‹ Histoire de Charles VIIChapitre 57 sur 340 · Lettre du 10 août · texte numérisé non relu

Lettre du 10 août

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paix *. Enfin le duc de Bretagne , vivement pressé par le bâtard d'Orléans, qui s'était rendu près de lui, allait prendre Pînitiative d'une nouvelle négociation avec l'Angleterre , et travaillait déjà à procurer la délivrance du comte d'Angoulême, qu'il voulait marier à l'une de^ filles du vicomte de Rohan.

La correspondance entre Louvet et le duc de Savoie se poursuivit durant tout Pautorane, sans que les négociations fissent un pas. Le président s'efforçait d'entretenir le duc dans des dispositions favorables; de son côté, celui-ci ne cessait de donner des marques de son bon vouloir*.

Cependant, en Angleterre, les choses paraissaient prendre une meilleure tournure : on en était arrivé à poser les conditions d'un accord en vue de la libération du duc d'Orléans. Le roi d'Angleterre consentait à ce que le duc se portât médiateur de la paix avec la France, et se déclarait prêt à accepter une paix raisonnable, qui, si elle venait à être conclue, aurait pour conséquence la mise en liberté du duc. Dans le cas où cette éventualité ne se réaliserait pas, le duc d'Orléans pourrait être délivré, moyennant rançon; mais il serait tenu de faire la guerre au duc de Bourgogne, avec le concours du roi d'Angleterre, qui promettait d'ailleurs de ne point l'abandonner avant la fin de l'entreprise. Enfin, si le duc d'Orléans n'était point en état de payer la rançon exigée de lui, le roi d'Angleterre le mettrait néanmoins en liberté, mais à la condition « qu'il entrepregne courir sus au duc de Bourgogne, et le roy d'Angleterre lui aidera de gens, de tout ce qu'il pourra'. »

Le duc d'Orléans ne se faisait point illusion sur les difficultés d'un arrangement conclu sur de telles bases ; mais , quoi qu'il

1. Voir les pouvoirs donnas par Henri VI le 20 mai 1436, pour traiU^r avec son adveridre de France, ou avec les ambassadeurs de celui-ci, de paix finale, et de trêve ou abstinence de guerre. Rymer, t. V, part, i, p. 30. Le 19 mai U36, Henri VI délivrait au comte d* Armagnac un sauf-conduit, valable jusqu'à la fête de Pâqnes, pour que ce prioee pût envoyer certains de ses gens, jusqu'au nombre de trente, vers le duc d'Orléans, afin de conférer avec lui. /cf., ibid., p. 29.

2. Lettres de Louvet des 10 août, 1", A et 16 octobre-. Réponses du duc des 19 août et 15 octobre U36.

3. Exposé qui porte ce titre : « Les choses que Luque a à dire à Monseigneur de Savoie de par le Président ; » il fut présenté à Ripaille le 22 novembre U36.

put arriver, il était décidé à profiter, pour recouvrer sa liberté, d'une occasion qui pouvait ne plus se présenter*.

En portant à la connaissance du duc de Savoie les propositions formulées par le gouvernement anglais, le président Louvet donnait son appréciation sur les éventualités de la situation. Le Roi, disait-il, ne consentira point à la première combinaison, car il s'est engagé à ne point traiter avec les Anglais en dehors et sans l'agrément du duc de Bourgogne. La seconde ne pouvait être acceptée par le duc d'Orléans qu'à la condition de contracter une alliance qui lui permît de trouver dans le douaire de sa femme les ressources indispensables pour le paiement de sa rançon : « en quoi , ajoutait-il , Il avait grande espérance en monseigneur de Savoie. » Quant à la troisième combinaison, le duc ne s'y résignerait que si les autres solutions étaient reconnues impraticables, et il l'avait dit au Roi ; mais cependant il avait la ferme résolution de se « tirer dehors. »

Louvet annonçait en outre au duc la prochaine venue du bâtard d'Orléans, qui devait accompagner le Roi en Languedoc, et qui, aussitôt arrivé à Lyon, se rendrait à la cour de Savoie pour traiter lui-même l'affaire du mariage.

