Rodrigue de VUlandrando, par M. Quicherat, p
1437 CHARLES VII jusqu'à LA PRAGUERIE. 47
rencontea près de Hérisson les fourriers et autres officiers du Roi qui venaient préparer ses logis. C'était pour les brigands une rare fortune : sans respect pour la livrée royale , ils firent main basse sur les bagages. A cette nouvelle, le Roi, justement indigné d'une telle licence, donna Tordre de marcher contre les pillards.
Rodrigue de Villandrando n'osa pas affronter la lutte : se frayant un passage à travers le Bourbonnais et le Forez, et traversant le Rhône , il alla se mettre hors de l'atteinte du Roi sur les terres de l'Empire, près de Trévoux*, Toute poursuite était désormais inutile; après s'être avancé jusqu'à Roanne', Charles VII prit le chemin du Berry.
Cette activité et cette vigueur déconcertèrent les princes. Mettant fin à leur conciliabule , ils se dispersèrent aussitôt. Le duc d'Alençon regagna ses domaines ; le roi de Sicile et le duc de Bourbon tentèrent d'approcher du Roi , qui était venu s'installer à Bourges. Charles VII leur fit dire qu'il ne les recevrait pas. Grâce à l'intervention de la Reine sa sœur et de son frère Charles d'Anjou, le roi de Sicile fut pourtant admis à l'audience royale ' : il fit sa soumission à Gien , le 2 août. Un acte de ce jour, passé entre le roi de Sicile et Charles d'Anjou, et qui porte la signature de la Reine, nous initie aux arrangements politiques pris alors, soit pour sauvegarder les intérêts de René qui allait rejoindre sa femme dans le royaume de Naples , soit pour ménager le retour à là Cour du duc de Bourbon *. Mais ce prince dut rester à l'écart*. « Le Roy ne le vouloit veoir,
i. Berry, p. 395. — Un document, dont M. Quicherat n*a pas fait usage, fixe la date de ce passage. C'est le Journal de Jean Denis, publié par M. Canat, dans Touvrage auquel nous âYons fait de si fréquents emprunts. On y voit (p. 272) que le 29 juin furent pendus à Mâcon hait hommes de guerre de la compagnie de Rodrigue, venus pour piller. Leur capitaine était alors avec mille chevaux vers Yillefranche et Anse, c'est-à-dire vers les rives du Rbdne.
2. Chronique d'Alençon, dans Du Chesne, f. lOi v». — On a des lettres du 13 juin, datées de Saint-Haon.
3. La Chronique d'Alençon dit à ce propos (f. 105) : c Et fut plus de deux mois avant qu'il vousist veoir le Roy de Cecille. 9 Mais l'itinéraire du Roi montre qu'il ne put s'écouler un délai aussi prolongé , car, arrivé le 5 juillet à Bourges, Charles VII en partit à la fin de ce mois pour son expédition de Montereau.
4. C'est à Gien que fut passé cet acte, qui est longuement analysé dans V Inventaire de Lorraine conservé aux Archives, KR 1116, f. 515-vo 522 v«. Cf. le roi René, par M. Lecoy de la Marche, 1. 1, p. 131-32.
5. M. Quicherat dit (p. 142) que la peur fit épuiser au duc de Bourbon toutes les formules
ne ouyr parler de lui, pour le despit qu'il avoit des graus plaintes et pilleries que ledit Rodigues , acompaignié de deux mille combattans, telz quelz, fesoient ou païs du Roy par le port dudit de Bourbon*. » René eut beau insister, faisant observer que le duc avait de nombreux gens de guerre, prêts à servir le Roi ; il lui fut répondu « qu'il se deportast de en plus parler, et que le Roy avoit intencion, au plaisir de Dieu, de fournir et emplir le fait de sa guerre en la fourme et manière que délibéré il avoit*. » Pour obtenir sa grâce, il fallut que le duc désavouât Rodrigue , qui fut banni du royaume , et s'obligeât à éloigner de sa personne le bâtard de Bourbon et Jacques de Chabannes, pour les envoyer servir en Gâtinais contre les Anglais*. Ainsi fut étouffée , grâce à l'énergie du Roi , une tentative de révolte qui aurait pu mettre la couronne en péril; la Praguerie était reculée de trois ans.
Charles VII se retrouve enfin, tel que nous l'avons vu de 1418 à 1421, à Azay, au Pont-Saint-Esprit, àMontmirail, àGallardon. Il reprend l'épée en même temps que le sceptre , et chaque jour marque un progrès dans la transformation qui s'opère chez lui *. A peine l'expédition contre Rodrigue de Villandrando estelle terminée que le Roi prépare une nouvelle campagne. Au commencement de juillet, il fait acheter deux coursiers pour son corps^. Le 10, il écrit aux habitants de Reims qu'il va se
de rhamilité. Berry nous apprend (p. 395) qu*il s*étail empressé de désavouer son beau-frère Rodrigue et de dédarer qu*il était prêt à faire tout ce que le Roi voudrait lui commander.