CHAPITRE VT
Bal poursuivi par Philippe le Bon dans les négociations avec l*Angleterre. ~ Inquiétudes que lui inspire Tattitude de Charles VIL — Programme de la politique bourguignonne. — Intenreniion du pape en faveur de la paix. — Préparatifs pour la réunion d'une nouvelle conférence— Visées de la diplomatie bourguignonne; altitude du duc de Bretagne. — Sentimenls réciproques des ducs d'Orléans et de Bourgogne. -7- La Praguerie vient entraver les négociations. — < La duchesse de Bourgogne prend en maia l^affalre de la délivrance du duc d'Orléans; discussions dans le Conseil d'Angleterre; protestation du duc de Glocesler. — Traité du 2 juillet pour la libération du duc; derniers arrangements pris en Angleterre. -^ Le duc d'Orléans débarque à Calais; son entrevue avec le duc de Bourgogne; son mariage. — Le duc d'Orléans en Flandre; il s'allie avec le duc de Bourgogne; son départ pour la France avec une nonabr^uee escorte de seigneurs bourguignons. — Charles VII refuse de le recevoir.
Le duc de Bourbon et le duc d'Alençoa avaient échoué sur le terrain militaire; le duc de Bourgogne allait leur préparer une revanche sur le terrain diplomatique.
En se rapprochant des Anglais et en prenant l'initiative de négociations pour la paix, Philippe agissait, comme toujours, dans des vues intéressées. Le premier résultat des pourparlers entre la duchesse de Bourgogne et le cardinal de Winchester avait été le rétablissement des relations commerciales entre TAngleterre et la Flandre. Dès le début des conférences de ÊraveUnes, la trêve entre les deux contrées avait été prolongée*. Quelques mois plus tard un traité de commerce fut conclu'. Enfin, au commencement de 1440, des conventions
I. Traité conclu le 11 février 1439. Brequlgny, 8â, f. 23. â. Voir chapitre iv, p. 1U.
144 HIÎ^TOIRE DE CHARLES VII. 1440
vinreut assurer de nouveaux privilèges aux sujets anglais et bourguignons, et étendre aux Pays-Bas les dispositions déjà prises*. La puissance bourguignonne se retrouvait donc en possession des avantages commerciaux que lui avait offert Talliance anglaise.
Le second résultat poursuivi par la duchesse de Bouiçogne était la libération du duc d'Orléans ^. Durant le séjour du duc Charles à.Galais, et depuis qu'il était retourné en Angleterre, la duchesse lui avait fait des ouvertures au sujet d'un mariage avec sa nièce Marie de Glèves , et de la conclusion d'une alliance avec la Bourgogne. Ces propositions avaient été accueillies avec empressement '. Dès lors la diplomatie bourguignonne n'épargnait rien pour procurer la mise en liberté du duc, et en faisait en quelque sorte une affaire personnelle.
Il était d'autant plus- important pour Philippe le Bon d'atteindre ce but qu'il n'était pas sans inquiétudes du côté de la France. L'attitude résolue du gouvernement royal lui donnait à réfléchir ; on parlait ii'un traité conclu par Charles VII avec les Anglais , et les démonstrations menaçantes des écorcheurs, qu'on disait être soutenus par Charles VII, étaient pour le duc un sérieux motif de préoccupations. On se demandait si, autour du Roi , il n'y avait pas quelque « estrange voulenté » à l'égard du duc. On craignait que , soit à l'heure présente, soit plus tard, Charles VII, devenu maître de la situation, ne portât dommage à son puissant cousin , ou que tout au moins il ne le tînt, lui et ses pays, « en doubte et soupçon. » Aussi les
1. Le 21 janvier U40, étail signée à Reading une convention prolongeant de cinq années les trêves marchandes conclues Tannée précédente (acte visé dans les lettres appnn batives de Henri VI du 1i février suivant, Brequigny, 82, f. 73.) Le 6 février 1U0, Henri VI donnait pouvoir pour assurer aux marchands de Normandie, d* Aquitaine et des marches de Calais, les avantages dont jouissaient les siiyetsduroi d'Angleterre dans leurs relations avec la Flandre (Rymer, t. V, part, i, p. 75). En avril, on négociait, une trêve marchande entre l'Angleterre et les Pays-Bas (Brequigny, 82, f. 91). Le it juin 1440,^ une convention était signée à Bruges avec les représentants des quatre membres de Flandre (Rymer, p. 80-87).
2. Le i>^ décembre 1439, Henri Utenhove et Louis Dommessant étaient envoyés en Angleterre pour la délivrance du duc d'Orléans et le « fait de la marchandise s entre les pays du duc de Bourgogne et le royaume d'Angleterre (Archives du Nord, B 1972, f. 139). Le 22 décembre, Henri VI donnait des pouvoirs pour proroger les trêves marchandes (td., B 1520).