Quelques jours après, le président reçut une lettre de son gendre. « Monseigneur (le duc d'Orléans), écrivait le bâtard, est sur le point de se délivrer ou jamais, et, avant qu'il soit un mois, j'en ferai une fin. » Le bâtard allait se rendre àMeulan, pour y conférer avec le comte de Suffolk, récemment arrivé avec pleins pouvoirs pour traiter de la délivrance du duo ; il se proposait ensuite de prendre en main la négociation entamée avec le duc de Savoie ; il faisait part à Louvet de sa venue à Lyon , afin que celui-ci put le joindre et l'accompagner près du duc Amédée ; enfin il le chargeait de faire connaître à celui-ci ses intentions ^

1. « Vray est que par ceste voie (la troistëme) mon dit seigneur d'Orliens fauldra que face autres que messes, el li desplaironl fort à fere. Mais il a si longuement esté prisonnier que si à ceste fois il n*cn saut, il en est sans nul espoir à tousjours mais, a Même exposé.

2. Lettre datée de Blois le 18 novembre. La copie contenue dans le cahier des ArchivQS de Turin auquel nous avons fait de fréquents emprunts , offire des lacunes provenant de déchirures.

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Nous manquons de détails sur les suites données à cette affaire ; ïious savons seulement que l'issue n'en fut point favorable. Le projet de mariage ne tarda pas à être abandonné. D'ailleurs , les espérances conçues par le bâtard d'Orléans au sujet de la prompte libération de son frère , ne devaient point se réaliser; il fallait encore de longs et persévérants efforts pour atteindre ce résultat.

Pourtant un mouvement analogue à celui qui avait abouti d'abord au congrès, puis à la paix d'Arras, se produisait hors du royaume. Le pape d'un côté, le concile de Bâle de l'autre, firent auprès du roi d'Angleterre de nouvelles démarches en faveur de la paix. Le rpi de Portugal, allié de l'Angleterre, intervint, à la sollicitation du pape* : il fit des ouvertures à l'empereur Sigismond, et celui-ci promit de s'interposer auprès de Charles VIL De son côté, le duG de Bretagne, cédant aux instances du bâtard d'Orléans, entra en négociations avec le comte de Suffolk et avec le Conseil d'Angleterre^. Le gouvernement anglais consentit à ce que, moyennant le paiement d'une somme déterminée, le duc d'Orléans se rendît en Normandie, sur les frontières de Bretagne , pour traiter de la paix '. Des ambassadeurs furent même désignés à cet effet et des sauf-conduits donnés à des serviteurs du duc pour se rendre en France et y préparer les voies à leur maître *.

La grande difficulté était de trouver, à bref délai , la somme exigée. Dans les premiers jours de mai, le bâtard d'Orléans,

1. Il y a dans Rayoaldi (année 1436, § 22), une lettre du pape au roi de Portugal rexboriant à intervenir en faveur de la paix. — La démarche du roi de Portugal près de Tempereur nous est révélée par Je Journal de la légation du concile de Bâle en Bohême (an t. 1 des Monumenta condliorum generalium sec, XV, p. 855), à la date du 8 mars U37.

2. Lettres du duc d*0rléans, données à Blois (à la relation de son conseil), le 17 janvier 1437 ; quittance de Porc Espy, son poursuivant, en date du 29 janvier. Britîsh Muséum, AddUiond Charters, n"*^ 4400 et 3793. — Jacques Godard, secrétaire du duc de Bretagne, et le héraut Bretagne arrivèrent en Angleterre au mois de mars. Voir lettres de Henri VI au duc Jean VI et au seigneur de Saint-Pierre en date du 16 juillet, et exposé du chancelier. Proceedings and ordinances, t. Y, p. 52, 54 et 65.

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