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1437 CHARLES VII jusqu'à LAÎ PRAGUERIF. 31

avait été très éprouvée par le siège de Moûtereau, que Thiver commençait, qu'il serait difficile de tenir les champs et d'assurer la âolde aussi bien que la subsistance des troupes. Il fut décidé que les capitaines recevraient, jusqu'à la saison prochaine, des assignations pour leur logement. Le comte de la Marche, qui avait sous ses ordres le contingent le plus important, fut chargé de faire hiverner les gens de guerre dans son pays de la Marche, tout en demeurant prêt, au premier signal , à les ramener au service du Roi. Après avoir pris ces dispositions, Charles VIJ s'achemina vers sa capitale, s'arrêtant à Melun, où il célébra la fête de la Toussaint , et à Gorbeil, où il passa quelques jours, tandis qu'on achevait les préparatifs de sa réception.

Le 12 novembre 1437 eut lieu l'entrée solennelle. Bien qu'elle eût perdu de son antique splendeur, la cité de Philippe- Auguste et de saint Louis était toujours considérée comme « la gloire du royaume et la tête de la France \ » La magnifique réception qu'elle fît au souverain revenant en vainqueur dans ses murs, montra bien que sa déchéance ne devait être que passagère ^,

Charles VII avait couché la veille à Saint-Denis. Le prévôt de Paris, le prévôt des marchands, les échevins et les boùrgepis en grand nombre , l'évêque de Paris avec son clergé , le Parlement, l'Université, la Chambre des comptes, se portèrent à sa rencontre jusqu'à La Chapelle-Saint-Denis. Le Roi montra,, suivant sa coutume, beaucoup d'affabilité ^ Il reçut les clés de la ville des mains du prévôt des marchands, et les remit au connétable. Quatre échevins s'avancèrenjt, portant un riche dais en drap d'or vermeil , semé de fleurs de lis d'or , sous lequel le Roi prit place. Le cortège se mit en marche. Il s'ouvrait par un corps de huit cents archers, commandé par le grand maître des arbalétriers, Jean de Graville. Les archers du comte du Maine , les archers de la garde du Roi , venaient à

1. a Si quid tibi gloria est regni sedere Galliae caput et nominis majestatem consequi, » disait Alain Chartier, dans son De detestatione belli GalUci et suasione paàs. Voir Œuvres, p. i87.

2. Sar rentrée de Charles VU dans Paris , voir Tacte notarié qui se trouve dans les Hegistrea eapitulaires de Notre-Dame, aux Archives, LL 217, f. 165 v», 166 v»; Berry, p. 398-99 ; Monstrélet, t. Y, p. 301-306 ; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 335-36.

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la suite; puis les hérauts des princes du sang, des rois et des princes étrangers, portant les cottes d'armes de leurs maîtres.

Sur quatre coursiers semblables, revêtus de drap blanc parsemé de cerfs ailés d'or, s'avançaient , précédant le Roi , son grand écuyer, son roi d'armes et deux écuyers d'écurie. Poton de Saintrailles portait sur un bâton le heaume royal, siu^monté d'une couronne et ayant pour cimier une grosse fleur de lis double en or. Le héraut Berry tenait entrp ses mains la cotte d'armes du Roi, en velours azuré à trois fleurs de lis d'or brodées, de perles 'fines. Un des écuyers d'écurie portait en écharpe l'épée de parement, « toute semée de fin or d'orfèvrerie en fleur de lys. »

Charles VII était monté sur un magnifique cheval , entièrement recouvert d'un riche caparaçon de velours azuré semé de fleurs de lis d'or; armé de toutes pièces, il avait la tête découverte; par-dessus son armure, une longue robe de drap d'or

traînait jusqu'à terre. Jean d'Aulon, le compagnon de Jeanne d'Arc et l'un des écuyers d'écurie du Roi, marchait à pied, tenant son cheval par la bride. Aux côtés du souverain, mais un peu en arrière, on voyait : à droite, le connétable de Richemont, ayant au poing son bâton de commandement; à gauche, le comte de Vendôme, grand maître de l'hôtel. Le Dauphin, revêtu des plus riches habits , chevauchait derrière son père , escorté par le comte du Maine et par le comte de la Marche. Les pages du Roi et du Dauphin, ceux des princes et seigneurs, venaient à la suite.

