‹ Histoire de Charles VIIChapitre 53 sur 340 · Monstrelet, Le · texte numérisé non relu

Monstrelet, Le

1435 LES SUITES DU TRAITÉ d'ARRAS. 77

leur commerce , et le gouvernement dut intervenir pour assurer leur sécurité *.

En même temps qu'il repoussait avec dédain les ouvertures du duc de Bourgogne , le Conseil anglais se mit en mesure de reprendre énergiqiiement la guerre. Dans la réponse à une ambassade des États de Normandie , venue pour protester de la soumission de la province, on fit savoir (23 décembre) que, par l'avis du Parlement , on allait mettre sur pied « une très grosse et puissante armée , et la plus grosse qui de mémoire d'homme passa delà la mer^; » qu'avant le l*"" janvier partirait une « belle compagnie, » si le vent le permettait; que d'autres troupes suivraient avant la fin de janvier, et qu'après viendrait la a grosse armée , » sous les ordres du duc dTork , ayant en sa compagnie les comtes de Salisbury , de Suflblk et de Mortain. Toutefois , Henri VI ne repoussait point des idées de conciliation qu'il savait conformes aux sentiments de ses sujets d'outremer : aussi déclara-t-il aux députés normands que, quelque fût la prospérité que Dieu daignât accorder à ses entreprises , il ne refuserait pas de se prêter à des négociations d'où pourrait sortir « toute bonne et raisonnable paix, ferme et stable, » pour la sûreté de ses bons, vrais et loyaux sujets, qu'il aimait tendrement, à cause de la « bonne amour vraye, grande loyauté et obéissance, patience, fermeté et constance » qu'il avait toujours trouvées en eux'. Des préparatifs de guerre, visant cette fois directement le duc de Bourgogne, furent faits sans délai : la garnison de Calais reçut l'ordre de commencer ses attaques contre les sujets du duc, et bientôt une entreprise fut dirigée contre la ville d'Ardres. Leduc de Glocester fut nommé lieutenant du roi à Calais et dans les provinces de Picardie, d'Artois et de Flandre. On se saisit des navires flamands qui naviguaient sur les côtes d'Angleterre. Des ambassadeurs furent envoyés à l'empereur, à l'archevêque de Cologne, à l'évoque

1. Monslrclel, /. c; Rymer, t. V, part, i, p. 27-28. — Les deux envoyés bourguignons étaient de retour près de leur maître le 14 novembre (Archives du Nord, B 1597, f. 108 vo).

2. Savoir deux mille cent lances et neuf mille archers au moins.

3. Utlres des rois, etc., t. II, p. 429-30; cf. lettre de Henri VI à ses bonnes villes, id., ihid., p. 433-35.

de Liège, au duc de Gueldre^ au comte de Meurs pour les rattacher plus étroitement à la cause anglaise. Une ambassade alla trouver le grand maître de Tordre teutonique. Peu après un traité fut conclu, assurant à TAngleterre le concours du comte Palatin du Rhin. Enfin des lettres furent adressées par Henri VI aux villes de Flandre et de Hollande (14 décembre) pour les attirer à son parti , en invoquant la communauté des intérêts *.

Le duc de Bourgogne n'avait point attendu que l'Angleterre prît à son égard une attitude hostile pour se mettre en garde contre l'éventualité d'une rupture. La question avait de bonne heure été agitée dans son Conseil, où l'on ne se faisait guère d'illusion sur l'issue de la mission de Toison d'or. Des conseillers habiles et expérimentés avaient longuement exposé les mesures à prendre afin de se mettre à Tabri des agressions ou des intrigues du gouvernement anglais '. Pour y parvenir, on comptait à la fois sur l'appui du roi de France , sur le concours de ses alliés les rois d'Ecosse et de Gastille , sur le résultat de démarches personnelles que le duc ferait auprès de ses sujets de Flandre, de Brabant, de Hainaut et de Hollande; on comptait aussi sur les nobles et les milices des villes de Picardie, qui devaient être placés sous le commandement d'un capitaine général, chargé de la garde des frontières, et sur la puissante flotte qui devait tout ensemble inquiéter les Anglais, intercepter leurs communications avec la France , et au besoin

1 . Voir deux lettres de Henri VI au duc de Gueidre, publiées dans V Officiai correspondence})f Thomas Bekynton, t. I, p. 104 et 125.

2. Monstrelet, t. V, p. 204-205. — Nomination de Glocester en date du l*-^ novembre : Rymer, t. V, part, i , p. 2S. — Paiement du 15 décembre aux ambassadeurs envoyés aux princes allemands et pouvoirs donnés à ces ambassadeurs (même date) : Proceedings and ordinaneeSf t. IV, p. 308 ; cf. p. 332; Rymer, /. c, p. 24.— Pouvoirs pour traiter avec le grand maître de l'ordre teutonique (17 décembre) : Rymer, /. c, p. 24. — Traité avec Louis , comte palatin du Rhin (1«r mars 1436) : Rymer, /. c. p. 26-27.— Lettres aux boui'gmestres, échevins, etc., de Zierik-See : Monstrelet, / c, p. 206-209; cf. pour autres lettres, Stevenson, t. Il, p. x, note. — Etienne VVilton, un des ambassadeurs envoyés aux princes allemands, fut fait prisonnier par les Bourguignons et resta aux mains du duc Philippe du 25 avril au 16 mai 1436.

3. Voirie curieux Avis sur la guerre des Anglais^ rédigé au mois d'octobre 1435 par Hugues de Lannoy, seigneur de Santés. 11 se trouve dans le ms. fr. 1278, f. 40, et a été publié par M. Charles Potvin : Hugues de Lannoy, ht. in-8, p. 13-24. (Extr. du Compte rendu des séances de la commission royale d^histoirCy 4« série, t. VI. Bruxelles, 1879).

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porter le ravage sur leurs côtes ; enfin on ne désespérait point de triompher des dispositions hostiles de l'empereur : vieux , impotent, dénué d'ailleurs de ressources financières, Sigismond ne semblait pas disposé à poursuivre ses projets belliqueux ; on espérait entrer en composition avec lui et opérer en même temps un rapprochement avec les princes dont les états étaient voisins du Brabant, du Hainaut et de la Hollande ^ C'est donc la guerre qui , de part et d'autre , se préparait de nouveau ; et tandis que l'Angleterre allait tenter un nouvel et puissant effort, toutes les ressources de la puissance bourguignonne, mises jusque-là à son service, devaient être tournées contre elle. Après une vaine tentative de conciliation, faite secrètement près des Anglais par l'intermédiaire du comte de Ligny*, le duc de Bourgogne n'hésita plus. Il écrivit au roi d'Angleterre pour se plaindre des actes d'agression dont ses sujets avaient été victimes depuis le traité d'Arras, et lui déclara que son honneur ne lui permettait pas de les laisser passer im* punément '. Il avait dressé son plan de campagne , et préparé les moyens d'exécution : c'est contre Calais que devait être dirigée la première attaque. Les Flamands furent mis en demeure d'intervenir, comme s'il s'agissait pour eux d'une querelle personnelle; en faisant appel à leurs vieilles rancunes, on n'eut pas de peine à les persuader. Dans les premiers jours de juin , toutes les milices de Flandre furent sur pied. Le 9 juillet plus de trente mille hommes étaient réunis sous les murs

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