‹ Histoire de Charles VIIChapitre 5 sur 340 · Ms. fr. 2861, f · texte numérisé non relu

Ms. fr. 2861, f

6. Gmel, p. 379-^; Berry, p. 393-94; Chartier, 1. 1, p. t'iO-^t ; Journal d'un bourgeois de Paris ^ p. 313-18. Cf. Vallet, t. II, p. 351-61, et Tuetey, les Écorcheurs sous Charles Vil, 1. 1, p. 13.

dans la Basse-Normandie et prit position à Granville (fin mai)'. Mais cette triple expédition n'amena pas les résultats espérés. Gisors, iin moment occupé, dut être évacué^; le connétable, dont le dessein était de se porter sur Rouen après avoir rallié les forces de La Hire et du maréchal de Rocliefort, fut obligé de renoncer à son projet, rendu inexécutable par les succès de Talbot dans la Haute-Normandie. Les Normands retombèrent sous le joug écrasant qu'ils étaient condamnés à subir encore pendant de longues années'. Ricliemont se rabattit surCreil; de concert avec le bâtard d'Orléans, il tenta vainement le siège de cette place ; de là il se rendit en Artois , où il offrit au duc de Bourgogne , pour la lutte que ce prince allait engager contre les Anglais, un concours qui ne fut point accepté*.

Philippe s'était, en effet, décidé à assiéger Calais. Préparée de longue main avec le concours des milices flamandes , cette expédition échoua misérablement : le duc, lâchement abandonné , dut lever soudain le siège. Le duc de Glocester, auquel Henri VI venait de donner le comté de Flandre , débarqua à Calais à la tête d'une armée, et put librement porter le ravage dans la Flandre. En même temps le duc d'York, désigné comme successeur de Bedford, dont le décès remontait au mois de septembre 1435, opéra sa descente à Pennedepie' près d'Honfleur (juin). Prenant aussitôt Toffensive, ce prince s'empara de Charabrois, de Saint-Çrermain-sous-Cailly, de Lillebonne et de Fécamp, tandis qu'un de ses lieutenants, Thomas Kyriel, opérait dans le pays de Bray avec non moins de succès *.

1. Gruel, p. 383; Monslrclet, t. V, p. 233; document dans Stevenson, t. II, p. lvih-lxi; Archives, K 64, no» 10 « «^ a ; Ms. fr. 26061 , n«»« 2836, 843 et 89t .

2. C*est le 7 mai 1436 que Gisors fut repris par les Anglais. Voir un document du 8. novembre 1438. Archives K 64, n» 23«.

3. Le pays de Gaux, privé de deux cent mille habitants pai- la guerre, la famine elles épidémies , était absolument dévasté et ruiné. De la Seine à la Somme et de TOisc à la mer, la Normandie était comme un désert. Pendant plus de dix ans le pays resta sans culture et Ton jie voyait même plus trace de chemins. Thomas Basin, 1. 1, p. 117-118. Cf. tes Cronicques de Normendiey p. 85, et Beaurepaire, États de Normandie^ p. 59.

4. Monstrelet, t. V, p. 243 et suiv.; Berry, p. 394; Chronique d'Alençon, attribuée à Perceval de Gagny, dans Du Ghesne, vol. 48, f. 100 v«.

5. 11 résulte d'un aveu de la baronnie de Roncheville, du 1«r décembre 1522, qu'il avait existé un port sur le tennloirc de Pennedepie. Archives, R* 1102, n* 2539.

6. Monstrelet, t. V, p. 263-65 et 271-72 ; Chronique d*Alençûn, dans Du Ghesne, f. 103 ; Les Cronicques de Nonnendie , p. 86-87 ; Archives, K 64, n«» lO^^et suiv. ; Ms. fr. 26061 , n" 2879, 2900, 2914, 2999, et 26062, n»» 3030 et suiv.

1436 ÉVÉNEMENTS MIUTAIRES DE 1435 A 1444. 9

La guerre était donc plus violente que jamais , et le traité d'Arras , salué par les populations comme l'aurore dé la délivrance *, était loin d'avoir mis un terme à leurs souffrances. La lutte ne cessait même pas entièrement entre Boui^uignons et Français : les capitaines de chaque parti, obéissant à des rancunes personnelles, ne laissaient point échapper une occasion d'en venir aux mains. 11 en résultait pour le peuple un accroissement de maux ; de toutes parts les ruines allaient s'arooncelant. « Si n'y povoient , dit un auteur du temps , les povres laboureurs mettre aultre provision, sinon de crier misérablement à Dieu, leur créateur, vengeance*. » A Paris, où la domination française avait été accueillie avec enthousiasme, le mécontentement commençait à se faire sentir. On se plaignait de la lenteur apportée à la réorganisation des services publics , de l'indiscipline et des exigences des gens de guerre , du mauvais gouvernement du connétable, et, par-dessus tout, de l'absence du Roi, qui avait passé l'hiver dans le midi'.