Enfin apparaissait, armé de toutes pièces et portant à la main un gros bâton de bois, en signe du commandement, Jean, bâtard d'Orléans. Ses épaules étaient ornées d'un collier d'or, formé de feuilles de chêne, du poids de cinquante marcs. Il conduisait l'armée royale, forte d'environ mille lances : toute la chevalerie du Roi était là, rivalisant de splendeur, et ofl'rant le plus éblouissant spectacle. Derrière le bâtard, un écuyer' d'écurie du Roi , monté sur un grand destrier, tenait une lance vermeille semée d'étoiles d'or; cette lance était surmontée d'un étendard, également parsemé d'étoiles d'or, sur lequel était Représenté saint Michel, patron du royaume.

CHARLES VII JUSUU A LA PRAGUERIE.

En arrivant au Ponceau Saint-Lazare, on vit s'avancer un groupe de personnages , montés sur « diverses bestes , » qui figuraient les sept vertus théologales et les sept péchés capitaux. A la porte Baint-Denis, un ange, suspendu dans les airs, et semblant descendre du ciel, portait un écu d'azur à trois fleurs de lis d'or, au-dessous duquel on lisait ce quatrain :

Très excellent Roy et seigneur, Les manans de vostre cité Vous reçoivent en tout honneur Et eu très grande humilité.

Devant les Filles-Dieu, une grande fontaine versait à la fois, par quatre tuyaux , du lait , du vin vermeil , du vin blanc et de Teau ; des gens se tenaient tout autour, donnant à boire aux passants dans des tasses d'argent. Sur tout le parcours, et principalement dans la rue Saint-Denis , des échafauds , richement tendus , avaient été dressés : on y voyait la représentation de divers mystères : TAnnonciation, la Nativité, lu Passion , la Résurrection , l'Ascension , la descente du Saint- Esprit. Devant le Châtelet, on représenta le Jugement dernier, où l'on voyait l'archange saint Michel occupé à peser les âmes.

Un auteur contemporain, fort hostile, constate qu'à cette entrée on « fist aussi grant feste comme on pouroit faire à Dieu*. » Mais l'impulsion était irrésistible. Les rues et les fenêtres étaient remplies d'une foule immense , avide de contempler un si beau spectacle. Il semblait que, comme plus tard à une autre entrée royale succédant à de nouveaux malheurs, le peuple fût « affairé de voir un Roi. » Des larmes de joie coulaient de tous les yeux; les cris : Noëll Noël! étaient mille fois répétés*.

Arrivé au portail de Notre-Dame, le Roi descendit de cheval.

1. Journal d'un bourgeois de Paris ^ p. 335. — « Les bourgoys lui mirent un ciel sur sa teste comme on a à la Sainct Sauveur à porter Nostre Seigneur. »

2. « Lesquelx en divers lieux crioient à haulte voix Noël pour la joyeuse venue de leur Roy et naturel seigneur et de son Gis le Daulphin. Si en y avoient plusieurs qui plouroient de joie et de pitié qu'ilz avoient de ce qu'ilz le revéeoient en leur ville. » Mons> trelet, l. V, p. 308. Cf. Martial d'Auvergne, tes Vigilles (le la mort du Roy Charles VU, i. 1, p. «7.

