du Ôauphin. — Intrigues à la Cour; état des partis; rivalité du duc de Bourbon et de Charles d'Anjou. — Voyage du Roi dans le Midi. — Les menées du duc de Bourbon et la nouvelle de Tapparition de Rodrigue de Villandrando en Touraine le rappellent soudain; expédition dirigée contre le célèbre routier; sévérité du Roi à l'égard du duc de Bourbon. — Nouvelle campagne de Charles VII; il fait le siège de Montereau ; bravoure qu'il' y déploie. — Entrée solennelle du Roi à Paris, au milieu des acclamations populaires. — Voyage en Saintonge; préparatifs pour une expédition en Guyenne. — Le Roi perd son second fils; ir tombe malade. — Voyage dans le Midi; entrée à Limoges; la journée du Roi en voyage; séjours à Riom, au Puy, à Lyon. — Charles VII revient pour seconder ses gens employés au siège de Meaux; court séjour à Paris. — États généraux tenus A Orléans; résultats de cette assemblée.
Nous avons dit plus haut qu'on se tromperait en pensant que la révolution de palais qui a^utit à la chute de La Trémoille ait produit chez Charles VII une soudaine transformation. C'est par degrés , et d'une façon presque insensible , qu'il sortit de cette inaction où, par un fâcheux concours de circonstances, il avait été si longtemps plongé , qu'il secoua cette apathie devenue chez lui comme une seconde nature.
Le premier acte personnel accompli par Charles VII , au lendemain de la signature du traité d'Arras , fut la ratification du pacte conclu avec le duc de Bourgogne. Nous apprécierons plus loin le caractère politique de cet acte. Bornons-nous pour le moment à l'enregistrer. C'est le 11 décembre, dans l'église de
1436 CHARLES Vil jusqu'à LA PRAGUERIE. 33
Saint-Martin de Tours, qu'eut lieu la cérémonie de la prestation du serment.'
Dans le courant de Tannée 1435, Charles .VII avait perdu sa mère. La reine Isabeau était morte à Paris le 29 septembre, huit jours après la conclusion du traité d'Arras. Cette mère dénaturée , dont la carrière avait été signalée par de si honteux débordements et qui n'avait pas craint de déshériter son lils , vivait depuis longtemps dans l'abandon et presque dans la misère : elle disparut au milieu de l'indifférence générale. On dit que la nouvelle de la réconciliation du duc de Bourgogne avec le Roi lui causa un tel saisissement qu'elle ne put se remettre de cette commotion*. Était-ce bien, comme le dit le chroniqueur officiel, un sentiment de joie? N'était-ce pas plutôt le remords?
Un autre événement vint, au commencement de 1436, mettre la ville de Tqurs en liesse. Le 4 février, la Reine accoucha d'un fils. Comme s'il eût voulu sceller le pacte conclu avec le duc do Bourgogne, Charles VII choisit ce prince pour parrain de l'enfant. Le nouveau-né, nommé Philippe, fut tenu sur les fonts, au nom du duc, par \e duc de Bourbon et par le comte du Maine.
Cependant les affaires du royaume ne tardèrent pas à prendre une tournure plus favorable : le 17 avril arrivait à Issoudun, où se trouvait le Roi , Raoulet Guillaume , chevaucheur dt* son écurie, porteur de lettres du connétable annonçant la réduction de Paris*. Bientôt vint à Bourges une députation des bourgeois et de l'Université pour saluer le Roi et le supplier de se rendre au milieu d'eux, en compagnie de la Reine et du Dauphin. Charles VII répondit qu'il mettait volontiers le passé en oubli; que les habitants de sa bonne ville de Paris seraient désormais en sa bonne grâce, et que, s'ils se conduisaient en bons et loyaux sujets, il les traiterait doucement et bénignement , comme leur bon Roi et leur naturel et souverain seigneur ; il ajouta qu'une des choses qu'il désirait le plus était de se rendre dans sa capitale, et que, quand il aurait réglé cet'taines affaires