Voir Monstrelet, t. V, p
1440 LA DÉLIVRANCE DU DUC d'oRLÉANS. 145
conseillers du duc recommandaient-ils à leur maître, tout en se tenant « toujours prest et garni contre tous ses malveillans, » de continuer à « mettre peine d'acquérir Tamour et bienveillance du Roy et de monseigneur le Daulphin et de leurs conseillers. «Alors même que le duc aurait l'assurance qu*on nourrissait à la Cour des intentions hostiles à son égard , il devait « parler bel, passer temps et dissimuler, et se conduire par ambassades , lettres ou journées , » afin d'avoir le loisir de se procurer de l'argent, de contracter des alliances et d*opérer d*indispensables réformes dans son gouvernement. On allait jusqu'à lui conseiller, pour éviter une guerre qui serait « dure et périlleuse à soutenir, » de modérer ses exigences relativement à Texécution du traité d'Arras; car il n'y pourrait faire, disait-on, « mauvais marché, » tant que ses anciennes seigneuries, son honneur et ses prérogatives demeureraient intacts. Et comme on savait que le roi de Sicile, le comte du Maine et leurs partisans avaient toujours « grant auctorité, povoir et gouvernement » près du Roi, on engageait le duc à « trouver aucuns bons moyens et amitiés » avec la maison d'Anjou,. « pour Te bien de paix et le salut du povre peuple de France, qui, par les guerres, se destruit comme l'on voit journellement , » ce qui était « grande pitié. » Si les princes de la maison d'Anjou ne voulaient se « mettre à raison, » et continuaient à semer la division entre le Roi et le duc , celui-ci devrait examiner avec ses conseillers, par «bon advis secret, » comment il y pourrait pourvoir. En môme temps un plan complet de réformes était élaboré. Ce plan nous révèle la mauvaise direction imprimée au gouvernement 'du duc, soit au point de vue de l'organisation du Conseil, soit en ce qui touchait à la justice et aux finances. On ne voyait de remède que dans l'adoption d'un ensemble de mesures qu'on soumettait à l'approbation du duc\
1. Voir ces curieux avis, attribués à Guillebert de Lannoy, frère de Hugues, dans les (Euvres de Ghillebertde Lannoy, publiées par M. Potvin (p. 29U et suiv.), d'après les minnles conservées dans le ms. fr. 1278, ff. 16-22, 26-34, U, 22-25 et 25 v«. Cf. Je mémoire de M. Kervyn de Lettenhove : Un programme de gouvernement conslUu- Honnel, cité plus haut.
Eu ce qui conceruait la politique générale, voici les conseils qu'on lui donnait.
Le duc ne doit point être « commenceur de guerre , » car il ne demande que le maintien de la paix et l'observation du traité d'Arras; mais si le Roi et le Dauphin continuent à se montrer a rageurs, » à user de ruses cachées (cautelles couvertes) et de «durelez » envers le duc et ses sujets, comme ils l'ont fait jusqu'ici , le duc devra poursuivre avec l'Angleterre la conclusion d'une trêve générale à longue échéance pour tous ses pays et sujets; prendre alliance par mariages avec certains grands seigneurs anglais qui recherchent son «imitié; chercher « par tous bons et honorables moyens » à s'allier avec les princes, seigneurs et seigneuries qui pourraient lui venir en aide; s'adresser au pape pour qu'il envoie un légat au Roi et au Dauphin aûn de les rappeler à l'observation du traité d'Arras,en insistant sur les peines ecclésiastiques, «si grandes que plus ne peuvent, » qui en punissent la violation; se mettre en relations suivies avec les princes de France , tels que le duc d'Orléans, le duc de Bretagne, le duc de Bourbon, le duc d'Alençon et les autres grands seigneurs du royaume, ainsi qu'avec les prélats et bonnes villes, pour qu'ils s'emploient à maintenir le traité. Le duc, de son côté , sera toujours prêta l'observer , en faisant son devoir à l'égard du Roi comme tout bon et loyal vassal et parent est tenu de le faire; enfin, il faudra prendre des mesures dans l'éventualité d'une prise d'armes, et être à même de résister à toute aggression.
La suite des événements nous montrera comment ces conseils furent suivis.
On a vu qu'avant la rupture des conférences de Gravelines • la duchesse de Bourgogne avait fait décider qu'une nouvelle conférence serait tenue au mois d'avril 1440 *. Dans les derniers mois de l'année 1439, le Pape intervint. Il donna mission à l'archevêque de Spolète, à l'évêque de Meaux et à deux dignitaires de la Cour pontificale de se rendre en France pour travailler à la paix entre les deux royaumes^. Charles Vil reçut à