11- était quatre heures de raprès-midi. L'évêque de Paris, le clergé et T Université Tattendaient devant les portes de la basilique , restées fermées. Une harangue lui fut adressée par un docteur de l'Université*. Puis Tévêque Jacques du Ghastelier s'avança, portant le livre des Saints Évangiles, et prononça les paroles suivantes :

« Très chrestien Roy, nostre souverain et droicturier sei- « gneur, les saincts et très chrcstiens Rôys de France, vos <r prédécesseurs, qui tant ont honoré et aimé Dieu et l'Eglise, « si ont accoustumé que^ après leur unction et sacre, en leur « premier joyeux advenement en ceste vostre cité, ilz viennent « premier à l'église , et devant qu'ils entrent en ladite église , « ilz doivent faire premier le serement à l'église. Et ainsi le c< devez faire , en ensuivant les sainctes voyes et bons propos « de vos prédécesseurs , et est le Serment tel. »

L'évêque lut la formule. Le Roi se mit à genoux, baisa la croix et le livre sacré. Puis, étendant la main sur les Évangiles , il dit à haute voix : c^ Ainsi comme mes prédécesseurs l'ont juré , je le jure ^. »

Alors les portes s'ouvrirent, et les cloches sonnèrent à toute volée. Charles VII pénétra dans la cathédrale , dont les trois nefs étaient éclairées par une multitude de cierges. Au milieu des acclamations qui retentissaient et des cris de Noël! Noël! il alla s'agenouiller devant la statue de la Sainte Vierge; revêtu d'une chape, il prit place dans le chœur, où il vénéra les reliques. Un Te Deum fut chanté solennellement et les oraisons furent dites par l'évêque de Paris.

Après avoir accompli ce devoir royal auquel, durant le cours de sa vie , il demeura toujours fidèle , le Roi remonta à cheval et alla loger au Palais.

Les témoignages sur l'enthousiasme populaire sont unanimes : « Et fist-on moult grant joie celle nuit, dit un chroni-

i. Singulier retour des choses d'ici-bas! Le docteur chargé de porter la parole au nom de rUniversitë n'était autre que Nicolas Midi, Tun des juges de Jeanne d'Arc, et le plus acharné contre la Pucelle ! L'analyse de sa liarangue est donnée par du Boulay, t. V, p. 442.

2. Registres capitulaires de Noire-Dame de Paris, aux Archives, LL217, f. 357-59. Cf. Journal d'un bourgeois de Paris , p. 336 , note.

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queur peu suspect, comme de bucciner^ de faire feus enmy les rues, dancer, menger et boyre, et de sonner plusenrs instrumens*. » Un autre peint en ces termes les sentiments qui agitaient les esprits : « Les uns se efforçoieut de chanter et crier Noiiell et les autres plouroient et crioient, en suppliant le Roy qu'il leur vousist pardonner les grans ofTences que, par l'espace de près de vingt ans, ilz avoient commis envers lui^» On dit que le Roi lui-même, touché d'un tel spectacle, ne put dominer son émotion , et qu'il versa des larmes de joie*.

Le lendemain, Charles VII alla entendre la messe à la Sainte- Chapelle, où il fit vénérer au peuple les saintes reliques; puis il monta à cheval, et se rendit à l'hôtel Saint-Paul où il établit sa

résidence*. Son séjour à Paris fut signalé par d'utiles mesures : il nomma Amboise de Loré prévôt de Paris ; il accueillit avec bienveillance lés requêtes que la ville, l'Université, le Parlement lui présentèrent •, et l'on remarqua qu'aucune représaille politique ne fut exercée ^ : les Anglais furent seuls exclus du Parlement, où les Bourguignons demeurèrent en fonctions. Le 3 décembre, Charles Vil quitta sa capitale pour retourner dans les provinces du centre : le 22, il rejoignit la reine à Tours*, où « il fut moult parlé entre les dames et autres des grans biens et vaillances du corps du Roy, et du beau commencement de monseigneur le Daulphin, de la bonne fortune que Dieu leur envoya de Tentrcprinse , et de leur entrée à Paris ^. ».

Charles VII ne fit point un long séjour à Tours. Au mois de février 1438, emmenant avec lui le Dauphin, il se rendit à Poi-

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