Berry, p
6. Voir le fragment de lettre donné par Raynaldi, sous le § 4 de Tannée 1440.
lut tenue à Bourges au mois d'août 1440. Elle s'ouvrit eu présence d'un grand nombre de prélats et de docteurs de l'université. L'archevêque de Crète représentait le Souverain Pontife ; Jean de Ségovie et Thomas de Gourcelles avaient été députés par le conciliabule de Bâle.
On entendit d'abord le légat pontifical. Il demanda : 1« que le Roi réprouvât tout ce qui s'était fait à Bâle depuis la translation du Concile à Ferrare et donnât son approbation à co qui y avait été fait ; 2® qu'il ne donnât en aucune manière son assentiment à la déposition du Pape et à l'élection jdu duc de Savoie ; 3° qu'il n'envoyât point de représentants à la diète de Mayence (provoquée par l'empereur Frédéric III), sans s'être entendu avec le Pape ; 4° qu'il révoquât la Pragmatique sanction : le Pape promettait d'entrer en arrangement à ce sujet avec le Roi.
Thomas de Courcelles prit le lendemain la parole, au nom des Pères de Bâle, et prononça un long discours *.
Les délibérations de l'assemblée durèrent six jours. Elles se terminèrent le 2 septembre , par une déclaration que Jean d'Étampes, doyen de Poitiers, lut eh assemblée générale, le Roi présent. Cette déclaration était conçue en ces termes : « Le Roi , comme prince très chrétien, suivant les traces de ses ancêtres, proteste qu'il est prêt d'obéir à l'Église légitimement assfemblée. Considérant en outre qu'un doute très sérieux s'est manifesté, parmi un grand nombre d'hommes probes et graves, sur la question de savoir si la suspension et la déposition prononcées à Bâle et si l'élection qui s'en est suivie ont été faites conformément au droit et à la justice, d'une façon canonique et légitime ; que le même doute s'est produit sur la question de savoir si, au temps où ces décisions ont été discutées et prises, l'assemblée de Bâle représentait suffisamment l'Église universelle pour trancher des matières si importantes et si ardues, qui
1 . Le texte de ce discours se trouve dans les Preuves des liberté* de l'Église galticane, U* partie, p. 19-28. On lit à ce sujet dans une lettre de Nicolas de Clamanges da 9 septembre (jd.^ 2« partie, p. 199) : «Et locutus fuit solennissime et cam .gratitudine omnium dominas Tiiomas de Gorsellis, qui per duas horas tehuit, et valdë Régi plaçait. » — On peut juger de l'exactitude de cette assertion par le fait suivant : roratenr concluait à ce que Charles VU fît obédience au a vrai pape Félix V. »
intéressent de si près toute TÉglise, le Roi, n'étant point à ce sujet suffisamment informé, déclare persévérer et demeurer dans l'obédience du pape Eugène où il est présentement. Quand il sera duement éclairé à ce sujet, soit par un Concile œcuménique ou un autre Concile général , soit par une assemblée générale de TÉglise gallicane, convoqués d'une manière plus solennelle et plus ample, avec les ducs et barons de son royaume, et avec ses alliés, ou dans une convention des princes chrétiens, alors, la chose une fois élucidée au moyen d'une discussion approfondie, le Roi se prononcera, et adhérera à la vérité proclamée par l'Église catholique *. »
Il résulte d'une lettre de Nicolas de Clamanges , en date du 9 septembre, que tout en déclarant vouloir demeurer dans l'obédience d'Eugène IV, le Roi manifesta l'intention de ne point reconnaître comme Concile l'assemblée de Ferrare, et de maintenir inviolablement la Pragmatique; il continuait, d'ailleurs , à se prêter, d'çiccord avec le nouveau Concile général , à des niodifications sur les points qui pouvaient paraître trop rigoureux -. Le Roi réclamait donc la convocation de ce Concile, et demandait qu'il eût lieu en France.
Tels étaient les résultats qui découlaient de rassemblée du clergé : 1* l'Église gallicane entendait demeurer fidèle à Eugène IV et ne voulait reconnaître d'autre Pape que lui; 2** elle demandait la réunion d'un nouveau Concile général pour porter remède au schisme. — Les envoyés de Bâle fureut chargés de déclarer aux Pères qu'ils devaient suspendre leurs censures et leurs anathèmes, et s'appliquer à rétablir la paix dans l'Église. Enfin, l'assemblée autorisa la levée d'une décime destinée à faire face aux frais des ambassades, qui travailleraient à pacifier le différend.
Conformément aux décisions de l'assemblée et à la déclaration faite en congrégation générale, Charles VII donna (2 sep-
1. Le texte de cette déclaration est dans les Preuves des libérien de l'Église gallicane, â« partie, p. âOO; elle est reproduite dans Foidonnanco du 21 novembre 1440, niée ci-dessous.
2. Celle lettre se trouve dans Kaynaidi, année 1440, § 4. Cf. Preuves des libertei^ 2« partie, p. 199.
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tembrti) des lettres patentes, dans lesquelles il déclarait que, suivant Texemple de ses prédécesseurs, qui toujours avaient eu les schismes en très grande déplaisance et s'étaient employés de tout leur pouvoir à les « extirper, oster et tollir, » il déclarait persister « en- la bonne et vraye obéissance » du pape Eugène, et entendait que âa volonté fûta publiée et dénoncée» à tous ses sujets, défendant que « nul ne fut si hardy de dogmatiser ou de prêcher » contrairement à sa décision, et d'obéir à aucunes lettres émanant de « quelconque soy disant avoir droit au Papat ni d'autres quelconques sous le titre de Conseil de Bâle ; » déclarant en outre qu'il demandait au Pape d'assembler, dans le délai d'un an, un nouveau Concile général, (c pour l'apaisement des opinions diverses estans es matières dessusdites, sur lesquelles, avons tousjours esté , sommes et serons prests d*obeir à toute vérité catholique*. »
Le môme jour, le Roi, voulant donner satisfaction à certaines requêtes présentées par les envoyés des Pères de Bâle, donna d'autres lettres défendant de recevoir ou de mettre à exécution dans son royaume aucunes lettres de citations, suspensions ou privations de bénéfices, ou autres censures, à l'occasion des divisions survenues entre le Pape et le Concile, non plus que de laisser prendre possession, par ces voies et moyens, des bénéfices, dignités, prélatures ou de tout autre office, déclarant vouloir maintenir dans son intégrité la teneur de sa Pragmatique sanction *.
Ainsi, tout en demeurant dans l'obédience d'Eugène IV, Charles VII refiisait de faire droit aux requêtes du Souverain Pontife, relativement à la Pragmatique.
Le Roi écrivit au Pape pour lui faire part de ses résolutions. Nous avons la réponse d'Eugène IV à cette communication. Au milieu de félicitations sur le Conseil « dignement et saintement tenu, » sur les sentiments exprimés par le Roi, qui témoignaient de sa vertu, de son dévouement, de sa sagesse, sur l'acte digne de toute louange et d'une gloire immortelle