L'échec du duc de Bourgogne devant Calais équivalait pour les Anglais au gain d'une bataille. Débarrassés de ce nouvel adversaire qui, d'ailleurs, allait être pendant longtemps absorbé par ses luttes avec les villes flamandes (avril 1437-mars 1438), nos» ennemis pouvaient concentrer tous leurs efforts contre la France. Si les ressources financières ne leur avaient fait défaut*; si surtout des rivalités de plus en plus vives dans

1. La joie avait ëtë générale dans le royaume. Voir la ballade chantée à Arras , dans la c graot joyeuseté » qai y fiit faite; le texte a été publié par M. J.-M. Richard dans la Revue des questions historiques, t. XVHI, p. 2Î5 et suiv.

2. Voir Monstrelet, t. V« p. 269. Cf. lettre de rémission publiée par Tuetey> L e,, p. 16, note.

3. « Et en celuy temps n*estoit nouvelle du Roy nullement, ne que se il ftist à Romme ou en Jhemsalem. Et pour certain, oncques puis rentrée de Paris, nulz des cappitaines françoys ne Ûst quelque bien dont on doye aucunement parler, se non rober et pillier par nuyt et par jour, s Journal d*un bourgeois de Paris, p. 327.

4. La Normandie, de plus en plus exploitée et maltraitée, votait, à son corps défendant, de lourdes impositions. Le 22 avril 1437, le conseil anglais à Rouen imposait d^office une somme de 16,500 I. destinée à rembourser au duc d'York et à d'autres seigneurs les avances par eux faites pour le siège de certaines forteresses. On voit par d'autres actes que les capitaines étaient obligés d'emprunter pour payer leurs gens de guerre. £n Angleterre , le roi engageait les joyaux de la couronne et contractait de nombreux emprunts. Reaurepaire, /. c, p^ 59-61; Stevenson, /. c, t. II, p. xxx et Lxxi; Brequigny, vol. 82, f. 1; Proceedings and Ordinances, t. V, p. 13-U et 313-14; Ms. fr. 25973, n» 2186.

le Conseil privé n'étaient venues paralyser leur action, ils auraient pu nous causer de graves préjudices. Mais le cardinal de Winchester, qui avait pris la direction des affaires , était en lutte ouverte avec le duc de Glocester : il travaillait à faire enlever la lieutenance générale au duc dTork pour la faire donner à Richard Beauchamp, comte de Warwick. Voulant rendre son pouvoir inébranlable, il simula un projet de retraite à Rome, et se fit donner par le conseil Tordre de rester à la tête du gouvernement. D'ailleurs Beaufort — comme autrefois La Trémoille à Tégard de Charles VII — s'imposait au roi par les finances, étant le prêteur attitré de la couronne en détresse*. C'est vers Paris que se tournaient toujours les regards des Anglais. A la fin de janvier 1437, ils réussirent à s'emparer d'Yvry. Le 13 février, l'incurie de L'Isle-Adam leur permit de reprendre Pontoise sans coup férir*. Le mois suivant Talbot s'empara de plusieurs places dans le Vexin, au nord de Pontoise'. En avril, les Français perdirent MOB^targis, Chevreuse et OrviUe*. La situation de la capitale devenait alarmante. La réduction de Beauvoir, près de Meaux, et de Malesherbes, opérée par le connétable (avril-mai), ne suffisait pas pour conjurer le péril. A ce moment éclata une conjuration, à laquelle furent mêlés un avocat au Parlement et un clerc des comptes, et qui avait des ramifications hors de Paris". On s'aperçut que les secrets de l'état étaient livrés à l'ennemi, et l'on sévit avec vigueur. Une députation des Parisiens se rendit près du Roi (fin d'avril) pour le mettre au courant de la situation. Charles VII, au retour de son voyage en Languedoc et d'une brillante campagne contre Rodrigue de Villandràndo dont il sera parlé plus loin, s'occupa de porter remède à un état de choses que le connétable, alors installé dans son gouvernement de l'Ile de

i. Voir Turner, History of England, éd. in-8«, t. 111, p. 33-37; Stevenson, /. c, t. II, p. xxix-xxx.

2. Berry, p. 394; Ghartier, t. I, p. 233; Journal d'un bourgeois de ParisrP- 329; Chronique d'Alençon, dans Du Cbesne, f» 103 v»-10i.

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