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LES CONFÉRENCES DE GRAVELINES

résultat que de faire apparaître avec quel dédain les plénipotentiaires anglais avaient accueilli lès offres de la duchesse. Isabelle manifesta une violente émotion. Le secrétaire Bekynton rapporte qu'elle versa des larmes. « Étaient-elles de rage ou a de douleur, ajoute-t-il, je ne sais. » -- « Qu'avez-vous à dire « sur la forme de la cédule? » s'écria la duchesse. — « Nous «< n'avons pas de pouvoirs pour traiter sur de telles bases , » répondirent les ambassadeurs. Toutefois ils promirent que, si Ton consentait à énumérer les terres qui seraient offertes à leur maître , ils lui transmettraient la cédule.

Les ambassadeurs de France ripostèrent par une autre demande, relative à la désignation des terres que la partie adverse regardait comme « appartenant aux rois d'Angleterre. »

Cependant les choses n'avançaient point, et déjà le bruit courait à Calais que les ambassadeurs de France allaient se retirer. Bientôt on reçut de la duchesse de Bourgogne une convocation pour une nouvelle conférence , fixée au 27 juillet.

Cette journée s'écoula en pourparlers stériles , et l'on s'ajourna au 29, pour aller conférer, près de Calais , avec le duc d'Orléans.

Sur ces entrefaites, les ambassadeurs de France produisirent de nouvelles offres , contenant l'abandon de tout le duché de Normandie, sauf le Mont-Saint-Michel, avec réserve de l'hommage du duché de Bretagne.

Pas plus que les précédentes , la conférence du 29 ne donna de résultat. Après communication des dernières propositions faites, d'un commun accord, par le duc d'Orléans et la duchesse de Bourgogne*, on décida que, de part et d'autre, les ambassadeurs en référeraient à leurs maîtres, et qu'une nouvelle réunion aurait lieu le 4 ou le 11 septembre suivant.

Le cardinal de Winchester et le duc d'Orléans restèrent à Calais; le duc de Norfolk et les autres ambassadeurs firent voile (5 août) pour l'Angleterre.

Sur ces entrefaites parvint à Calais la nouvelle que le con-

1. Soiv'Proceedinys, t. V, p. 378-82, et Documents inédiis, Mélanges historiques, t. H, p. 158-88.

nétable venait de s'emparer de Me,aux. Cette nouvelle fut aussitôt transmise au delà du détroit et y excita une vive émotion.

Le 9 septembre , l'archevêque d'York et ses collègues débarquaient, porteurs d'instructions datées du 30 août*. Les plénipotentfaires avaient ordre de déclarer que leur maître n'entendait renoncer ni au titre de roi ni à la couronne de France; qu'il ne rendrait point, comme on. lui demandait de le faire, les bénéfices et autres possessions, et ne mettrait point le duc d'Orléans en liberté. Ils étaient pourtant autorisés à faire certaines concessions territoriales : le roi d'Angleterre était disposé à se contenter du duché de Normandie y compris le mont Saint-Michel , du duché de Guyenne , et des villes de Calais, Guines et autres environnantes, le tout à tenir de Dieu, sans hommage.

Le surlendemain 11 septembre, les plénipotentiaires anglais se rendirent au lieu fixé pour la convocation. Mais un héraut, chargé d'aller à Gravelines notifier leur venue , revint avec la nouvelle que , depuis le 30 juillet , aucun ambassadeur français n'avait paru dans ce lieu. Une protestation fut aussitôt rédigée , et les ambassadeurs reprirent le chemin de Calais.

Là ils furent informés , par le cardinal de Winchester, que r a Adversaire de France » avait écrit au duc d'Orléans et à la duchesse de Bourgogne qu'il ne pouvait consentir à traiter sur les bases proposées sans l'agrément des princes du sang et des membres de son Conseil, et qu'une assemblée avait été convoquée à Paris pour le 25 septembre, terme le plus rapproché qu'on pût fixer à cause de l'éloignement du Dauphin , alors en Languedoc. Charles VII demandait donc, pour la reprise des conférences, un sursis jusqu'à ce que cette assemblée eût été tenue *.

Fort mécontents de cet ajournement, où ils virent un subterfuge pour rompre les négociations, les ambassadeurs déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre les conférences ; ils consentirent pourtant à ce que le cardinal de Winchester,

1. Le texte est dans Proceedings, p. 388-95. î. Proceedings, p. 395-97.

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le duc d'Orléans et la duchesse de Bourgogne continuassent à agir comme médiateurs.

La duchesse de Bourgogne avait demandé un sauf-conduil, qu'on s'empressa de lui envoyer. Une dernière conférence fut tenue le 15 septembre, au lieu ordinaire des séances. Le cardinal, le duc d'Orléans et les ambassadeurs anglais s'y rencontrèrent avec la duchesse Isabelle, qui vint accompagnée du chancelier Rolin et de Tévéque de Ghâlons, ambassadeur de Charles VIL La duchesse insista pour l'adoption de sa proposition; mais elle ne put convaincre le cardinal, qui lui répondit qu'il n'y avait pas lieu d'espérer qu'on traitât sur ces bases. Dans le cours de la conférence , le cardinal accusa le Roi d'avoir eu recours à la fraude pour suspendre tes négociations, car on avait fait au congrès d'Arras des offres plus considérables que celles qui avaient été produites à Gravelines. La duchesse répondit que le roi d'Angleterre était alors plus puissant, et elle fit ^illusion aux villes qu'il avait perdues depuis cette époque.

Toutefois Isabelle n'abandonnait pas l'espoir de reprendre les négociations : elle fît décider qu'à la saison nouvelle une conférence serait tenue au même lieu, et que chacune des parties y enverrait ses ambassadeurs ; le jour fixé fut le 15 avril ou au plus tard le 1" mai 1440. Dans des lettres en date du 15 septembre, la duchesse résuma l'état des négociations et prit acte de la convocation faite pour l'année suivante, sauf ratification des deux rois*.

Au cours des explications échangées avec le cardinal , la duchesse avait demandé, avec une feinte indifférence, si la trêve conclue entre l'Angleterre et la Flandre serait maintenue, et s'il y avait lieu de poursuivre les pourparlers relatifs à la reprise des relations entre les deux contrées, Le cardinal ayant déclaré y consentir, les ambassadeurs bourguignons chargés de la négociation du traité de commerce se hâtèrent de se rendre près de lui (18 septembre)*. Le temps pressait,

1. Ces lettres se trouvent dans le recueil de M. Charapollion-Figeac , Lettres de rois, r«n«,etc., l. II, p. 457. Henri VI y donna son approbation le 22 octobre suivant (p. 456),

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