Voirchap. i, pages 11-12, 15 et suiv
grand nombre par la chancellerie royale, à partir de 144S, nous rencontrons la même énumération un peu banale d'excès commis : « Destrousses , raenconnemens , emprisonnement de bestial et aussi de gens et personnes, hommes et femmes, tant d*eglise, nobles, bourgois, marchans, laboureurs que autres; avoir espié et guecté chemins, passaiges et destroiz, pillé foires et marchiez, prins chasteaulx et forteresses d'emblée et autrement...; avoir tué et murdry gens, bouté feux et violé femmes et églises ; avoir desobey aux lettres, mandeniens et défenses de nous et de nos juges, bailliz, ofQciers et subgiez, et fait plusieurs autres grans et énormes maulx, dommaiges, pilleries , roberies et maléfices sur noz povres subgiez , soubz umbre de nostre service et de nostre guerre, et autrement, en estranges manières, dont declaracion ne pourroit ne peut en ces présentes estre faicte *. » '
Mais il faut interroger les contemporains et leur laisser le soin d^entrer dans le détail.
c Je ne dy mie, écrit Jouvenel des Ursins dans son Épitre de 1433, que seulement lesdiz delltz se commettent par les ennemis, mais ont esté fais et commis par aucuns qui se dlsoient au Roy; lesquelz, aaab% umbre des appatis et aullrement, prenoient Hommes, femmes et petis enffans, sans différence de aage ou de sexe, efforçoient les femmes et les filles; prenoient les maris et pères, tuoient les maris et pères en la présence des femmes et filles ; prenoient les nourrisses et laissoient les petis enffans qui par faulte de nourriture mourrelent; prenoient femmes grosses, les mettoient en seps, et là ont eu leur fruit, lequel on a laissé morir sans baptesme, et après aler getter et femme et enfilant en la rivière ; prenoient prestres, moynes et gens d'esglise laboureulx et les mettoient en seps volans et autres manières de tourmens nommez singes, et eulx estant en iceulx les bastoient, dont les aucuns sont mutilez , les aultres enragez et hors du sens; appatissoient les villages, tellement que ung povre village estoit à appatis à huit ou à dix places, et se on ne payoit on aloit bouter le feu es villages et esgiises ; et quant les
1. Lettres de rtoission dans les Registres du Trésor des chartes ^ passim. Voir en particulier JJ 177, n» 177 et JJ 179, n» 112, dans Tuetey, les Écorcheurs sous Charles Vil, t. n, p. 438 et 444 ; JJ 177, n<» 112; 178, n»» 170 et 191 ; 179, n« 9 ; JJ 180, n<» 140 ; JJ 181, n«« 253 et 267, etc.
povres gens estoient prins et ilz ne povoient payer, on les a aucunes foys assomés, eulx estans es seps, et gettez en la rivière, et n^ demouroit cheval labourant ne aultre béate ^ »
Jouvenel insiste encore davantage dans son Épttre de 1440 :
a Depuis trente quatre ans en ça, et dès devant, a eu plusieurs divisions civiles eu ce royaume, soubs umbre et par le moyen desquelles les seigneurs ont levé et mis sus plusieurs gens de guerre, avecques lesquelz se sont mis gens de peuple, et y sont venus à cause de ce plusieurs estrangiers, tant escossoys, espaignos, lombars, arragonois et gens de toutes nacions estranges... Et Dieu scet les tirannies que a souflFertes le povre peuple de France par ceuli qui les deussent avoir gardés! Car entre eulx n'a eu ne ordre ne forme de conduire guerre, mais chascun a fait le pis qu'il a peu, en eulx en ce faisant glorifîans. Quantes esglises ont esté par eulx arses et destruites, où Dieu es toit servi, et les bonnes gens ars, brûlez et derompus dedens; les autres par eulx remparées et foriifûées ordonnées à estre herbages et receptacules à larrons, ribaulx, murtriers et toutes mauvaises gens , estables à chevaulx, bordeauli publiques, prisons à tenir en prison et tiranniser les povres gens du pays, mesmes de tous estas et gens mesmes du païs; les reliques prinses es esglises et emporter les reliquaires où elles estoient, et getter les reliques en lieux prophanes non honnestes ; et semblablement du vaissel où repose Corpus Domini, icelluy getter en Pesglise à Taventure, prendre corporaulx et aultres habîUemens d^esglise et les appliquer en aultres usaiges très deshonnestes et abhominables à nommer. Et au regard des povres prebstres, gens d'esglisc, religieux, et aultres povres laboureurs, on les prent et emprisonne et les met-on en fers, en seps volans, en fosses, en lieux ors plains de vermine, et les laisse-on morir.de fain dont plusieurs meurent. Et Dieu scet les tirannies que on leur faiti On rostit les ungs ; aux aultres on arrache les dens ; les 'aultres sont battus de gros basions, ne jamais ne seront délivrés ju^ues ad ce que ilz ayent payé argent plus que leur chevance ne monte... £t pour abresger tous les maulx que on pourroit dire lesdiz gens euix disans à vous font au peuple de tous estas'. »