Chronique d'Alençon, f
6. c Et ledit messire Charles d'Anjou , seul sans nos autres seigneurs de France , cooibien qu'il fust moult jeune, et bien est apparu, gouvernoit le Roy et son ostel ; de qiioy le duc de Bourbon n'estoit pas bien content. » Chronique d'Alençon y f. 109 v».
7. Ces deux jumelles , nommées Jeanne et Maiie , étaient nées (sans doute à Amboise) le 7 septembre 1438. Chronique d'Alençon ^ f. 109 ; le P. Anselme, 1. 1, p. 118.
mois auparavant, et ne devait pas raccompagner dans ce voyage. Le 14 février, le Roi était à Poitiers; le 2 mars, il faisait, avec le Dauphin, son entrée dans Limoges.
Uîi curieux document contemporain va nous permettre de pénétrer un moment dans la vie intime de Charles VII : c'est une relation de l'arrivée du Roi et de son séjour à Limoges, faite par un chambrier du monastère de Saint-Martial *. Le moine raconte d'abord la marche du cortège ; l'exposition de la croix et des reliques, devant lesquelles Charles s'arrête à deux reprises , descendant de cheval pour adorer la croix ou baiser les reliques ; l'entrée dans la ville , au milieu des cris populaires de : Noël ! et la visite à l'église Saint-Martial. Il donne des détails sur les logements du Roi, du Dauphin et des personnes de leur suite : le bon moine raconte qu'il donna l'hospitalité à l'apothicaire du Dauphin, « lequel, dit-il. ne contraria en rien ma volontp, bien qu'il couchât dans ma chambre et dans mon lit, et même avec Denis, mon clerc et mon serviteur, à qui il donna au départ cinq sous , malgré moi^. » Il rapporte que Tanguy du Ghastel avait envoyé au Dauphin une jeune lionne, âgée de huit mois, qui faisait ses délices, mais que, une nuit, la lionne, attachée près d'une fenêtre, sauta au dehors, et se trouva étranglée : dont le Dauphin fut moult dolent. Enfin , il arrive à ce que nous pourrions appeler Isl journée de Charles VII en voyage.
a Voici ce que fit le Roi chaque jour qu'il passa ici. Et d'abord le mardi 3 mars, lendemain de son arrivée, il se rendit à Saint- Martial et y entendit sa niesse du jour, et les vêpres, au maîtreautel... Après les vêpres, chantées par sa chapelle, le seigneur abbé et tout son monastère furent présentés au Roi , devant le grand autel, par monseigneur Jacques de Ghabannes, chevalier et séné-
1. Ce document, publié d'abord par M. AUou dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XI, p. 357 et suiv., a été reproduit, avec une traduction française, par M. Maurice Àrdant, en 1854, dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin y t. V, p. 55-70, et réimprimé en 1874 par M. Duplès-Agier à la suite de son édition des Chroniques de Saint-Martial de Limoges ^ p. ^02.
2. <( Âpothecarius domini Delphini, qui vocabatur G. Boutet, de civitate Bituricensis, fuit hospes meus , qui non gravavit in aliquo contra voluntatem meam ; verumtamen in caméra et iecto meo jacebat , et etiam cum Dionysio , clerico meo mihi servienli ; cui dédit in recessu v solidos, quod tamen ego nolebam. »
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chai de Toulouse ; et là môme le Roi accueillit avec bonté le seigneur abbé et tout son couvent, qui lui offrirent leurs personnes elles biens de leur église pour son service et à son bon plaisir... Après son dîner, le Roi nous fit savoir qu'il désirait voir le lendemain le chef du bienheureux saint Martial, ce qui eut lieu : le Roi le vénéra sur le maître-autel, et avec lui les seigneurs de sa suite, ou la plupart d'entre eux... Le Roi entendit, dans Téglise, tout son office comme la veille, et nous y assistâmes aussi.
« Le jour' suivant, à savoir le jeudi cinq, le Roi fit disposer pour lui la chapelle de Saint-Benoît, et y fit célébrer le service divin pendant son séjour dans la ville. A sa sortie de Téglise le même jour, avant de prendre son repas dans la maison de maître Martial de Bermondet, lieutenant du Roi et consul de ladite ville en cette année, il entendit une harangue belle et notable, où le consul exposa hautement les pauvretés, misères et afflictions, les brigandages des gens de guerre de Ghalucet, et les autres maux que la contrée souffrait chaque jour. Le Roi écouta ces paroles gracieusement et bénignement, promettant d'apporter remède à ces maux dans un bref délai. Le même jour, après dîner, le Roi monta à cheval , et se rendit hors des murs avec la plus grande partie de ses barons et de sa noblesse ; il entra dans l'église Saint-Étienne, où on lui montra la chemise et la mâchoire de sainte Valérie, première martyre de la Gaule ; après les avoir vénérées, il rentra et parcourut la cité; passant devant les Frères-Prêcheurs, Saint-Géraud et les Grands Carmes, il vint au Creux des Arènes, où il s'arrêta quelque temps pour voir tirer à l'arbalète * ; puis il rentra par la porte des •Arènes, traversa le marché près du Pilori, et regagna sa demeure. »
Charles VII fut enchanté de la réception des habitants de Limoges. Il leur accorda des lettres de sauvegarde. Un peu plus tard, voulant les récompenser de leur fidélité, il leur donna un blason où figuraient les armes de France*.
De Limoges, où les États de la province se réunirent en sa présence ', le Roi se rendit à Riom : il y présida une réunion
1. Nous verrons plus loin que Henri Baude, dans son Portrait historique, parle de la passion du Roi pour le tir à Tarbalète.